vendredi 30 décembre 2016

Le chantier de l'âme

– Le corps est le chantier de l'âme où l'esprit vient jouer ses gammes.

jeudi 29 décembre 2016

Je te regarde

– Oui?

– Je te regarde, c'est tout. Je prends le temps de te regarder. D'habitude, on a tellement de choses tellement plus importantes à faire...

– Attention, je pourrais me vexer là...

– Je voulais juste dire que d'habitude je prends pas le temps de te regarder et que là, je te regarde. C'est tout.

Le samsara et le nirvana

– Un sage indien parle du samsara et du nirvana. Le samsara, c'est le monde fait de changements, de désirs et de tourments dans lequel nous vivons. Le nirvana, celui auquel accède l'éveillé : délivrance, béatitude. Mais, dit le sage indien, « celui qui fait une différence entre le samsara et le nirvana, c'est qu'il est dans le samsara. Celui qui n'en fait plus, il est dans le nirvana ». Le Royaume, je crois que c'est pareil.

mercredi 28 décembre 2016

Écrire le monde tel qu'il m'apparaît

Cette certitude intime que le monde ne sera pas complet tant que je ne serai pas parvenu à l'écrire tel qu'il m'apparaît.

Ce qui est en toi

– Si tu fais advenir ce qui est en toi, ce que tu feras advenir te sauvera. Si tu ne fais pas advenir ce qui est en toi, ce que tu n'auras pas fait advenir te tuera.

mardi 27 décembre 2016

La distance des mots et du monde

Tu as toujours gardé avec moi la même distance qu'ont les mots avec le monde.

jeudi 22 décembre 2016

Les lieux s'invitent les uns les autres

Une note, de 2007:

"Le sentiment, avec ce soleil, ces odeurs, d’avoir tout aussi bien pu me balader dans le Lavaux: conscience extrêmement forte de la connexion de tous les lieux en moi. Ils s’invitent les uns les autres: pas besoin de les traverser pour y être."

mardi 20 décembre 2016

Le soleil lancé à travers mes yeux

Au sommet de la montagne, une vitre lance tout d’un coup le dernier soleil à travers mes yeux.

Depuis ma rue de l’autre côté du lac, je suis un instant dans cette cabane au milieu de la neige, et puis je n’y suis plus.

lundi 19 décembre 2016

Une petite histoire

– Petite histoire!

– Il était une fois la fin de l’histoire.

– Mais c’est pas une histoire! C’est juste une phrase!

– Oui: et?

– Une histoire, c’est au moins neuf ou dix phrases!

– Il était une fois la fin de l’histoire. Il était deux fois la fin de l’histoire. Il était trois fois la fin de l’histoire. Il était quatre fois la fin de l’histoire. Il était cinq fois la fin de l’histoire. Il était six fois la fin de l’histoire. Il était sept fois la fin de l’histoire. Il était huit fois la fin de l’histoire. Il était neuf fois la fin de l’histoire. Il était dix fois la fin de l’histoire. Voilà.

– C’est aussi pas une histoire! Dans une histoire, il y a des bonhommes et des coeurs!

dimanche 18 décembre 2016

La barbe du père Noël

"– Père Noël ! s'écria le chef des lutins en ouvrant la porte de la chambre où dormait le vieux bonhomme. Réveillez-vous, nous sommes au mois de décembre. Il faut songer à vous préparer...
– Quoi ? Déjà ! fit le père Noël en bâillant...
– Levez-vous, reprit le lutin, sinon vous ne serez pas prêt à temps pour faire la tournée des cheminées. Pensez, il faut nettoyer votre grand manteau, cirer vos bottes, rassembler vos rennes, ouvrir les lettres de tous les enfants qui vous ont écrit, emballer les cadeaux, charger votre traîneau...
– Oh là là ! dit le père Noël en quittant péniblement son lit.
Quel travail ! Il faisait si bon sous les couvertures...
– Courage, père Noël, je vous ai apporté du café bien chaud...
Le père Noël but rapidement son café, puis se dirigea vers l'armoire dans laquelle étaient rangées ses affaires. Il en sortit un manteau tout chiffonné et des bottes pleines de poussière, qu'il tendit au lutin.
– Veille à ce que ma tenue soit impeccable. Pendant ce temps, je vais à la recherche de mes rennes et lire mon courrier...

Durant des jours et des jours, une grande activité régna alors dans le ciel.
La nuit de Noël, le chef des lutins retourna voir le père Noël. Il aida celui-ci à endosser son manteau, à enfiler ses bottes, puis reculant de quelques pas, il lui dit :
– Tournez-vous... Pas mal, pas mal ! ajouta-t-il en s'agenouillant pour arranger un pli du manteau, avant de grimper sur une chaise pour dissimuler une mèche de cheveux qui dépassait du bonnet du père Noël... Tout me semble parfait... Il n'y a que votre barbe qui, cette année encore, me semble bien trop longue...
– Tu crois ? interrogea le père Noël en jetant un coup d'œil dans son miroir...
– Oui, si longue même que vous risquez de tomber en marchant dessus. Ça doit faire des mois et des mois que vous ne vous êtes pas rasé... Ce n'est pas très sérieux. Ça ne fait pas très soigné. Ne bougez pas...

Il revint quelques minutes plus tard avec une grande paire de ciseaux, installa le père Noël sur un fauteuil de nuages, et commença à couper très délicatement sa barbe...
Des millions de petits poils blancs s'envolèrent aussitôt dans le ciel, sous les yeux amusés des lutins qui s'étaient rassemblés pour assister au spectacle.

Sur la terre, au même instant, un petit garçon qui n'arrivait pas à s'endormir, écarta les rideaux de sa chambre.
Soudain, il aperçut, émerveillé, les premiers flocons voltiger dans la nuit et recouvrir peu à peu la campagne...
Un sourire apparut sur ses lèvres. Il se précipita pour réveiller sa sœur.
– Lucie viens voir, c'est magnifique : il neige ! Là-haut on est sans doute en train de couper la barbe du père Noël... Chouette, ça signifie qu'il va venir bientôt. Recouchons-nous pour l'attendre…"

samedi 17 décembre 2016

Avec mon sapin

– Maman!

– Oui?

– J'aimerais me marier avec mon sapin parce qu'il est trop beau!

vendredi 16 décembre 2016

Difficile de ne pas être d'accord

Nous n’avons jamais vraiment pu ne pas être d’accord : nous ne parlions pas la même langue.

mardi 13 décembre 2016

Ces ailes d'ange

Il y a ces ailes d’ange que je sens dans mon dos et que je ne peux pas déployer parce que je dois rester couché, à cause de la consigne. Ces ailes qui sont coincées sous moi, mais que je sens tout de même, comme des membres amputés.

Les outils de l'équilibre

Je n'ai pas à chercher en dehors de ma vie les outils pour lui trouver un équilibre: c'est elle qui me les tend.

dimanche 11 décembre 2016

Ma plainte

J’ai longtemps cru qu’écrire à ton sujet ne me serivirait qu’à me plaindre. C’est longtemps ma plainte qui s’est glissée en travers de mon écriture.

samedi 10 décembre 2016

Des livres à écrire

Une note, de 2013:


"Je suis le seul à savoir que j'ai des livres à écrire, à me l'imposer."

vendredi 9 décembre 2016

Papa tombe à la renverse

Une note, de 2007:

"Cette nuit, papa est venu dans la nouvelle maison de maman (qui ressemblait beaucoup à la sienne) accompagné des deux enfants qui lui restent. Me voir lui a fait un tel choc qu’il est tombé à la renverse, mais un médecin qui était là, avec lui – on pouvait le reconnaître à son stéthoscope: il ressemblait beaucoup au psy du Borda qui s’occupe du tango –, a dû le retenir dans ses bras. Il venait avec ses deux enfants parce qu’il avait très peur de sa femme."

jeudi 8 décembre 2016

Un baiser profond

Si je me bats avec ma langue, c’est que j’ai l’illusion qu’elle pourrait atteindre la tienne. Je parle de mots et c’est l’image d’un baiser profond qui me vient, comme ça, au détour de ce que j’essaie de comprendre.

mardi 6 décembre 2016

Le métier d'écrire

Par rapport à ton histoire, à notre histoire, je me suis toujours dit deux choses : l’histoire d’un père absent n’intéressera personne, j’écrirai cette histoire quand j’aurai appris le métier d’écrire.

Le moment de la musique

Pendant tout le concert de Nik Bärtsch, au milieu des boucles et des espaces qui s'ouvraient, je me disais: ce gars, il a eu une idée et il est allé au bout de son idée.

Module 1, 2, 3, etc. Comme les Poésies verticales de Juarroz. Une grammaire très précise qui évolue de pièce en pièce avec des retours et des décalages.

Quand je me suis mis à penser aux manières de transposer ces principes à mon projet actuel, je me suis dit: maintenant, c'est le moment de la musique! Et j'ai posé ma main sur la cuisse de Celia.

dimanche 4 décembre 2016

Mode avion

Chaque soir, quand je mets mon iPhone sur mode avion et que je le pose à côté de mon lit, j'ai l'impression d'attacher ma ceinture pour le décollage.

samedi 3 décembre 2016

Des bandages à l'intérieur de ma tête

La nuit dernière, dans un demi-sommeil après que Lucie m'ait réveillé deux fois, j'ai senti que je pouvais dénouer mon angoisse à la force de mon esprit, physiquement, comme des bandages qui s'étaient enroulés l'un sur l'autre à l'intérieur de ma tête.

La colère

La colère, elle aussi, pourrait en partie être une fiction.

jeudi 1 décembre 2016

Picorer

Souvent, je trouve plus d'inspiration chez les chorégraphes, les peintres et les musiciens que chez les écrivains. Sans doute parce que, chez ces derniers, je dois d'abord démonter leurs écrits pour pouvoir me servir. Chez les autres, c'est plus facile de picorer.

La main se fait

Il ne faut pas avoir peur d'écrire encore et encore la même scène, comme un peintre avec ses esquisses. La main se fait, La finesse du choix aussi.

mardi 29 novembre 2016

lundi 28 novembre 2016

Quelques poignées de toi

J’ai toujours su que tu allais mourrir tôt. Tôt pour moi, pas pour toi.

J’ai fait tout ce que je pouvais pour te connaître avant que tu partes, mais tu ne savais pas comment te laisser connaître.

Alors j’ai gardé quelque poignées de toi qui me font mal à chaque fois que j’ouvre les mains.

dimanche 27 novembre 2016

La vie est plus sage

– La vie est plus sage!

– Pourquoi tu dis ça? C'est une super phrase!

– Beuh... comme ça.

– Alors, je la note!

samedi 26 novembre 2016

Neuf ans

L'oppression, tout d'un coup, quand je découvre que l'hiver de Bienne ressemble à celui de Zurich.

Il faut dire, aussi, que ça fait neuf ans aujourd'hui que papa est mort.

vendredi 25 novembre 2016

Laisser l'histoire le faire pour moi

Je ne dois pas parler de quelque chose dont j'ai envie de parler, je dois laisser l'histoire le faire pour moi.

jeudi 24 novembre 2016

Par les mots que nous sommes

Trouver ma voix
Aider à trouver sa voix
Permettre de trouver sa voix

Dire
Encore et encore
À ma façon
À la tienne
Ce qui a déjà été dit

Jusqu’à ce qu’on soit écrit
Toi et moi
Par les mots que nous sommes

mercredi 23 novembre 2016

Crain!

– Crain!

– Train!

– Crain!

– Train, avec un t: te-rain!

– Crain!

– Tttttttrain!


– Fleur!

La vivre!

– Quel est le sens de la vie?

– La vivre! Elle sait mieux que nous!

mardi 22 novembre 2016

La cerise sur le gâteau

L'orthographe et la grammaire, c'est la cerise du gâteau une fois que le texte est là. C'est assez facile d'écrire juste, c'est plus difficile d'écrire bien.

Que le juste et le bien soient liés serait rassurant, je sais, je sais...

lundi 21 novembre 2016

C'est parce que je t'écoute

Que je ne sois pas d'accord avec toi ne veut pas dire que je ne t'écoute pas: c'est parce que je t'écoute que je peux ne pas être d'accord avec toi.

Tout se mettra en place

– L’égo dit: quand tout sera en place, je trouverai la paix. L’âme dit: trouve la paix et tout se mettra en place.

dimanche 20 novembre 2016

Plus je prends le texte au sérieux

Pour le texte, plus j'avance et plus je le prends au sérieux, plus je m'embourbe et plus je ralentis.

vendredi 18 novembre 2016

La ville aura pris une autre forme

– Si on retourne en Argentine, je veux dire pour des vacances ou un truc du style, ça sera plus jamais pareil.

– Oui, et...

– On pourra même pas arriver depuis le même coin, faire les mêmes trajets en métro. C'est la ville qui aura pris une autre forme. 

mercredi 16 novembre 2016

Pedacitos de luz en el camino

Si, puse la foto de tu obra porque me habla de la potencialidad del arte, de los posibles abiertos, del camino fructífero de la intuición. Muy a menudo pienso en ti y en tu trabajo: me proponen pedacitos de luz en el camino.

La parole de l'adulte

La question que je me poserais, à ta place : pourquoi est-ce que je veux garder la parole de l’adulte dans le texte alors que c’est justement la parole de l’adulte qui porte le texte ?

