lundi 30 avril 2012

La frimousse du doudou-souris

Comme on avait une demie-heure avant d'aller retrouver maman et Dellon pour une balade dans les bois de Palermo, on s'est dit, sous prétexte que ça lui donnerait peut-être envie de montrer le bout de son nez, qu'on pourrait déballer tous les cadeaux qu'on avait reçus pour Crevette.

Quand j'ai vu la frimousse du doudou-souris offert par ma chère mère, tout d'un coup, mais il faut dire que ça faisait déjà quelques morceaux que Fresu et Galliano préparaient le terrain en douceur dans ce dimanche matin déjà presque d'hiver, j'ai fondu en larmes.

dimanche 29 avril 2012

Un carrosse grâce à Lacan

Daniel est débarqué il y a quelques jours avec un gros – un gros gros – paquet qui est arrivé jusqu'à notre petit deux pièces d'Acoyte grâce à un congrès sur Lacan et à la nouvelle classe Premium Voyageur d'Air France.

Il avait hésité à déballer la poussette de compétition offerte par le papa de Celia pour la prendre avec lui dans l'avion, mais il s'est dit qu'une poussette vide, ça risquait de faire bizarre, même s'il mettait son violon dedans.

samedi 28 avril 2012

Des usages de l'ailleurs

Une note de 2006, à Singapour:

"Avant, je cherchais à me remplir de l’ailleurs pour m’échapper à la fois de ce que j’étais et du lieu auquel j’appartenais.

Maintenant, je me nourris de cet ailleurs et je remplis un lieu central qui m’accompagne, un lieu qui se souvient d’où je viens."

vendredi 27 avril 2012

Le Musée de la dette extérieure

En revenant de chez Carlos après avoir déposé la grand-maman et la grande-tante de Crevette arrivées pile-poil pour cet accouchement qui, verdict de la gynéco, n'a pas l'air tout à fait pour tout de suite, on est passés devant le nouveau bâtiment de la fac d'économie dont nous avons découvert que le rez-de-chaussée abritait ni plus ni moins que le Musée de la dette extérieure.

– C'est bon, là, t'as ton post du jour!

jeudi 26 avril 2012

Zen, mais pas trop

Un maître zen débarque, par hasard, à la causette du mardi: il a vu de la lumière et il est monté parce qu'il pensait que le resto était ouvert. Du coup, Gustavo – pardon, Aoki sensei – lui propose de répondre à nos questions sur son école, c'est pas tous les jours qu'on a un maître zen dans un temple de jodoshinshu, et en profite pour lui demander, entre collègues, s'il serait pas d'accord de s'occuper de la méditation après la pause.

On oublie les belles rangées comme au cinoche devant l'autel et tout le monde s'assied face au mur, pas dans cette posture cruelle du seiza, à genoux, qu'on a mis tant de mois à vaguement apprivoiser, non, mais en demi-lotus, comme ça, pour voir, les fesses bien calées sur un zafu. Mais c'est que ça se met à durer, ce petit échantillon de zen, à durer, passablement plus que les quinze minutes habituelles du mardi soir, et je commence à me découvrir des muscles et des ligaments dont je n'aurais jamais soupçonné l'existence.

Matin après matin, avant le petit-déj, mes genoux ont développé leur pendule à eux: un quart d'heure, une demie-heure, trois quarts d'heure, une heure, mais là, j'ai l'impression qu'il faut tout recommencer. Au bout d'un certain temps, réciter le Juseige dans le secret de mon coeur, une syllabe par respiration, ne suffit plus à faire taire le chapelet des délicieuses douleurs – c'est dans ma tête, tout est dans ma tête: ne pas m'accrocher à ces putain de petits nuages qui ne font que passer sur l'écran de mon esprit! –, alors je me dis que ça commence à bien faire et je me mets à compter tout ce qui me passe sous la main, par exemple les coups qui sonnent à l'église d'à côté: dix heures, ça serait un bon moment pour arrêter, non?

Quand il nous libère enfin de notre mur après quarante minutes, le maître de passage demande à Gustavo si on a bel et bien l'habitude de faire du zazen. Quand notre cher sensei lui répond que oui, mais pas trop longtemps, en précisant que c'est toujours bien d'avoir des surprises dans la vie, tout le monde éclate de rire avant d'entonner le mantra en choeur, avec un bel entrain légèrement teinté de hargne.

mercredi 25 avril 2012

A priori, c'est pour après-demain

– Alors, on t'a appelé?