À chaque équinoxe

– En fait, c'est sans doute une chance qu'en ce moment, vous ayez peu de temps pour écrire et peu de temps pour vous relire.

– Vous croyez?

– Oui, tout à fait! Écrivez, écrivez, écrivez et relisez-vous à chaque équinoxe: vous serez surpris!

lundi 14 novembre 2016

Mes paupières palpitent

En allant chercher les commissions dans la voiture, mes paupières se sont mises à palpiter comme à Marrakech.

Je suis resté debout, une main sur le coffre, disponible, jusqu'à ce que ça s'arrête.


Comme ça ne s'arrêtait pas, j'ai ouvert les yeux, j'ai attendu un moment et j'ai pris les commissions.

dimanche 13 novembre 2016

Moi mon-hagne

– Neige! Là-bas! Mon-hagne!

– C'est super!

– Moi aller neige hou seul! Pas pleurer! Moi mon-hagne! Jouer! Neige!

– Tout seul?

– Ui! Hou seul!

samedi 12 novembre 2016

jeudi 10 novembre 2016

mercredi 9 novembre 2016

Blanc sur noir

– Sur vos pauvres blogs, continuez d'écrire blanc sur noir, histoire qu'on perde davantage la vue à chaque lecture désolante.

– Pourquoi t'écris ça? Moi j'ai un blog en blanc sur noir et ça me vexe! Je me donne beaucoup de peine pour le nourrir tous les jours et j’ai choisi exprès ces couleurs parce que c’est moins fatigant pour la vue à l’écran… D’ailleurs, je n’écris plus qu’en blanc sur noir: tu devrais essayer!

– Tu comprends, j'aspire à la perfection et dénoncer la médiocrité des autres, leur orthographe calamiteuse, leurs textes ratés, c'est aussi une manière d'avancer sur le chemin de mon idéal, un peu comme quand tu lis pendant les heures de la journée où t'arrives pas à écrire. Tu vois comment? Je découvre cette médiocrité, je la dis, donc je m'en protège: je prouve à chaque fois que je suis dans le bon camp.

– J'imagine que ça doit être un peu crevant, à la longue: ça doit te prendre beaucoup d'énergie à toi et à tes textes, non? Mais si t'as l'impression que ça te fait du bien...

mardi 8 novembre 2016

L'autre en soi

– Écrire, c'est refléter l'autre en soi.

Pourquoi coupé?

– Pourquoi coupé?

– Pourquoi ils ont coupé l’arbre? Sans doute parce qu’il était vieux et malade et qu’il aurait pu tomber sur des gens.

Le matin suivant, au même endroit, au début de la rue qui monte à la garderie:

– Pourquoi coupé?

Et comme ça, trois matins par semaine, depuis quelque temps déjà.

dimanche 6 novembre 2016

La chaudière

Quand la chaudière de la maison s'est enclenchée, c'est en moi qu'elle s'est étendue.

samedi 5 novembre 2016

Le temps s'est courbé

Pendant la méditation, le temps s'est courbé: les vingt-cinq minutes n'en ont plus fait qu'une poignée.

La cloche familiale

Au moment où, dans la liturgie, le kim doit être frappé trois fois, j'ai spontanément tiré sur la chaîne de la chapelle de Baldo pour marquer la fin du Sambutsuge entonné pour Jacquie. 


Comme la chaîne de la cloche était assurée par un clou, j'ai d'abord dû la décrocher. Et, bien sûr, à peine ils ont entendu le premier coup, Ineo, Lucie et Mathilde sont arrivés ventre à terre pour faire sonner, eux aussi, la cloche familiale.

jeudi 3 novembre 2016

La vie de la vie

– La vie, c'est l'écriture de l'écriture et l'écriture, c'est la vie de la vie.

mardi 1 novembre 2016

Laisser les continents aller et venir

Toutes les odeurs, le café, les gaz d'échappement refroidis par l'hiver, la graisse du croissant sur mes doigts, me renvoient de l'autre côté de la terre: en Argentine, bien sûr, mais aussi en Bolivie, au Pérou, au Chili.

Je sens que j'ai plus d'espace intérieur, que les temps et les distances circulent mieux en moi.

Laisser les années et les continents aller et venir, prendre note de temps en temps.

lundi 31 octobre 2016

dimanche 30 octobre 2016

Raconter son voyage

Entendre Jean-Jacques parler de ses deux semaines au Pérou m'a rappelé mon voyage, le Voyage.

Pendant ces quatre mois à travers l'Amérique de Sud qui datent de bientôt vingt ans, plutôt que d'écrire ce que je rencontrais, j'ai noirci des carnets au sujet du sens profond de l'écriture, de Nathalie qui me quittait et de la manière la plus entière de mettre le monde en texte: bien trop banal, raconter son voyage!


Maintenant, je regrette un peu. 

La valeur du monde écrit

Pourquoi est-ce que le monde écrit aurait plus de valeur, plus d'intérêt que le monde vécu?


Comme d'habitude, c'est classer qui sépare.

vendredi 28 octobre 2016

Écrire un livre qui rapporte

Écrire un livre dont on pense qu'il pourrait rapporter de l'argent est une contrainte d'écriture comme une autre. Pas la moins intéressante, pas la plus riche non plus.

jeudi 27 octobre 2016

Le reflet de la route

Dans la vitre au milieu du car postal, le reflet de la route est posé sur le champ. Une séquence, très longue, sans paroles, sans musique: la route avance à côté de la route.

A la fin de la séquence, il ne resterait que le flottement: un flottement qui accompagnerait le spectateur pendant des jours, un flottement dont il ne pourrait plus se débarrasser.

mercredi 26 octobre 2016

Un triangle de vieil or

Le soleil a laissé un triangle de vieil or entre les gris au-dessus de Bellinzone.

Les différents bois des cheminées de San Vittore se marient avec l'encens d'un bâtonnet tout proche.

Ma place est déjà là

D'où vient ce désespoir qui me terrasse quand je n'arrive pas à écrire ce que je veux? Il vient du fait que je refuse de m'écouter moi-même, de prendre en compte ce qu'écrire veut vraiment dire pour moi. 

L'écriture qui me retient est celle qui me servirait à prendre ma place. Les mots qui veulent crier que j'existe me restent en travers de la gorge. 


Ma place est à découvrir dans l'écriture, pas à conquérir grâce à elle. Ma place est déjà là, personne ne peut me la donner, même pas moi, même pas à travers mes mots.

lundi 24 octobre 2016

Être dans ce voyage

Ce matin, je traverse les Alpes pour aller travailler.

Ce soir, je les traverserai dans l’autre sens pour retrouver mon chez moi provisoire.


Comment faire pour être dans ce voyage à travers les montagnes?

dimanche 23 octobre 2016

Les lieux me reviennent

Tous ces lieux où j'aimerais vivre, j'y ai déjà vécu dans des vies antérieures. Ils me reviennent, c'est tout.


Ne pas en déduire que je devrais être ailleurs.

samedi 22 octobre 2016

Frankenstein et les premiers jets

Pour ce qui est du premier jet, je crois qu’il faut nuancer un peu. Je dirais, pour ce qui me concerne, qu’il y a une posture mentale du premier jet et une posture mentale de la réécriture. Rien n’empêche donc – en tout cas, ça marche comme ça chez moi – de faire plusieurs premiers jets de la même histoire (ou de la même scène) et de laisser reposer (après et entre les jets) avant de faire Frankenstein en reprenant le meilleur des différentes versions.

L’important, je crois, c’est surtout de comprendre petit à petit comment entrer dans cet état mental du premier jet et comment y rester une heure ou deux pour pouvoir avancer. C’est une grosse partie du boulot!

vendredi 21 octobre 2016

mercredi 19 octobre 2016

Au milieu du champ

Il y a le paysage et il y a les mots du paysage. Les mots pour dire les couleurs, les mots pour dire les profondeurs, pour dire les lumières. Il y a les mots pour dire le passage du jour, les mots pour dire le passage des saisons, pour dire que la nuit tombe. Il y a les mots pour dire que, au milieu du champ, un homme marche et se penche en avant tous les trois ou quatre pas. Il a un grand sac à la main droite.

mardi 18 octobre 2016

Le soleil sur mes mollets

Pendant que je récitais le Shoshinge devant la tombe de Dellon, le dernier soleil de l'après-midi s'est posé sur mes mollets. Il a dessiné l'ombre du rosier autour de son nom, de ses dates, et mon ombre au bord de la tombe d'à côté.

Des visages au Tout

Là, devant la nouvelle pierre tombale de Dellon que Luca vient d'installer, après la causette avec Celia au sujet de sa maman, je me dis qu'un des rôles de ces proches qui partent, c'est de donner des visages au Tout.

dimanche 16 octobre 2016

Laissons dire et faisons bien

Sous la grande horloge à l’entrée de Saint-Prex, cette devise: Laissons dire et faisons bien.

samedi 15 octobre 2016

Au-dessus de ma tête

Cesser d'avoir au-dessus de ma tête cette impression qu'il y a quelque chose que je n'arriverai pas à faire.

vendredi 14 octobre 2016

Trois cartons de meubles

Non, les meubles qu’on vient d’acheter chez Interio ne vont pas rentrer dans notre voiture. Avec les deux sièges enfants : impossible. On va devoir faire plusieurs voyages.

– Salut ! Tu te souviens de moi ? Je suis Patrick, le mari de Céline la copine d’Arnaud.

– Euh… Oui, bien sûr ! Salut ! Excuse-moi d’être un peu direct : t’as une grande voiture ?

– Ben… oui. Enfin : oui et non... Avec nos trois filles, on a plus des masses de place.

– Parce qu’on vient de se rendre compte que ces trois cartons, là, on va pas arriver à les faire rentrer.

– Écoute, je vais voir avec Céline et je te dis.

À peine on a fini de payer, Patrick revient :

– Ça roule, on a fait de la place. C’est lequel qu’on prend ?

– Tu arrives à prendre ces deux ?

– Sans problème. Tu me donnes ton adresse et je te les dépose.

La solution de l'histoire

C'est l'histoire qui doit apporter une solution au problème dont souffre le personnage, pas l'auteur.

mercredi 12 octobre 2016

Dominique

Je pose mes sacs sur le siège du train pour Morges, j’accroche ma veste noire par son capuchon au crochet entre les fenêtres au-dessus des sièges et je m’assieds dans le sens de la marche. Autour de moi, les quatre sièges sont libres. Je sors le chargeur de mon portable et je le branche dans la prise juste sous le capuchon de ma veste. Je sors de mon sac un polar et je me mets à lire, un peu vite, en ne gardant à l’esprit que les articulations principales de l’histoire.
 
Un homme arrive dans le couloir en face de moi. Il voit que la place est libre et me fait un geste de la main vers la place en faisant une moue interrogative. Je lui dis que la place est libre, il s’assied. Je m’intéresse à son visage, des rides marquées autour de petits bourrelets ronds, des yeux bleus, très clairs. Il doit avoir plus ou moins mon âge. Sa présence me trouble, je ne sais pas bien pourquoi.
 
Il répond à un appel sur son portable. Sa voix me semble connue, mais de très loin. Il parle de clés à prendre, essaie de fixer un rendez-vous avec la personne qu’il a au bout du fil. Il raccroche. Il appelle quelqu’un d’autre. Il se met à parler de musique, d’un local dont il va recevoir les clés demain. Je me souviens d’un coup : il s’appelle Dominique, il est batteur, nous avons joué dans le même groupe il y a plus de vingt ans.
 
Ce groupe allait enregistrer un morceau pour un concours proposé par Marlboro, ils avaient besoin d’un flûtiste, ils nous avaient jeté, le batteur et moi, après plusieurs mois de répétitions, quelques semaines avant l’enregistrement. De nouveaux musiciens, des vrais pros, nous avaient remplacés. Le groupe, Latitude, avait gagné le concours et le morceau que nous avions répété passait plusieurs fois par jour sur Couleur 3.
 

Je veux parler à Dominique. J’attends qu’il termine son téléphone. Le train arrive à Morges. Dominique continue son téléphone. Je ne vais pas l’interrompre. Je me lève. J’attends le dernier moment pour sortir du train. Dominique est toujours au téléphone. Je lui jette un coup d’œil. Il téléphone encore, il ne me regarde pas. Je descends du train.

mardi 11 octobre 2016

Dans le même morceau

– Vous savez, hier soir, on est allé dans notre lit et on a mis de la musique sur l'ordinateur de papa : c'est une musique s'appelait Ineo.

– Comme moi ?

– Oui, comme toi. C'est une musique que papa aime beaucoup! Ça faisait inneeeeooooo! Et puis, à un moment, ça devient plus joyeux et ça fait luuuuuuuuuxxx! Lumière!

– Comme Lucie!

– Oui, comme toi.

– C'est drôle, j'avais pas remarqué...

– Moi, ça m'a tout de suite fait tilt: Ineo et Lucie, dans le même morceau.

Briller

Je me mets à l'écart de ma volonté de briller parce que je m'en méfie. Parce que pour briller, j'ai besoin des autres et que, vu ce que j'ai appris à croire, je ne leur fais pas assez confiance pour dépendre d'eux.

dimanche 9 octobre 2016

samedi 8 octobre 2016

Pourquoi mort?

– Tu sais, quand j'étais petit, je venais aussi me balader au bord du lac avec mon papa. Mais maintenant, il est mort.

– Pourquoi mort?

– Tu sais quand on devient vieux, comme Nana, comme tante Dellon, on meurt.

– Pourquoi mort?

– Moi aussi, un jour je serai vieux et je vais mourir.

– Pourquoi mourir?

– Et puis toi aussi, dans très très très très longtemps, tu seras vieux et tu seras mort.

– Gros bateau!

vendredi 7 octobre 2016

jeudi 6 octobre 2016

L´encre sèche mal

Une note, de 2011:


"L’encre sèche mal, je m’en mets plein sur le côté de la main."

mercredi 5 octobre 2016

Je ne suis pas attentif à la beauté

Je ne suis pas attentif à la beauté des gens qui m'entourent parce que je ne suis pas attentif à la mienne.

mardi 4 octobre 2016

Imaginer ce qui ne peut pas être dit

C'est ma capacité d'imaginer ce qui ne peut pas être dit qui me permettra de le comprendre.

dimanche 2 octobre 2016

Le parcours plutôt que les obstacles

Une intuition: chercher à montrer le parcours plutôt que les obstacles. Les obstacles se liront en creux et le processus de création sera, peut-être, plus fluide et plus organique.

samedi 1 octobre 2016

Une vie ne peut pas se réussir

Une vie ne peut pas se réussir, simplement parce qu’à la base, elle est déjà réussie.

Comme un personnage

Une des pistes serait peut-être de faire l’effort de se voir soi-même véritablement comme un personnage, de faire véritablement comme si on écrivait sur quelqu’un d’autre, quelqu’un qu’on connaît assez bien, mais qui peut encore nous réserver des surprises. Décrocher véritablement le je qui écrit du je dont on parle. Juste une piste.

jeudi 29 septembre 2016

Fin de chapitre

L’homme était caché au fond du jardin
Je tourne la page, assis dans ma véranda
Il mit ses gants, tendit un câble entre ses poings
Fin du chapitre : une gorgée de thé

Il traversa le soir vers le pavillon de campagne
Je pose ma tasse, allume la lumière, tourne la page
Une tête dépassait du fauteuil en osier
Sommeil, sommeil, sommeil : dernier chapitre

Les graviers de la terrasse roulaient sous ses pieds
Mon fauteuil grince autour de moi
Il poussa sans un bruit la porte de la véranda

Quelque chose de froid sur mon cou

Au rang de personnage

Je croyais que j'écrivais sur ma vie parce que je connaissais déjà l'histoire, mais, en fait, c'est parce que je voulais m'élever au rang de personnage.

mercredi 28 septembre 2016

Ce que tu cherches te cherche

– Même si tu ne sais pas ce que tu cherches, ce que tu cherches te cherche.

mardi 27 septembre 2016

lundi 26 septembre 2016

Ineo!

– Ineo!

– Mais tu as réussi à dire ton prénom! C'est génial! C'est la première fois que j'entends ça!

– Valentina!

– Ah oui? C'est un long mot: bravo! Tu l'aimes bien Valentina?

– Aime, oui!

La vie, elle tourne

– La vie, elle tourne.

– Oui, Lucie: tu as tout à fait raison! Pourquoi tu dis ça?

– C’est des mots que j’avais dans ma tête.

dimanche 25 septembre 2016

Le vie zen

"La vie zen... sans avoir besoin d’être moine

Il y a douze points basiques et fondamentaux pour mener une vie semblable à celle des moines Zen sans avoir besoin d’en devenir un:

1. Une chose à la fois. Tâche après tâche, pas de multitâches. Un proverbe Zen dit: "quand tu marches, marche. Quand tu manges, mange."

2. Fais chaque chose lentement et avec un but. Bien que tu ne fasses qu’une chose à la fois, chacune d’elle peut être réalisée de manière aléatoire et dans la précipitation. Au contraire, tes actions devront être motivées et réalisées posément, ainsi tu gagneras en concentration.

3. Fais-le pleinement. Concentre ton esprit sur ta tâche et termine-la avant de passer à la suivante. Si quelque chose reste inachevé, mets complètement cette tâche de côté sans te laisser aucune échappatoire. Si tu prépares une collation, ne la mange pas jusqu’à ce que tu aies rassemblé et nettoyé tout ce qui t’a servi à la préparer.

4. Fais moins. La vie d’un moine Zen n’est pas paresseuse. Il se lève tôt et travaille toute la journée, mais il ne laisse pas de tâches inachevées. Réalise que les tâches que tu vas accomplir vont être celles-ci et aucune autre. Moins de tâches signifie mettre ton attention sur elles et les réaliser pleinement. Avoir de nombreuses tâches planifiées te fera sauter de l’une à l’autre rapidement sans réfléchir et sans te focaliser sur elles.

5. Espace les tâches. Disposer de temps entre les tâches t’aidera à te concentrer sur elles et à les terminer. Un programme détendu t’aidera à accomplir les tâches qui durent plus que prévu en disposant du temps nécessaire pour les mener à bien.

6. Développe des rituels. Les moines Zen ont leurs propres rituels pour les tâches qu’ils accomplissent, depuis manger jusqu’à faire le ménage ou méditer. Ceci leur permet de leur donner une attention maximale parce qu’elles sont accomplies posément, correctement. Tu n’as pas à suivre un rituel: crée les tiens pour chaque tâche que tu effectues, préparer la nourriture, nettoyer, te réveiller ou te coucher, jusqu’à te préparer à faire de l’exercice.

7. Affecte du temps à certaines tâches. Il y’a des tâches quotidiennes qui requièrent un horaire spécifique. Détermine le temps pour faire ta toilette, pour travailler, pour faire le ménage ou pour manger. Cela garantit que ces tâches soient menées à bien régulièrement. Si pour toi une tâche est suffisamment importante pour être menée à bien régulièrement, affecte-lui le temps nécessaire.

8. Prends le temps de t’asseoir. Un élément clé de la vie du moine Zen est la méditation assise (zazen). Cela implique de désigner un temps simplement pour s’asseoir. La méditation est une pratique qui aide à se trouver, mais il n’est pas nécessaire de la réaliser uniquement en étant assis. N’importe quel exercice peut être une bonne pratique pour te centrer sur toi-même, toute activité peut t’aider à te trouver.

9. Souris et aide les autres. Les moines Zen passent une partie de leur journée au service des autres. Ceci enseigne l’humilité et éloigne l’égoïsme de leurs vies qui sont orientées vers le service. Dans ta famille ou en dehors, tu peux consacrer ce temps aux autres. De même, sourire et être aimable avec tout le monde aide à améliorer la vie que ceux qui t’entourent. Pense à t’engager comme bénévole.

10. Fais que faire le ménage ou la cuisine fassent partie de la méditation. En plus de la méditation zazen, le ménage et la cuisine sont des éléments importants de la journée d’un moine Zen. Ces tâches peuvent devenir exaltantes si elles sont réalisées jour après jour comme des pratiques de connaissance de soi. Si pour toi elles sont ennuyeuses, essaie de les inclure à la médiation, concentre-toi sur elles, fais-les lentement et complètement: ta journée changera du tout au tout (et ta maison sera plus propre).

11. Demande-toi ce qui t’est nécessaire. Il y’a peu de choses dans la vie d’un moine Zen qui ne soit pas nécessaire. Dans sa garde-robe, il n’y a pas de vêtements spéciaux ni de nombreux souliers, pas d’outils technologiques, de voitures ni de malbouffe (son régime alimentaire est végétarien). Il n’est pas nécessaire de vivre comme un moine zen, mais nous devons nous rappeler qu’il y’a beaucoup de choses dans la vie qui ne sont pas nécessaires, et il est intéressant de nous demander de quoi nous avons vraiment besoin dans nos vies et quelles sont les choses qui sont nécessaires.

12. Vis simplement. C’est le corollaire de la règle 11: si ce n’est pas nécessaire, tu peux vivre sans. Libère-toi de ce qui n’est pas nécessaire ou essentiel. Pour chacun, ce sera différent: la famille, la lecture, l’exercice ou les amis peuvent s’avérer essentiels dans votre vie. Décide ce qui est le plus important pour toi et fais-lui de la place dans ta vie en éliminant ce qui n’est pas essentiel."

samedi 24 septembre 2016

Moi

Toutes les questions n'appellent qu'une seule réponse: moi. 

vendredi 23 septembre 2016

Les mains dans le cambouis

– Si tu es toute l'année les mains dans le cambouis avec les ateliers d'écriture, à décortiquer chaque page, tu perds un peu de magie. Tu sais, je crois qu'il faut savoir un peu comment on fonctionne, mais pas trop.

jeudi 22 septembre 2016

Ce qu'on pourrait avoir

– Celui qui ne se contente pas de ce qu’il a ne se contenterait pas non plus de ce qu’il veut avoir.

mardi 20 septembre 2016

La franchise passe par la chronologie

Une note, de 1999:

"La franchise passe peut-être par la chronologie (faire l’effort de classer les détails, les sensations, faire semblant de les découvrir en les écrivant)."

lundi 19 septembre 2016

dimanche 18 septembre 2016

Just a game!

– Ces temps, je lis beaucoup les théoriciens américains: comment écrire un super scénario en vingt-deux étapes, en quinze, en sept...

– Moi, de plus en plus, je vois ça un peu comme l'Oulipo: des contraintes que tu te donnes pour structurer ton texte.

– C'est exactement ça: des règles du jeu pour m'amuser autrement avec ces gros chantiers de bouquins que je ne sais plus trop comment faire bouger...

– Just a game, my friend, just a game!

samedi 17 septembre 2016

Comment veux-tu être racontée?

En travaillant sur l'histoire familiale de Carlos, je comprends mieux une des choses qui ne va pas dans le Bergstamm: peu d'infos sur Chessex et beaucoup d'infos sur moi, alors que les lecteurs seront beaucoup plus intéressés par Chessex que par moi.

Alors, si je tiens vraiment à ce bouquin, il va falloir trouver une autre manière de raconter cette histoire, une manière de l'inventer et de me l'approprier, dans le fond et dans la forme.

Dans le journalisme, on appelle ça trouver un angle. Chez les gourous d'Hollywood, on parlera d'un développement organique de l'intrigue, des personnages et de leur environnement. Je me dis que j'ai surtout envie de tendre l'oreille: histoire, ma belle histoire, toi qui es venue jusqu'à moi, comment veux-tu être racontée?

vendredi 16 septembre 2016

Nous n'y sommes pour personne

Saint-Romain-le-Puy: notre voiture dans le jardin de Mamie Cath, devant son garage.

En allant jeter un œil sous les sièges pour essayer de retrouver le doudou et la lolette d'Ineo, dans le premier soir, entre quelques gouttes, je me dis que c'est quelque chose d'extraordinaire, notre voiture, là, dans le jardin d'un petit bled au milieu de la France.

Plus j'y pense, moins je trouve ça formidable, mais mon intuition m'accompagne jusqu'à la porte de la petite maison blanche, mon doudou et ma lolette à la main: nous n'y sommes pour personne, mais nous y sommes.

Vivre de l'écriture

Étonnamment, je me rends compte que je commence à pouvoir vivre de l'écriture. Pas comme je le pensais, grâce à une suite ininterrompue de best-sellers, mais avec tout ce qui tourne autour: les ateliers, les cours, le suivi de manuscrits, l'édition, la traduction et le reste.

Le rêve nourri de mes années argentines est en train de se réaliser, mais pas exactement de la forme dont je l'imaginais.

jeudi 15 septembre 2016

Comme une bouteille d'eau

– Je suis comme une bouteille d’eau qui flotte au milieu du lac: la même eau dehors, la même eau dedans.

mercredi 14 septembre 2016

Quelque chose d'absolument inutile

Je passe mes journées à rêver de ce que je pourrais écrire et, chaque fois que je me mets à écrire, j'ai l'impression de faire quelque chose d'absolument inutile.

mardi 13 septembre 2016

Nous ne sommes pas faits pour posséder

– Regarder une chose, un paysage, une personne, avec amour, sans attachement, sans volonté d’appropriation, c’est mieux les voir, c’est voir clair, c’est regarder clairement ce qui est, « sans vouloir l’avoir » et, dans ce « laisser être ce qui est », l’apparition du don peut se révéler à nous. Tout nous est donné, rien ne nous est dû. Nous ne sommes pas faits pour posséder, nous sommes faits pour « être avec », ce qui n’est pas sans impliquer le sens de notre responsabilité à l’égard de toute chose, sens de la responsabilité qui se développe généralement en deçà de notre sens de la propriété…

dimanche 11 septembre 2016

Ce bout de corde

Une note, de 2011:

"C’est en me battant contre, en particulier contre moi, que je m’arrête.

Chaque fois, commencer par chercher le bout de la corde que je peux moi-même lâcher.

Savoir à la fois que la corde est à portée de main et qu’une partie de moi, beaucoup plus à l’aise dans cet état qu’elle voudrait bien le montrer, fait tout ce qu’elle peut pour je ne puisse pas le voir, ce bout de corde."

samedi 10 septembre 2016

Les exclus d'ici, les exclus de là-bas

La différence entre ma vision des exclus d'ici et celle des exclus de là-bas. 

Les fous et les pauvres de Buenos Aires me ressemblaient moins, j'avais donc moins de risque de leur ressembler. 


Quand la pauvreté et surtout la folie prennent un visage proche du mien, mon regard se tourne ailleurs et ma bienveillance déjà laborieuse s'évapore.

Son propre puits

– Nous marchons tous, nous creusons tous vers la Source. La Source est une, mais nous avons des puits différents et lorsqu’on a trouvé son puits, il s’agit de creuser son propre puits. Le problème vient de ce que lorsqu’on creuse, on ne voit pas le puits des autres, mais on les retrouve au fond du puits. Il y a un moment où l’on papillonne, puis on a trouvé son  miel, sa propre langue. Grâce à l’accompagnement de la tradition et de ses représentants, on va vraiment creuser son puits, sachant que l’on recherche toujours la réalité… il n’y a pas d’autre réalité que la Réalité.

jeudi 8 septembre 2016

Les voix en contre-jour

Quand le soleil passe derrière les arbres, les voix en contre-jour devant le soir du lac ont soudain des visages.

mercredi 7 septembre 2016

Quand je n'écris pas

L' écriture ne doit pas seulement m'amener à être présent quand j'écris, mais aussi et surtout quand je n'écris pas.

lundi 5 septembre 2016

Désarticuler un à un les jugements

La discussion avec Ariane, au début, ressemblait beaucoup à celle que j’ai pu avoir avec Jacques: mais pourquoi est-ce que tu te prends autant la tête dans ton blog, cesse de te regarder le nombril et vis un peu!

Et puis, c’est parti dans une autre direction: on se sent obligé de s’intéresser à toi et à tes questions sans réponses. Parce qu’en général, c’est vraiment sans solution, vraiment des apories.

Enfin, ça s’est terminé sur quelque chose de nouveau: c’est peut-être que les questions que tu te poses, je préférerais ne pas me les poser, le matin, comme ça, au réveil, parce que je te lis au réveil.

Du coup, je vois à quel point ce blog ressemble à l’expérience de Gustavo: noter toutes les pensées qui me passent par la tête pendant une semaine, histoire de mieux me rendre compte de qui je suis au fond, d’oser me regarder en face et de désarticuler un à un les jugements que je porte sur les autres et sur moi.

À la différence près que je propose ici une petite sélection de ces pensées à la vue des autres, en particulier à celle de mes quelques lecteurs fidèles, et que ces derniers sentent bien s’agiter, de temps en temps, une certaine correspondance avec l’une ou l’autre des intuitions qui circulent plus ou moins près de la surface de leur conscience.

dimanche 4 septembre 2016

Le chat vacances

– Bonjour Ineo!

– Pas Eo: chat!

– Alors: bonjour petit chat!

– Miaou!

– Comment il s'appelle le petit chat?

– Lalalalalalalalala: vacances!

– Bonjour petit chat vacances!


– Non non non: moi je dis, le chat, il s'appelle Buenos Aires!

samedi 3 septembre 2016

Décryptés par plus malin que moi

Toujours peur que mes textes soient décryptés – et donc, dans mon idée, réduits – par plus malin que moi. Pourquoi donc?

Une école de magiciens à la Harry Potter

La maison de maître de l'Institut littéraire suisse: une école de magiciens à la Harry Potter.

Si cette filière avait été créée dix ans plus tôt, j'aurais sans doute suivi son cursus.


Alors, pour me rattraper, je vais y apprendre à écrire grâce à mes futurs étudiants.

vendredi 2 septembre 2016

Une empreinte de l'existence

– Tout change quand vous commencez à émettre votre propre fréquence plutôt que d'absorber les fréquences autour de vous, quand vous commencez à laisser votre empreinte dans l'univers plutôt que de recevoir une empreinte de l'existence.

jeudi 1 septembre 2016

Une identité

Le simple fait de vivre à Buenos Aires me donnait une identité, comme ça, sans rien faire. 

mercredi 31 août 2016

Celui qui cherche

– Celui qui cherche ne va pas trouver, mais celui qui ne cherche pas ne va jamais trouver.

mardi 30 août 2016

Tchoutchou cravail maman!

– Gare maman!

– Oui, c’est là que maman a pris le train. Elle est venue avec son vélo jusqu’ici et puis elle a pris le train pour son travail.

– Lalalalalalalalalalalalala vélo zaune! Lalalalalalalalalalalala cave!

– Tu veux prendre ton vélo jaune à la cave?

– Oui! Cravail!

– Et tu veux aller au travail?

– Tchoutchou lalalalalalalalalalala cravail maman!

– Tu veux venir avec ton vélo jaune jusqu’à gare pour aller retrouver maman au travail?

– Oui! Tchoutchou lalalala petit! Cravail maman!

lundi 29 août 2016

Parce que ça doit se dire

Avec le retour du Livre sur les quais, je repense à Gurdjieff: ne fais pas de la publicité pour tes œuvres.

La question n'est pas à voir du point de vue protestant, ne pas mettre le moi en avant, mais avec cette idée que je dois écrire parce que ça doit se dire, pas pour ce que ça doit dire de moi.


Plus je fais de la pub pour moi, moins le texte sera juste. Plus je fais de la pub pour mon texte, plus j'écrirai les prochains en pensant que c'est pour me valoriser que je les écris et ce qui doit s'écrire ne s'écrira plus.

samedi 27 août 2016

Mon casque noir

Un instant, en voyant ce casque de moto Shoei sur le petit meuble en face des toilettes du Grutli, le même, exactement le même que mon casque noir d'adolescent, j'ai cru que c'était l'ancien moi qui était là, puis qui était passé par là, puis qui n'était plus là. 

mercredi 24 août 2016

Un point d'interrogation

– C'est quoi un point d'interrogation?

– C’est à l’école que tu en a vu un?

– J'ai vu quelque chose d’écrit sur la porte et, à la fin, il y avait un point d’interrogation.

– Le point d’interrogation, c’est ce qu’on met à la fin d’une phrase quand on veut poser une question.

– Ah oui?

– Alors, Lucie, comment ça va? Là, je t’ai posé une question et, si je l’écrivais, je mettrais un point d’interrogation à la fin.

– Ça fait comme ça: un peu comme un serpent avec un point en bas.

– Tout à fait!

mardi 23 août 2016

Comment je peux me résoudre

Ce n'est pas la situation qui se résout: je dois chercher comment je peux évoluer, comment peux me résoudre, pour que la situation se résolve d'elle-même. 

Répéter ce qui a déjà été dit

J'ai été pris dans mon envie de tout créer à l'intuition, hors des canevas, des structures, des modèles sur lesquels m'appuyer.

Comme si ne faire confiance qu'à mon intuition pouvait m'assurer la paternité de mes écrits, leur originalité, leur vérité.

Juste une autre manière un peu plus épuisante qu'une autre de répéter ce qui a déjà été dit. 

dimanche 21 août 2016

Le soleil se lève

Le soleil se lève sur la station-service, sur le croissant et sur l'ovomaltine d'Ineo.

samedi 20 août 2016

Je me cache derrière eux

Si je ne touche pas aux événements, je ne prends pas mes responsabilités et je me cache derrière eux: c'est les évènements qui l'ont dit, c'est pas moi!

vendredi 19 août 2016

Enfermé dans les événements

Enfermé dans les événements comme l'était mon père avec son journal, ses articles à écrire. L'intuition que c'est là qu'il y a quelque chose à dépasser. 

Mais aussi, d'un autre côté, la croyance que les événements du monde peuvent m'apprendre quelque chose tels quels, que je ne dois pas les toucher pour qu'ils me parlent, pour que j'apprenne à les écouter.


Le moment est venu de cesser de tendre l'oreille et de les faire parler à ma manière. 

jeudi 18 août 2016

Il parle de Dieu

– Où papa? Où?

– Il mange avec ses étudiants. Tu sais, Ineo, il discute de choses pas toujours intéressantes pour les petits.

– Ouais, il parle de Dieu.

– Parler de Dieu, Lucie, ça peut être intéressant...

– Oui, parce que la Terre, c'est Dieu. Euh, Tolochenaz, euh, Fribourg, euh...

– Et toutes les montagnes et tous les lacs et toutes les mers.

– Oui, c'est ça!

mercredi 17 août 2016

Le devenir de la scène

Ne pas me dire: qu'est-ce qu'il y a dans cette scene? Mais plutôt: qu'est-ce que je peux en faire, qu'est-ce qu'elle peut devenir?

L'effet de mes paroles

Les réseaux sociaux: une tentative pour mesurer l'effet de mes paroles, pour avoir un indice de leur existence.


On va essayer autre chose.

lundi 15 août 2016

dimanche 14 août 2016

samedi 13 août 2016

Mes étendues intérieures

Une note, de 2010:

"Utiliser la page pour parcourir mes étendues intérieures, pour me laisser les parcourir. Certain jours, je trouve des choses, d'autres jours, je ne trouve rien, je crois ne rien trouver, mais l'important, c'est de parcourir, de me laisser parcourir. Le texte ne peut venir que de là, et même s'il ne vient pas, il ne peut venir que de là.

Ces images d'étendues extérieures que je peux avoir lorsque j'écoute certaines musiques, ces étendues que je croyais me rappeler mais qui, en fait, sont au fond de moi. La mémoire n'est pas celle que je crois: ce que j'ai vécu, les paysages que j'ai véritablement traversés, ce que j'appelle de mes souvenirs m'a en fait permis de toucher l'entier de cet espace et l'entier de ce temps que je porte en moi.

Sentir ces étendues, oui, mais les sentir en moi, et puis sentir que ce qui se passe en moi et ce qui se passe à l'extérieur ne fait absolument aucune différence. Les espace qui s'ouvrent s'ouvrent maintenant et s'ouvrent en moi. Le souvenir est présent, le souvenir n'est pas passé: c'est ce que ces images déroulent en moi en ce moment qui compte, qui existe, rien d'autre.


Les histoires que je veux raconter sont des guides pour me laisser aller dans cet espace, elles sont là tout d'abord pour me rassurer, pour me donner l'impression que c'est encore moi qui donne du sens à ce qui se passe, que c'est encore moi qui organise ce qui arrive."

vendredi 12 août 2016

Pas à travers ma parole

Ce n'est pas à travers ma parole que j'existe: j'existe sans ma parole, elle existe sans moi. 

jeudi 11 août 2016

Qui suis-je?

Pour retrouver le sommeil après avoir encore une fois rendormi Ineo, je répète le Qui suis-je de Ramana Maharshi.


Est-ce que je suis celui qui respire? Mais d'où vient ma respiration? De quelle partie de mon corps? Est-ce que je suis celui qui dit à ma respiration de se faire? Mais, ma respiration n'a pas besoin de moi pour se faire. Est-ce que je suis celui qui pose la question du Qui suis-je? Qui suis-je? Et je m'endors.

mercredi 10 août 2016

mardi 9 août 2016

De l'ordre du dévoilement

Ce que je cherche à écrire est de l'ordre de la révélation, du dévoilement: tout était déjà là depuis le début, mais on ne le comprend, tout d'un coup, qu'à la fin. 

lundi 8 août 2016

Un jour viendra où vous rirez

– Il n'y a pas plus grand mystère que celui-ci : nous cherchons à atteindre la Réalité alors que nous sommes la Réalité. Nous pensons que quelque chose nous cache notre Réalité et qu'il faut le détruire avant d'obtenir cette même Réalité. C'est ridicule. Un jour viendra où vous rirez vous-même de tous vos efforts passés. Et ce qui sera le jour où vous rirez est déjà ici et maintenant.

dimanche 7 août 2016

Suis-nous et sors de toi

Adorer Dieu, c'est me tourner vers le tout, vers le Soi, et me libérer du moi.

Pareil pour les montagnes qui s'étendent autour du col du San Bernardino dans le premier jour. 

Pareil pour les voix des fidèles qui tournent dans l'église grise et blanche de San Vittore. 

L'adoration, les cimes touchées par la lumière jaune, les vieilles voix sous les voûtes, toutes disent la même chose: suis-nous et sors de toi pour découvrir que tu n'as jamais eu de limites.

samedi 6 août 2016

S'absenter à soi-même

Mon père derrière sa NZZ dans la véranda: le monde entier à portée de regard. 

Pareil pour moi devant l'écran sur mes genoux: les mots que j'aligne, que j'efface, que j'aligne de nouveau. 


Se disperser dans les nouvelles et dans les histoires à naître: à chacun sa manière de s'absenter à soi-même.

vendredi 5 août 2016

Un cadre, pas des limites

Ma vie terrestre, quotidienne, donne un cadre et une direction à ma recherche du dévoilement du Soi en moi.

Ma vie terrestre est là pour ça : pour que cette recherche ne parte pas dans tous les sens et finisse par se perdre, par s'épuiser.

C'est à ça que ma vie sert : à me donner un cadre, pas des limites.

jeudi 4 août 2016

Les médias et le mantra

Les réseaux sociaux et les médias en général: être ailleurs à un autre moment.

Le mantra: l'ici et le maintenant de chaque syllabe.

NA. MAN. DA. BU.

mercredi 3 août 2016

Quand le connaisseur disparaît

– Aussi longtemps qu'il y a un connaisseur, il y a toutes sortes de connaissances (directe, par déduction, intellectuelle, etc.); mais que disparaisse le connaisseur et toutes ces connaissances disparaîtront avec lui; leur degré de validité est du même degré que le sien.

mardi 2 août 2016

La fée des dents

– Qu'est-ce que tu fais Lucie? Tu laves des cailloux?

– Oui: il sont blancs comme des dents!

– Et tu vas en faire quoi?

– Je vais les laver très bien avec du savon et puis je vais les mettre sous mon oreiller. Comme ça, la fée des dents elle va venir!

Comme à Bénarès

Après le souper du premier août dans le jardin de San Vittore, c'est Celia qui, la première, a remarqué l'odeur étrange.

– Mais, ça sent comme à Bénarès !

En fait, c'est Jean-Jacques qui n'avait pas mis que les feuilles de vigne sur les braises, mais aussi les os des costine, histoire d'économiser un peu sur les sacs poubelles taxés.

– Ça fait vraiment odeur de crémation: tu pourrais les enlever s'il te plait?

– Tu crois?

– Oui, s'il te plait!

lundi 1 août 2016

Comme si le lieu était en trop

Une note, de 2011:

"J’ai l’impression que j’ai plus de facilité à être dans les lieux quand je n'y suis pas – ici, à Buenos Aires –, comme si le lieu était en trop entre lui et moi, comme s’il parasitait, s’il faisait déborder ce que je sais et que je sens de lui."

samedi 30 juillet 2016

Pas la distance que je crois

Une note, de 2011:


"Voir ces montagnes, cette campagne sous la neige m’a montré à quel point elles me manquaient. À moi maintenant de me rendre compte à quel point la distance qui nous sépare n’est pas celle que je crois."

vendredi 29 juillet 2016

Ce que tu vas voir

– Être libre, c'est connaître. Oublie les autres et observe-toi sans peur. Ce que tu vas voir, tu l'es déjà.

jeudi 28 juillet 2016

Un millimètre

– Même s'il ne te manque qu'un millimètre pour arriver à ce que tu es en vérité, tu es à mi-chemin.

mercredi 27 juillet 2016

Le sens est là

Une note, de 2011:


"Faire confiance : le sens est là, je n’ai même pas à le trouver."

mardi 26 juillet 2016

Derrière un tracteur

En rentrant de la gare, je roule au pas derrière un tracteur avec ses deux remorques de paille.


L'habitacle se remplit de l'odeur d'herbe au soleil, des brins dansent autour du pare-brise, au ralenti, sur le jazz de Lars Danielson.

lundi 25 juillet 2016

Devoir d'information

J'ai passé la plupart de nos années argentines sans ouvrir le journal, sans écouter la radio, sans regarder la télévision que nous n'avions de toute façon pas. Je ne m'en portais pas plus mal.

Pourquoi, depuis notre retour, est-ce que j'ai besoin de me tenir informé : mettre les infos à la radio quand je prends la voiture, lire le journal sur mon téléphone dès que j'ai un moment de calme?

Depuis mercredi, Scrivener, le programme rapidement indispensable sur lequel j'ai rédigé la plupart de mes projets d'écriture, est disponible sur plate-formes mobiles, ce qui veut dire que je peux avoir accès à tous mes chantiers de romans où que je sois et que chacune des modifications sera reportée sur le document principal.

Donc, depuis mercredi, dès que j'ai un petit moment pour moi – comme à présent sur les toilettes –, je peux, plutôt que prendre des nouvelles du monde, avancer sur ce qui était devenu, depuis mon retour en Suisse, central pour moi dans mes paroles plutôt que dans mes actes.

dimanche 24 juillet 2016

Shut down

L'avatar que j'ai choisi pour Facebook est le signe conventionnel du shut down au milieu d'une grosse tache d'encre.

C'est en général le code qu'utilisent les accros des réseaux sociaux pour indiquer qu'ils décrochent un moment et qu'ils n'y sont plus pour personne: on s'en va mais on l'exprime avec les codes du groupe. C'est l'ordinateur qu'on éteint, pas le lien.

C'est quand Ariane a commencé à l'interpréter à sa manière – un sourire, un clin d'œil, le signe de Daech – que je me suis dit qu'il y avait peut-être autre chose à chercher derrière mon geste spontané.

Ce que j'avais employé avec beaucoup de sérieux pour signifier ma volonté que l'écriture – la tache d'encre rageuse – prenne le pas sur le bavardage électronique, pouvait sans doute être lu à un niveau plus léger: bye bye les gars, je prends des vacances, mais je garde un œil sur vos causettes.

samedi 23 juillet 2016

A travers mon sternum

Ressentir le monde à travers mon sternum.

Prendre conscience des sens autour de mes sens.

Ce que je ne mesure plus fait tout d’un coup partie de moi.

vendredi 22 juillet 2016

En état d'écriture

Pourquoi est-ce que je crois que je dois me mettre en état d'écriture pour écrire?

jeudi 21 juillet 2016

Le vent autour de la présentation de soi

Avec le recul je comprends mieux à quoi m’ont servi ces années au Livre sur les quais: à mieux incorporer tout le vent autour de la présentation de soi, mieux comprendre mes besoins dans ce domaine et mieux voir à quel point ça ne les assouvissait en rien.

Maintenant, je crois que je suis plus au clair et que je vais pouvoir me concentrer sur ce qui en vaut vraiment la peine.

Mourir en mouvement

Une note, de 2011:


"Libérer mon écriture, ça sera libérer ma vie. Je pourrai alors apprendre à mourir en mouvement, en profitant de chaque instant."

mardi 19 juillet 2016

Nous sommes esclaves

– Être libre signifie être responsables de ses actes. Dire que les autres sont coupables de nos actes signifie que nous sommes esclaves.

lundi 18 juillet 2016

Repérages

Tout à l’heure, un jeune gars est venu sonner à la maison: T-shirt blanc, jeans, baskets. Quand je lui ai ouvert la porte, il m’a demandé où était l’autoroute pour Annemasse. Comme je trouvais la question bizarre, je lui ai gentiment proposé de le raccompagner à sa voiture: j’allais lui montrer depuis le portail, c’était plus simple. Lucie s’est agrippée à mon short pour nous accompagner.

Tout d’un coup, le petit gars avait l’air de savoir assez bien où se trouvait l’autoroute: à droite ? Oui oui, tout à fait. Et quand je lui ai demandé où était sa voiture, il m’a dit que c’était un collègue à lui qui allait passer le prendre. Je suis resté un moment sur le trottoir avec Lucie dans les bras à le regarder descendre la route en direction de Morges.

J’ai hésité à le prendre en photo avec mon iPhone, mais je ne l’avais exceptionnellement pas sur moi. Quand je suis ressorti, je n’ai pas revu mon jeune en repérage. J’ai fait le tour de la maison de Sandra et Benji pour vérifier que tout était ok et je suis passé dire à Fabienne et puis à Stéphane de faire gaffe.

dimanche 17 juillet 2016

Le chemin du vrai Maître

– Chacun a son propre chemin. Un vrai Maître ne te montre pas son chemin mais t'enseigne à découvrir le tien.

De la place pour le dessert

Si j'ai encore la force de lire quelques pages, je dois bien avoir la force de méditer un peu à la place.


Pareil que pour les enfants qui ont tout d'un coup de nouveau de la place pour le dessert. 

vendredi 15 juillet 2016

Mon énergie pour mon art

Employer mon énergie pour mon art, pas pour me placer ou m’informer.


La place qui devra venir viendra, l’information qui devra arriver jusqu’à moi arrivera.

jeudi 14 juillet 2016

Un outil de production

Que mon iPhone devienne vraiment un outil de production et pas de consommation.

mercredi 13 juillet 2016

Des motivations vaines

Une note, de 2011:

"Si je remarque à quel point la plupart des motivations des gens qui m’entourent sont vaines, c’est à la fois parce qu’elles sont miennes et que j’essaie de m’en débarrasser.

Quand je serai un peu plus loin — si j’en suis un peu plus loin —, je pourrai admettre, simplement, que les gens ont des motivations qui sont les leurs."

mardi 12 juillet 2016

Le sucre et les réseaux sociaux

Le sucre et les réseaux sociaux: la mort de mon corps et la mort de mon esprit par trop de plaisir immédiat.

C'est l'immédiat qui me tue: cette tension désespérée vers l'ici et maintenant plutôt que l'ici et maintenant.

Volontarisme épuisant et paresseux qui se nourrit de ma fatigue et qui la multiplie.

lundi 11 juillet 2016

Du temps utile

Une note, de 2011:

"Dans son introduction à la correspondance entre Vernet et Bouvier, Célia m’a dit que Maggetti avait écrit qu’il y avait un petit côté protestant dans le fait que le voyage ne pouvait pas être fait que pour soi et qu’il devait servir à quelque chose — dans leur cas, à écrire et à rendre compte. Pareil pour ce temps que je me donne à Buenos Aires: il faudrait qu’il serve."

dimanche 10 juillet 2016

Surpise, hein!

Hier soir, au mariage de Cécile, l'un des musiciens tsiganes était le croque-mort qui avait remis à Celia l'enveloppe avec tous les petits sous des offrandes pour l'enterrement de sa maman.

Ce matin, au brunch, notre voisin table s'est révélé être Frédéric, le filleul de Carlos qui nous avait reçu à Buenos Aires dans son appartement, avant de devenir mon oncle pour nous servir de garant lorsqu'on a signé le bail du nôtre, celui d'Acoyte.

D'ailleurs Carlos serait là, dans une bonne demi-heure, pour l'anniversaire de la maman de Fred dans un café de la vieille ville de Fribourg.

– Alors chut! Tu dis rien à personne et on passe faire des becs! Surprise, hein!

samedi 9 juillet 2016

Croire ne pas être prêt

Une note, de 2011:



"Croire ne pas être prêt n’est qu’une manière parmi d’autres ne pas être tout à fait là."

vendredi 8 juillet 2016

Expérimenter

Si je n’écris qu’au sujet de ce que je vis, je ne vais jamais pouvoir dépasser celui que je suis, jamais pouvoir expérimenter.

jeudi 7 juillet 2016

Le poids qui m'arrange

C’est moi qui choisis le poids que je donne à la parole de l’autre.

Si je veux que sa parole soit lourde, elle sera lourde, si je veux qu’elle soit légère, elle sera légère.


Je donne à la parole de l’autre le poids qui m’arrange, même si j'ai parfois l'impression du contraire.

mercredi 6 juillet 2016

Le goût de ma soupe

Ce que je découvre – le Japon par exemple – est là pour m'indiquer des directions suivies dans des vies antérieures, pour m'aider à récapituler mes découvertes oubliées.


Pas besoin de suivre ces pistes jusqu'au bout, simplement garder le goût qu'elles apportent à ma soupe.

mardi 5 juillet 2016

En allant puiser dans mon ombre

C'est en allant puiser dans mon ombre que je peux véritablement vivre ma lumière.

C'est ce que je n'aime pas en moi qui peut me mener, à travers lui, vers ce que j'aime.

C'est l'une des leçons de cette écriture à deux mains.

lundi 4 juillet 2016

Coup de vieux, coup de jeune

– Chaque colère est un coup de vieux, chaque sourire est un coup de jeune. 

dimanche 3 juillet 2016

Me faire face

– Tout est là pour que vous vous retrouviez face à vous-même – la volonté, les moyens, les outils, le cadre – et hop: au dernier moment, l'esquive.

– Oui...

– Alors vous devez, je n'aime pas utiliser ce mot, mais vous devez, absolument, vous faire face. Aller plus loin, ça passera par là. 

– Comme dans l'enseignement de Ramana Maharshi, quand il parle de la recherche du Soi avec l'énergie de l'homme à qui on maitiendrait la tête sous l'eau et qui voudrait reprendre de l'oxygène. 


– Oui, c'est ça: exactement.

samedi 2 juillet 2016

Un grand feu au milieu de la chambre

Depuis quelques soirs, les lumières éteintes, on s'assied au milieu de la chambre et on allume un grand feu. On fait chauffer du thé à la cannelle dans une grosse casserole noire et on écoute les bruits de la forêt autour de nous. Suivant d'où le vent souffle, la fumée nous pique les yeux.

Le premier soir, un loup sans dents est venu nous rendre visite. Il a insisté pour servir le thé à tout le monde, il s'est laissé caresser sur la tête et il a couru jusqu'au sommet de la montagne d'à côté.

Le deuxième soir, c'est un loup rose qui est venu. Ineo a allumé les plaques de la petite cuisinière Ikea pour lui faire peur, mais quand il a découvert que le loup rose parlait en chantant du jazz, il s'est mis à rire et il a partagé sa saucisse avec lui.

Au moment d'aller se coucher, Lucie a encore ramassé une grosse brassée de branches posées sur l'armoire à dînette et l'a jetée sur le feu en train de s'éteindre. Alors les enfants, depuis leur lit, ont regardé les braises s'envoler vers le ciel.

vendredi 1 juillet 2016

Le poids de ma parole

Prendre le poids de ma parole et non prendre du poids par peur de prendre la parole. 

jeudi 30 juin 2016

Tous les mots sont adultes

Pas pour rien que je lis maintenant Tous les mots sont adultes de François Bon. 

mardi 28 juin 2016

Faire de la limite une force

Sandra m'a proposé une exercice intéressant: vingt minutes d'écriture automatique sur le thème que je voulais puis encore cinq minutes, mais de ma mauvaise main. Voici les dernières lignes du jour:

"J'en veux à cette mauvaise main qui m'empêche de m'exprimer en allant si lentement, en n'étant pas foutue d'écrire, de pouvoir écrire. Faire de la lenteur une force, faire de la limite une force."

lundi 27 juin 2016

Deux êtres à part entière

Une des pistes données par Sandra: Lucie et Ineo sont nos enfants, mais ils sont avant tout deux êtres à part entière, c'est-à-dire avec eux aussi d'innombrables vies derrière eux, une expérience aussi étendue que la nôtre mais qu'ils expriment à leur manière, au sein de cette famille où nous nous sommes rencontrés.

dimanche 26 juin 2016

La liberté de vivre

Comment parler aux gens qui revendiquent ce qui leur fait du mal?

Ce mal qu'ils connaissent, ce mal qui leur appartient, dont ils ont essayé sans succès de se débarrasser et qui finit par les rassurer.


– Laisse-moi avec ma souffrance plutôt qu'avec ton bonheur! J'ai eu tant de peine à m'habituer à survire que la perspective de cette liberté de vivre dont tu me parles me carbonise!

samedi 25 juin 2016

Un bout de chemin vers ma voix

Reprendre le texte de Jean, c’est me mettre dans la peau de l’homme, dans la peau de celui qui ose, de celui qui a des couilles – dans la peau de celui qui se raconte tout ça pour se rassurer, mais là n’est pas le propos. C'est faire un bout de chemin vers ma voix grâce à lui.

vendredi 24 juin 2016

Une forme nourrie par ce qu'elle dit

À force de lire des livres où les gens racontent des histoires, j'ai tendance à oublier qu'on peut donner une véritable forme à un texte. Une forme qui nourrit ce qu'elle dit, une forme nourrie par ce qu'elle dit.

jeudi 23 juin 2016

Supporter la réalité

– Le rêve actif, éveillé ou endormi, est un bon médicament pour supporter la réalité.

– Il ne faut pas se tromper de cible: c'est ce qu'on prend pour la réalité qui est ce rêve dont il faut sortir.

– Se tromper de cible est notre lot.

mercredi 22 juin 2016

Rêver ma présence au monde

Tant que ce sera au monde de se frayer un passage jusqu'à moi, je pourrai continuer de rêver ma présence au monde.

mardi 21 juin 2016

Près de mon fils

Être vraiment près de mon fils, par exemple en mettant du badigeon sur ses boutons de varicelle, par exemple en lui brossant les dents, c’est creuser ce qui m’a manqué.

lundi 20 juin 2016

Claude Simon à Tournefeuille

En arrivant à Tournefeuille, c'est d'abord Claude Simon qui me revient: ma lecture des Géorgiques à plat ventre au bout du ponton. 

En finir avec ma bibliothèque

Souvenir de ces nuits blanches passées à commencer des livres dans l'espoir fiévreux d'en finir avec ma bibliothèque.

samedi 18 juin 2016

Me résoudre de rencontre en rencontre

Toutes les personnes que je rencontre sont des parties de moi qu'il faut que je résolve, des questions en suspens depuis d'innombrables vies.

A moi de savoir écouter, surtout celles qui me deviennent proches, surtout celles qui me dérangent, celles que j'aimerais beaucoup faire sortir de ma vie.

Continuer à me résoudre de rencontre en rencontre jusqu'à ce qu'une des résolutions me fasse comprendre qu'il n'y avait rien à résoudre, que tout était déjà résolu, que ces personnes que je croisais me le répétaient depuis la nuit des temps.

vendredi 17 juin 2016

La beauté de mes parents

Une note, de 2009:

"J’ai retrouvé une des dernières photos de papa et maman ensemble – pour mes trente ans –: je l’ai accrochée à mon petit morceau de mur à côté de mon fauteuil de lecture.


Ils sont beaux, leur beauté m’a ému – comme celle, d’une autre manière, de cette blonde qui passe en planche à roulette."

jeudi 16 juin 2016

mercredi 15 juin 2016

Le bouts de monde de mon iPhone

Être dans le monde plutôt que me raccrocher aux bouts de monde qui m'arrivent par mon iPhone.

Entre la focalisation pointillée qui me limite et la présence qui m'ouvre.

mardi 14 juin 2016

Papa! Hafé! Icie! Ossaire!

– Tu sais, quand Lucie elle était toute petite, on habitait à Buenos Aires.

– Ossaire?

– Bue-nos Aires!

– Ossaire!

– Et puis elle se réveillait tôt, plus tôt que toi. Maman lui donnait le sein et je la prenais dans la poussette pour que maman puisse dormir...

– Dodo maman!

– Oui: dodo... Et je me baladais dans les parcs de Buenos Aires et je m'asseyais à une terrasse, comme maintenant: je prenais un café et je voyais le soleil se lever. C'était formidable!


– Papa! Hafé! Icie! Ossaire!

– Ossaire!

lundi 13 juin 2016

Appel du large

Une note, de 1997:


"Les rails se rejoignent dans le matin. Le soleil neuf s'allonge sur les lignes de métal. Cet appel du large ne semble pas goûté par les corps gris qui s'agglutinent sur le quai."

dimanche 12 juin 2016

Les masques



– Oh, les masques... On a toujours trop tendance à penser au visage qu'ils cachent. En réalité, c'est le masque qui compte, que ce soit celui-là et non un autre. Dis-moi quel masque tu mets, je te dirai quel visage tu as.

samedi 11 juin 2016

Se retrouver face à soi

– Tu as lu cet article sur le RBI que j'ai laissé près des toilettes? C'est un pasteur qui l'a écrit. 

– Et il dit quoi?

– Il nuance l'idée que cet attachement au travail est une valeur protestante en disant que l'homme n'est pas né pour travailler. En gros, travailler pour vivre et pas vivre pour travailler.


– Le travail, tout le monde s'en plaint, mais si les gens n'avaient plus besoin de travailler pour payer leurs factures, ils péteraient un câble sans cette obligation qui structure leurs journées et leur donne un horizon. C'est pas facile de se retrouver face à soi. 

vendredi 10 juin 2016

Les ingrédients de Dicker

Une note, de 2013:

"Je m'aperçois, rétrospectivement, que mon post sur Dicker qui cartonne contient les ingrédients de Dicker: franchise, simplicité un peu fleur bleue et enthousiasme pour l'écriture.

Mimétisme pas tout à fait calculé."

jeudi 9 juin 2016

mercredi 8 juin 2016

Dans le métal et la nuit

La cloche de l'église du village résonne plus profondément en moi pendant la méditation.


Des couleurs japonaises dans le métal et la nuit. 

mardi 7 juin 2016

Coincés dans le présent

– Coincés dans notre présent, séparés du passé par des portes transparentes et du futur par un voile opaque.

– Ce n’est pas qu’on est coincés, c’est qu’il n’y a rien d’autre que le présent sur le marché... On peut souffrir dans le passé, souffrir dans le futur ou vivre dans le présent: les options s’arrêtent là.

lundi 6 juin 2016

Le meilleur, c'est maintenant

– Le meilleur est toujours à venir...

– Non, le meilleur, c'est maintenant!

dimanche 5 juin 2016

samedi 4 juin 2016

Laisser chaque porte entrouverte

Une note, de 1999:


"Apprendre à laisser chaque porte entrouverte, même celles qui le semblent déjà : elles pourraient être de verre ou alors de papier."

vendredi 3 juin 2016

Sa propre utilité

Une note, de 2013:

"C’est toujours difficile d’évaluer sa propre utilité… On fait ce qu’on fait et on essaie de le faire bien."

jeudi 2 juin 2016

Rien à tirer

Une note, de 2013:

"– Avec vous, j’ai l’impression que ça se passe comme avec mon père: comme je savais qu’il était vieux et qu’il allait mourir quand j’étais encore jeune, j’ai fait tout ce que je pouvais pour en tirer tout le jus. Pareil avec vous maintenant que je vais partir.


– Mais non, pas du tout: il n’y a rien à tirer. Il suffit simplement d’être là et présent à ce qui se passe. Il faut y prendre du plaisir, c’est tout."

mardi 31 mai 2016

Andy, dis-moi oui!

– Papa, tu peux mettre Heidi s'il te plaît?

– Heidi?

– Ben oui, la musique que tu mets d'habitude dans la voiture...

– Ah! Andy! Mais bien sûr! Chou! Andy! Dis-moi oui! Chéri! Oh oh o-o-o oh!

– C'est un monsieur ou c'est une madame qu chante?


– D'abord c'est une madame et puis c'est un monsieur et une madame. Et t'as vu: y a même Ineo qui fait la batterie!

lundi 30 mai 2016

Me quitter de l'intérieur

Une note, de 2010:

"Hier après-midi, ce défilé des immigrés, ça m'a fait bizarre, parce que je me suis d'une certaine façon associé avec eux.

Mais je ne crois pas que c'était seulement une question de territoire, seulement une question de géographie, j'ai l'impression que je me sens de plus en plus un émigré – pas encore un immigré – de l'intérieur, je sens de plus en plus ces parties de ce vieux moi que je laisse en arrière, peut-être simplement parce que je sens mieux ce que je laisse et pas forcément parce que j'en laisse plus qu'avant, je ne sais pas trop, non, pas vraiment.


Je sens que je suis en train de me quitter de l'intérieur, même si je ne sais pas encore très bien ce que ça veut dire, même si c'est une vision encore très théorique lestée de quelques impressions qui traversent mes journées."

dimanche 29 mai 2016

Les gens chanceux

– En fait, je remarque que le trajet de vie des gens dépend plus des gens qu'ils rencontrent que de leurs aptitudes propres.

– Tu crois pas que c'est la même chose, que les personnes qu'on rencontre sont des incarnations de ces capacités intérieures qu'on serait incapable de voir autrement? Un peu comme ce maître qui incarne notre maître intérieur jusqu'au nomment où on découvre qu'il a toujours été là, en nous...

– Oui, absolument: on peut tout à fait voir les choses comme ça. Ça me fait penser à une étude qui a été menée sur les gens chanceux. Statistiquement, ils ne sont pas plus chanceux que les autres: ils savent simplement mieux saisir les opportunités qui se présentent.

– Ils sont plus alignés.

– Oui, c'est ça.

samedi 28 mai 2016

Une pizza avec Gustavo

Une note, de 2011:


"En rentrant de la charla, j’ai pris le métro avec Gustavo. Tout était simple, presque trop. Je devais bien un peu forcer pour que la conversation se fasse, mais l’ensemble était beaucoup plus fluide que d’habitude. Au point où il m’a proposé d’aller manger une pizza à Primera Junta. Beau moment, beau souvenir, mais beaucoup d’émotions se mélangent encore en moi."

vendredi 27 mai 2016

La France!

– La France, la France!

– C'est pas bien, la France?

– Tu sais, je suis passé par les grandes maisons et j'en suis revenu. J'ai plusieurs potes qui sont publiés dans la Blanche de Gallimard et qui vendent pas plus de 400 exemplaires... Juste des bouquins prétextes pour toucher des subventions, pas mis en avant le moins du monde!

– Alors c'est quoi, pour toi, l'important chez un éditeur?

– C'est que tu puisses avoir un véritable contact, un véritable échange, de la confiance. Pas être un putain de numéro.

– Et là, pour toi, c'est bon?

– Ouais, plus que bon!

Ce que je veux de l'autre

Une note, de 2010:

"Si je réagis aussi fort à toutes mes marques de dépendance, c'est bien pour ça, c'est bien parce que je sais que c'est par là que je souffre, que c'est depuis ma dépendance, que c'est depuis mon attachement que je souffre, parce que dans l'attachement, il y a la perte, et non seulement la perte mais aussi le pouvoir de ce à quoi on est attaché, le pouvoir sur soi, le pouvoir sur moi.

Une des manières de me détacher est de cesser de vouloir ce que je veux de l'autre. L'apport de l'autre sera toujours provisoire, sera toujours partiel. Pour apprendre à vivre avec l'autre, avec son apport provisoire et partiel, je dois apprendre à vivre sans l'autre, sans mon besoin de l'autre."

mercredi 25 mai 2016

Pas une minute à perdre

– Ceux qui ont reçu l’illumination ne perdent pas une minute, parce qu’ils ont compris l’importance bien relative de tout ce qu’ils font.

mardi 24 mai 2016

Qu'est-ce que tu dis?

– Bon, ben, je vais mettre mes boules Quies et je vais faire un gros dodo.

– Quoi? Qu’est-ce que tu dis?

– Ah ah, très drôle! Dire que ça fait quinze ans que j’entends la même chose...

– Ben moi, ça fait quinze ans que j’entends pas la même chose...

lundi 23 mai 2016

À peine plus grand

En allant en Argentine, je me suis éloigné de l'autorité comme mon père était éloigné de moi.

Mais, bien sûr, l'autorité grandit quand on s'éloigne, grandit quand on la cantonne à quelques relations malheureusement indispensables.

Quand on a la chance d'avoir des personnes sous sa propre autorité, des enfants, des employés, on peut, un instant, libérer une partie de cette angoisse en faisant les gros yeux, en criant, en imposant son propre pouvoir.

Naturellement, ce poids dont on se débarrasse un moment a tôt fait de revenir sur nos épaules, à peine plus grand. 

dimanche 22 mai 2016

Donne seulement ses qualités

– Quand on te demande ton opinion sur quelque chose ou quelqu’un, donne seulement ses qualités.

Conseil soixante-huit sur les huitante-deux que Gurdjieff donne à sa fille.

J’aurais certainement beaucoup à gagner à reprendre mon projet d’illustration par l’exemple de chacun d’entre eux.

samedi 21 mai 2016

Ce que ma vie veut faire de moi

C'est peut-être la question qui est mauvaise: pas "qu'est-ce que je veux faire de ma vie", mais "qu'est-ce que ma vie veut faire de moi"...

Le reflet de la page blanche

Une note, de 2010:

"Qu’est-ce qui me tient à distance de la page, qu’est-ce qui me donne peur d’écrire alors que c’est ce que je veux vraiment faire dans la vie? Je crois de plus en plus que c’est la peur de me retrouver face à une image de moi différente de celle que j’aimerais voir, d’une image pas à la hauteur, comme si la page était une sorte de miroir de l’intérieur et que je ne pouvais supporter de m’y voir que lorsque mon intérieur, à ce que je crois, est le plus à son avantage.

Quand il est angoissé, peu inspiré, fatigué, cet intérieur est insupportable, le reflet de cet intérieur – et même la page blanche est un reflet – m’est absolument insupportable. C’est pour ça que l’écran m’est pénible: parce qu’il me permet de voir en moi et que je ne suis pas prêt à voir en moi, à voir en moi toujours et tout le temps."

jeudi 19 mai 2016

S’aimer soi-même comme un autre

– S’il faut aimer l’autre comme soi-même il faut aussi s’aimer soi-même comme un autre. Il y a un devoir d’être heureux pour le bien de tous. Un homme heureux n’ajoutera pas de la souffrance à la souffrance, et si son bonheur est d’aimer il connaîtra même une plus grande joie à prendre sur lui la souffrance d’autrui…

mercredi 18 mai 2016

Eo! Icie! Papa! Elo!

– Eo! Icie! Papa! Elo!

– Oui, Ineo: on va partir tous les trois de la garderie en vélo!

– Moi je veux pas que tu viens nous chercher encore à vélo!

– Mais Lucie, toi qui aimes tellement ça...

– Moi je veux prendre mon vélo à moi!

– Ah, je comprends. Bientôt, on pourra aller tous ensemble, chacun sur son vélo!

– Eo! Icie! Papa! Elo!

mardi 17 mai 2016

Au moins un regard

Aujourd'hui, j'ai travaillé sur deux textes qui n'ont rien à voir, écrits par des personnes qui n'ont rien à voir.

Et, de ligne en ligne, j'ai retrouvé le même petit garçon perdu qui fait bouger le bras de l'écrivain pour arracher un sourire ou, au moins, un regard.

lundi 16 mai 2016

Et si on parlait de Veneno?

C'est pas le tout de faire une jolie traduction, l'idéal serait qu'on en parle un brin.

Version à peine plaintive:

– Excuse-moi d'insister un peu – quand je faisais le même job que toi, je trouvais ça un peu pénible –, mais c'est vraiment important pour moi: c'est pas si souvent qu'on traduit un auteur argentin par ici. Un beso!

Plus neutre, simple, amical:

– Juste un petit mot pour savoir si tu avais bien reçu notre Veneno et si tu avais pu y jeter un petit œil. Des morceaux de vies doux-amers ramenés de mes années argentines... Un beso grande!

Après une causette arrosée:

– Comment va? Bien fini la soirée? Juste un petit mot pour savoir si tu avais réussi à mettre la main sur cet exemplaire de Veneno qui doit traîner dans l'une des nombreuses piles de la rédaction ou s’il fallait que je t’en renvoie un…

Et puis, bien sûr, je repense à Gurdjieff: ne fais pas la promotion de tes œuvres!

Pas sûr que mon éditeur soit du même avis.

dimanche 15 mai 2016

Lussy

– Tu vois, ce village là-bas, c'est Lussy.

– Comme Lucie?

– Oui, comme Lucie! Ça s'écrit un peu différemment, mais ça se prononce pareil.

– Ineo! On arrive à Lussy comme Lucie! Papa, pourquoi tu respires comme ça?

– Parce que ça monte et avec vous deux dans la carriole, c'est pas facile de pédaler... Là, sur le panneau, c'est écrit: tu vois?

– Il y a aussi un L! Et puis un U!

– Oui, le début, c'est comme ton prénom. Après, c'est deux S et Y.

– I grec? Pourquoi c'est un I grec?

– Ben... Parce que quand on a donné son nom au village, on a mis un Y...

– Elle est où la place de jeu?

samedi 14 mai 2016

Quand la mémoire passe par le corps

Problème récurrent quand je mets la table: impossible de me rappeler de quel côté va la fourchette et de quel côté va le couteau. Il faut que je les prenne dans les mains pour que je sache comment les disposer.

Quand la mémoire passe par le corps.

Un livre sur l'altruisme

- Ces temps, je lis un essai sur l'altruisme. Une petite chose: mille pages. 


- Mais l'altruisme, c'est évident: pas besoin d'un bouquin pour ça... Un livre sur l'altruisme, c'est bien pour les hommes!

jeudi 12 mai 2016

Dans le plus ailleurs

J'ai eu besoin d'être dans l'ailleurs pour aller dans le plus ailleurs.

mercredi 11 mai 2016

Mes champs de temps

En Argentine, j'allais cultiver mes champs de temps, comme les émigrants de l'époque avec leurs vaches et leurs moissons. Et, comme les plus chanceux d'entre eux, je revenu plus riche, plus riche d'espace intérieur.

mardi 10 mai 2016

Deux cafés

Une dame entre en même temps que moi dans le buffet de la gare, je lui cède la place pour qu’elle puisse s’asseoir à la dernière table de libre.

Je demande à une autre dame si je peux partager la table avec elle: pas de problème. Alors je décide de lui payer son café, mais elle en a pris deux: pas de problème.


Je jette un coup d'œil à la première dame et je me demande ce qu'elle pense. Peut-être qu'elle ne pense rien: c’est ce que je pense des raisons de mon coup d'œil qui est intéressant.

Commencer par me connaître

Une note, de 2010:

"Me concentrer sur les personnes, c'est comme me concentrer sur moi: c'est mettre dans leurs têtes des réactions que je pourrais avoir, c'est me mettre à leur place, c'est me flatter ou me faire du mal. Chaque fois que je crois me poser des questions en fonction de l'autre dans mes textes, je me pose en fait des questions en fonction de moi. Juste le savoir et faire avec. Bien sûr, les autres auront toujours l'impression que je parle d'eux, bien sûr, les autres auront peur pour leur image, bien sûr, bien sûr.


Mais, du coup, ne serait-ce pas moi qui, là, ai peur pour mon image? Toujours penser à renverser les perspectives, toujours. Que ça devienne un réflexe. L'idée n'est pas de me débarrasser des autres, mais de mieux comprendre ce qui se passe en moi. Mieux comprendre ce qui se passe en moi pour être quelqu'un de meilleur et pouvoir mieux m'inscrire dans le monde, mieux m'inscrire dans son mouvement naturel. Commencer par me connaître pour être heureux. Le reste suivra de lui-même."

dimanche 8 mai 2016

Parachute

Une note, de 2005:

"Serré sur le haut de ses cuisses et sur ses épaules, son harnais creuse le décolleté de sa combinaison bleue (triangle de peau bronzée traversé par le haut d’un bikini turquoise) à mi-chemin entre celle du motard (pour la coupe) et celle du garagiste (pour le tissus). A se demander si son nombril doit être imaginé. Peut-être qu’en se rapprochant, de quelques pas...

Elle se couche dans l’herbe, à plat ventre, les bras en croix : son corps arqué en arrière ne repose plus que sur son bassin (elle soulève ses mains et ses talons le plus haut possible, comme si elle était déjà tordue par la chute). Deux tresses retiennent ses cheveux loin de son visage rougi, de sa bouche et de ses yeux crispés par l’effort (peut-être aussi par le plaisir procuré par la tension de certains muscles): ses membres retombent dans une expiration sèche.


Elle se lève et se dirige vers le petit avion rouge et blanc qui vrombit déjà devant la buvette."

samedi 7 mai 2016

Dresser une constellation précise

Faire mon possible pour arrêter d’évaluer ce qui arrive, de trouver que telle chose arrive pour une bonne raison et que telle autre arrive pour une mauvaise.

Les choses arrivent suite à une ribambelle de causes et de conséquences dont je ne perçois qu’une partie infime, partie dont je prélève une partie plus infime encore des causes et des conséquences qui m’arrangent.

Prendre note, simplement. Et, si je ne peux pas m’empêcher de gaspiller mon énergie à chercher des pourquoi, dresser la constellation la plus précise possible de ce qui est impliqué dans ce qui monopolise mon attention, pour les autres et pour moi.

Bien entendu, ça ne va pas m’apporter de réponse. Mais, au moins, l’évaluation et le jugement seront remis à plus tard, peut-être à beaucoup plus tard, au moment où mon intérêt pour ce qui a lancé la machine aura faibli et sera devenu pour ainsi dire inconsistant.

Je serai déjà passé à d’autres préoccupations et mes catégories mentales auront perdu une occasion de se renforcer et de se rigidifier. Une toute petite victoire, mais il faut bien commencer par quelque chose.

vendredi 6 mai 2016

Loin de la prudence et de la peur

Ces derniers temps, de plus en plus de trucs me rappellent pourquoi on était parti d'ici pour prendre un peu l'air, loin de la prudence et de la peur.

Mais la prudence et la peur collent aux basques: c'est pour ça qu'on est revenu là où on les a apprises pour leur faire la peau!

jeudi 5 mai 2016

Comme si mon esprit s’ouvrait et se refermait

L’espace qui se fait à l’intérieur de la tête, de chaque côté et puis aussi au-dessus. Comme si le champ de vision mental s’ouvrait à sa manière.

Lors d’un de nos retours en Suisse, j’ai travaillé cette ouverture mentale pendant tout le survol du Brésil, de Porto Alegre à Recife. Comme un exercice de fitness que je pourrais faire sur un appareil où je dois faire un effort pour ouvrir les bras le plus grand possible: et un, et deux, et trois. Comme si mon esprit s’ouvrait et se refermait, s’ouvrait et se refermait. Après, je me suis endormi ou j’ai regardé un film d’action, je ne sais plus.

Et puis j’ai oublié de pratiquer cet exercice et mon esprit s’est de nouveau mis à n’en faire qu’à sa tête.

mercredi 4 mai 2016

Provincialisme extrême

Une note, de 2007:

"Bricolage de cette table ronde au sujet de Fluxus. L’impression de vide que dégage cet art nombriliste qui veut détruire l’idée de l’art en faisant de l’art: qui est-ce que ça peut bien intéresser? Cette manière aussi de se passer les plats: provincialisme extrême de cette table ronde qui veut se donner un air international (Argentine et Uruguay)."

mardi 3 mai 2016

Une vie qui n'a pas de centre

– Une vie qui n’a pas de sens est une vie qui n’a pas de centre. Tout le rôle d’un enseignement spirituel est de nous rapprocher du centre, d’apprendre à faire ce que l’on a à faire en étant centré. C’est donc le rôle du thérapeute comme du maître spirituel – que ce soit à travers des techniques, à travers un enseignement – de nous ramener dans notre centre à partir duquel on pourra faire toute chose.

lundi 2 mai 2016

Les couleurs pour les moines

– Voilà: j’ai plus envie de dessiner les couleurs pour les moines.

– Pour les moines?

– Ben oui: les moines, ils connaissent pas le rose, ils connaissent pas le vert, ils connaissent pas le brun, ils connaissent pas le bleu, tout ça quoi!

dimanche 1 mai 2016

Les thunes, c'est pas ça qui manque

– Tu vois, j'ai un peu peur que si on commence à faire trop de bordel autour de cette rémunération des auteurs pour les tables rondes, ils ne m'invitent pas au Salon l'année prochaine...

– Eh bien, qu'ils ne t'invitent pas! Tu vendras quelques dizaines de livres en moins, mais c'est tout... Tu ne risques rien, tu sais, absolument rien! Je crois vraiment qu'il faudrait qu'on se retrouve à plusieurs et qu'on en cause, parce que les thunes, par ici, on peut pas dire que c'est ça qui manque...

Quelque part à l’intérieur du jour

– Quelque part à l’intérieur du jour, une porte, elle y conduit.

samedi 30 avril 2016

La surprise de la ferveur

– Si tu demandes avec ferveur quelque chose qui n'existe pas, tu peux obtenir quelque chose que tu n'as pas prévu.

jeudi 28 avril 2016

Ce que je voulais

Une note, de 1999:


"Je me souviens de ce que je voulais, pas de ce qui a été."

mercredi 27 avril 2016

Remonter le long des gouttes de pluie

Alors je prends le temps de remonter le long des gouttes de pluie qui s’écrasent sur les pavés d’Alsina, le long des gouttes qui s’écrasent sur le toit du Furaibo, sur le toit du bâtiment des impôts, au-dessus de la Place de Mai, au-dessus de San Telmo et de ses maisons historiques, de ses rues et de ses avenues à angle droit qui dessinent un filet orange aux mailles de plus en plus serrées, filet qui continue à s’étendre, à s’étendre encore, jusqu’à ce que ses limites se dessinent, jusqu’à ce que les mailles dans les bords s’effilochent pour disparaître petit à petit, un filet qui devenu toile d’araignée, qui est devenu un seul point brillant et fluctuant, un point qui disparaît par intermittence derrière des écharpes de brouillard noir jusqu’à ce que je me retrouve à l’intérieur des nuages d’où tombent les gouttes qui m’entourent encore au moment où le battement des taikos me réveille: c’est le moment d’y retourner.

mardi 26 avril 2016

Flatter l'égo plutôt que le porte-monnaie

En Suisse romande, un jeune romancier peut s’estimer heureux s’il vend cinq cents livres. Sur chaque livre vendu, il va toucher un dix pour-cent, c’est-à-dire deux francs cinquante pour un livre à vingt-cinq francs.

L’Association Tulalu!? paie à chaque auteur qu’elle invite pour une soirée d’entretien trois cents francs, c’est-à-dire l’équivalent de ce qu’il toucherait pour cent-vingt livres vendus.

En Suisse romande, contrairement à ce qui se passe en Suisse alémanique, les grandes manifestations ne paient pas les auteurs invités parce que c’est pour "leur promotion" et qu’elles n’en ont "pas les moyens".

Après, on clame sur tous les toits qu’il faut soutenir les auteurs... Mais vu que la promotion ne va que très rarement se traduire par des ventes suffisantes, il faut sans tarder revoir le modèle.

À moins, bien sûr, que les auteurs continuent à préférer qu’on flatte leur égo plutôt que leur porte-monnaie...

lundi 25 avril 2016

Un seul exemplaire d'un livre qui n'existe pas

Quand je lui ai donné un exemplaire de notre Veneno, Ariel l'a porté à son nez pour respirer son odeur.

En descendant de la voiture pour aller boire un chocolat chaud avec les enfants, il m'a dit que ça lui faisait bizarre de se lire dans une autre langue.

En arrivant à la maison, il a dit à Celia qu'il avait encore un peu de peine à y croire, que je lui avais certainement fait une farce en imprimant un seul exemplaire d'un livre qui n'existait pas.

dimanche 24 avril 2016

À travers l'écriture

Une note, de 2014:

"Retourner dans l'écriture parce qu'il faut passer à travers."

vendredi 22 avril 2016

Une naissance et une mort

Une note, de 2014:


"Une naissance et une mort qui arrivent: bien entourée, la vie reprend de la force."

jeudi 21 avril 2016

Au ras du sol

Je suis passé voir David à Cery ce matin pour travailler sur son autobiographie. J'ai découvert cet hôpital et je l'ai trouvé très proche du Borda de Buenos Aires, plus propre, moins décrépit, mais les mêmes cris dans les couloirs, la même énergie au ras du sol.


De la peine à mettre des mots: j’ai eu besoin de marcher dans la forêt, de piocher dans la boite de bonbons à côté du levier de vitesses et de rouler longtemps au milieu des champs de colza jusqu’à ce que je m’attable devant l'assiette du jour d'une auberge communale. 

mercredi 20 avril 2016

Beaucoup de choses se perdent

Beaucoup de livres dans le dojo du Furaibo depuis notre dernier passage, des tables de restaurant, une télévision.

Ce lieu qui m'avait semblé immense, ouvert, me mange à présent mon espace intérieur. 

Beaucoup de choses se perdent, du moins en apparence. 

mardi 19 avril 2016

Tomber amoureux de n’importe qui

– Si vous êtes vraiment disponible, vous pouvez tomber amoureux d'absolument n'importe qui. Vous pouvez aimer les grandes brunes à gros seins et vous retrouver dans les bras d'une petite blonde. C'est que ce n’est en général pas vous qui choisissez: c'est la première chose qu'il faut que vous compreniez. Ça remonte à beaucoup plus loin que votre simple petite vie.

lundi 18 avril 2016

Définir place, temple et plume

Peut-être que, pour cette vie-ci, ma place n'est pas dans un temple mais au bout d'une plume.

Pas exclusif, dirait quelqu'un que je connais.

Reste à définir place, temple et plume.

dimanche 17 avril 2016

Un lieu qui m'ouvre

L'écriture doit être un lieu qui m'ouvre, pas un lieu qui m'oblige.

samedi 16 avril 2016

Une courbe de chair

Une note, de 1997:

"Tu danses. Ton corps se disloque et se reconstitue. Tu es une boule, une foule d'éclats, tu invoques toutes les directions à la fois! Tu es une courbe de chair tombée sous le dernier projecteur."

vendredi 15 avril 2016

Mieux voir autour de moi

Une note, de 2011:

"Voir mieux en moi n'est pas le meilleur moyen de mieux voir autour de moi, c'est le seul."

jeudi 14 avril 2016

Un reste indispensable

Une note, de 2008:

"L’écriture serait la construction d’un rapport au monde.

Le livre serait un reste, peut-être indispensable."

mercredi 13 avril 2016

La pratique ne va rien ajouter

Je sais que la pratique ne va rien ajouter.

Je sais que la pratique est un dévoilement.

Je sais que la pratique est là pour éclaircir, pour montrer, pour mettre en évidence.

Je sais que la pratique est le chemin vers ce que j’ai toujours cherché.

Je sais que j’ai déjà vécu la pratique, dans beaucoup d’autres vies, dans beaucoup d’autres lieux.

Je sais que j’ai déjà entonné le NA, déjà entonné le MAN, déjà entonné le DA, déjà entonné le BU.

Je sais que la pratique ne va rien ajouter.

mardi 12 avril 2016

Toute l'envergure du lac

Une note, de 1997:

"Tu étends tes bras pour mimer toute l’envergure du lac, tu tournes sur les feuilles mortes. Tu bondis d’une pierre à l’autre le long de la jetée léchée par l’eau: on peut entendre les pans de ton manteau claquer contre tes cuisses."

lundi 11 avril 2016

Mes morsures ne saignent pas

Il arrive un moment de l'insomnie où je me tape les côtés du crâne avec les poings, où je me mords la peau de l'avant-bras, toujours le droit.

Heureusement, avec la gouttière en plastique fixée sur les dents du haut pour leur éviter de s’user sur les dents du bas pendant mon sommeil, mes morsures ne saignent pas.

dimanche 10 avril 2016

Une ville en train de s'éteindre

Les dernières braises dans l'encensoir étaient une ville en train de s'éteindre.

samedi 9 avril 2016

Il faut que la pratique me pratique

Il faut que la pratique me pratique, il faut que le mantra m’entonne.

Plus je désire que le mantra m’entonne, moins il va m’entonner.

Il faut entonner et entonner encore, jusqu’à ce que l’égo décroche.

NA.
MAN.
DA.
BU.

NA: MAN: DA: BU.

NA MAN DA BU.

NA MAN DA BU NA MAN DA BU NA MAN DA BU

vendredi 8 avril 2016

Rester ici ou ailleurs

– Il faut comprendre que rester ici ou ailleurs est la même chose et a le même effet. 

jeudi 7 avril 2016

Le monde n'a plus de centre

Le nenju en train de tourner au milieu du dojo devient le centre du monde, le monde entier se met à tourner autour du nenju qui s’égrène entre nos mains, et comme le monde tourne aussi, le monde n’a plus de centre, le centre du monde est partout dans le monde, le centre du monde est chacune des perles de ce nenju qui passe entre nos mains, les centres du monde sont égrenés entre nos paumes, le kim sonne: cinq cents mantras de plus ont été entonnés.

mercredi 6 avril 2016

L'écriture c'est comme les bracos

- L’écriture c’est comme les bracos, au début tout est normal, les premiers chapitres du jour sont une mise en jambes, on met les choses en contexte, on pense à autre chose, mais d’un seul coup voilà la rue de la queban, la respiration se concentre, le monde disparaît, on rentre dans autre chose, voilà la banque, quelque chose se joue, les gestes sont minimalistes, l’air se raréfie, quelque chose s’écrit, et on se retrouve dans la voiture, le sac avec les billets à ses pieds, deux trois chapitres se sont écrits presque sans moi, on respire à nouveau, encore quelques chapitres pour meubler, sur les trottoirs les gens passent l’air de rien.

mardi 5 avril 2016

La nuit modifie les proportions

Il y a, de chaque côté de la rivière, la nuit imprécise des chaînes de montagnes toutes proches.

En traversant le pont, entre les rambardes d'un blanc fantomatique,  je sens que la nuit modifie en profondeur les propositions. Un pas après l'autre, je cherche les mots pour rendre cette impression et puis je renonce. Prendre note quelque part, par exemple ici, et attendre que ça prenne forme.

Sur le chemin du retour, on passe de nouveau à côté de la barre jaune de la station-service au bord de l'autoroute.

Pour Celia, c'est un non-lieu qui ressemble à tous les autres, ça la rend triste, d'autant plus triste que la nouvelle sortie qui se construit sous nos pieds va enterrer de longues promenades sur son petit vélo de petite fille, les cheveux au vent.

Pour moi, c'est un contraste intéressant qui structure l'espace incertain, les masses vaguement inquiétantes des montagnes et de la nuit, le point de départ d'une scène, l'intuition d'une histoire à portée de main.

lundi 4 avril 2016

Ouvrir l'espace de l'action

L'écriture devrait être un lieu dans lequel je puisse respirer calmement.

Voir exactement comment et quand la respiration se met à se raréfier.

Mais sans doute que la respiration se mettrait à se raréfier dans n’importe quelle autre situation: c’est simplement parce que je me crois maître de celle-ci que je sens la respiration se raréfier.

Et si la respiration se raréfiait justement à cause de cette responsabilité que je m'impose face à une situation que je veux totalement mienne?


Déplacer alors l'écriture de l'être au faire, ouvrir l'espace de l'action et laisser l'être s'y deployer tranquillement une fois que la machine est lancée.

dimanche 3 avril 2016

Sur la ville de mes rêves

La photo que Philippe a prise de Buenos Aires me fend le cœur: exactement le genre de vue qu’on avait depuis le toit de notre immeuble d’Acoyte, quand on prenait l’ascenseur jusqu’au huitième étage puis l’escalier jusqu’au neuvième pour aller étendre le linge.

Lire les mots qu’il va mettre sur la ville de mes rêves m’aidera sans doute à trouver enfin une manière de l’écrire. J’ai bon espoir.

samedi 2 avril 2016

vendredi 1 avril 2016

Le monde n'a plus de côté

Je perds petit à petit le sentiment que je suis de l’autre côté du monde. Le monde n’a plus de côté et je n’ai plus de place.

jeudi 31 mars 2016

Une ligne parfaitement droite

Quand on tourne la tête en arrière, on se rend compte que tout ce qui semblait sinueux abritait en définitive une ligne parfaitement droite.

mercredi 30 mars 2016

Le complot du métal et de la nuit

Une note, de 1997:


"La lenteur du virage: les rails se rejoignent. Une lumière rouge a cessé d'exister. Parfois je subodore le complot gigantesque du métal et de la nuit."

mardi 29 mars 2016

Celui qui est trop loin derrière son texte

Le truc qui ne va pas dans le Bergstamm, c'est que je n'ose pas coller au Walter d'alors, pas le défendre dans ce qu'il vivait.

Au contraire, je me moque de lui depuis le Walter d'aujourd'hui: comme je ne le prends pas au sérieux, le lecteur non plus. Et le lecteur s'ennuie. 


Après la distance du formalisme, je me suis caché dans la distance de l’ironie: ça dilue, ça dilue, l'anémie de celui qui est trop loin derrière son texte.

lundi 28 mars 2016

Le pas vers ce qui ne se voit pas

L'écriture, le pas vers ce qui ne se voit pas. Le pas vers ce qui serait entièrement pour moi, c'est-à-dire entièrement pour tous: la pratique spirituelle.

dimanche 27 mars 2016

Du son de l'eau dans la forêt

Une note, de 2004:


"Du son de l’eau dans la forêt de la nuit de la neige. Qui d’encore se prolonge. Et d'encore. Oui. Tout jusqu’à la place d’ensemble prise d’encore et d’encore. D’entre la neige d’entre les troncs d’ailleurs le son de la nuit diverge. Oui. Comme d’encore à ne plus demander. D’ensemble là d’outre l’hors de l’ombre. D’entre contre. D’entre ensemble d’où l’heure douce. D’entre contre. Capacité suivie d’être d’outre. Oui. Et d’être et d’outre. Capitales. Large d’où large d’encore d’outre large. Du son d’espace. D’ailleurs d’entre contre. Etre outre contre. Qui d’encore d’outre se prolonge. Et l’eau du son dirige d’outre d'ailleurs. Qui d’encore. D’encore. La neige sur ce qui d’encore hier de neige d’ailleurs d’outre pourvu encore vierge. Couche de cette nuit."