Manuel, qui me voit partir bien avant mes soixante minutes réglementaires et qui m'a regardé agiter les doigts, peut-être un peu plus fiévreusement que d'habitude, sur l'écran de mon iPod, se fait du souci pour ma progéniture sur le point de voir le jour ainsi que pour ma tendre épouse.

– Elle est toute seule à la maison, ta femme?

Je lui rappelle que j'habite à un demi-bloc de la Tolva – pas comme lui qui doit prendre trois bus jusqu'à Quilmes: une heure, une heure et demie, ça dépend du trafic – et que la date prévue pour l'accouchement, si tout se passe comme prévu, c'est après-demain.

– Et le livre, t'as des nouvelles?

Je lui fais un petit sourire pas trop crispé, je le remercie de me tenir la porte et je lui dis que, ce genre de choses, cher Manuel, ça prend du temps, beaucoup de temps. Mais, bon prince, je lui épargne la moindre comparaison avec notre enfant qui, après avoir troqué le tango pour la salsa, vient de se mettre à la capoeira dans le ventre de ma douce. À demain, oui, à demain.

mardi 24 avril 2012

Dans le dos de la présidente

Assise en face de moi à la table de la Tolva, table transformée en bureau en attendant que les gars de Fibertel viennent ressusciter notre connexion internet morte ce matin – ça faisait quelques jours, c'est vrai, que le câble qui va jusque sur le toit pendait un peu trop mollement le long du mur de notre immeuble... –, assise à la table de la Tolva, disais-je, table à laquelle je suis en train d'écrire ces lignes sur mon iPad auquel je me suis enfin décidé, nécessité fait loi, de faire prendre un peu l'air, Celia commence à se marrer en regardant la télévision:

– Le logo, il est derrière sa tête!

Je me retourne vers l'écran et je vois notre chère Cristina de présidente faire un de ses discours-fleuves, tout sourire, accrochée des deux mains à son micro.

– Je vais tout de suite écrire un SMS à Mariana !

À Manuel, au cuisinier et à la fille du bar qui nous lancent des regards interrogateurs au sujet de notre hilarité subite, on explique qu'on a une copine qui est chargée de la communication au Ministère de la Science et de la Technologie et qu'elle a passé le week-end à essayer d'évaluer, avec ses collègues, à quelle hauteur il fallait mettre le logo qu'ils s'étaient donné tant de peine à créer pour qu'il apparaisse au-dessus de la tête de la présidente pendant son discours. Finalement, comme personne ne savait exactement combien elle mesure ni quel genre de talons elle allait mettre, ils ont dû bricoler un peu...

Mais bon, tout n'est pas perdu: de temps en temps, quand Cristina tourne la tête, petit sourire à droite, petit sourire à gauche, on voit un minuscule bout du logo.

– Si si, là, regardez, juste à côté!

lundi 23 avril 2012

En allant payer la facture du gaz

Une note, de 2009:

"Ce matin, en allant payer la facture de gaz, tout s'est mis à signifier. Ça a commencé par le goût de mon rot qui m'a rappelé le café que je buvais dans l'appartement de Carlos et ses odeurs de peinture et ses odeurs de clopes.

Et puis ça a été l'ouverture d'Honoré Pueyrredon, la brise qui m'arrivait dans la figure le long de sa perspective, la connexion avec le reste du vent du reste de l'espace du reste du monde. Et puis une odeur acide et agréable, le bitume qu'ils étaient en train de refaire et le parfum d'une fille. Des odeurs d'Amérique du Sud que je croyais avoir oubliées, du Pérou, de la Bolivie, ces gaz d'échappement, ces odeurs dont je ne me souvenais plus qu'on pouvait les sentir ici aussi.

Et puis, en sortant des bureaux du gaz, je me suis mis à réciter mon mantra et j'ai senti des courants autour de moi, les courants des gens qui marchaient, les courants des voitures qui passaient, les bruits qui se rencontraient, une scie à métaux sur un toit, les roues de la petite charrette de commissions d'un vieux monsieur."

dimanche 22 avril 2012

Ce qui compte vraiment

– Ce soir, va falloir que je me donne de la peine: c'est le centième post.

– Ah oui? Toi tu comptes à présent? C'est nouveau ça... Moi qui pensais qu'avec les mantras...

– Ben ouais, c'est super important: 100, c'est quand même juste après 99 et puis juste avant 101. Faut pas déconner avec ce genre de trucs.

samedi 21 avril 2012

Voulez-vous coucher avec moi, ce soir?

– Mais non, le suisse, ça existe pas!

– Alors toi, en Suisse, tu parles quoi?

– Eh ben, le français... Mais y a aussi des Suisses qui parlent allemand, italien, et une langue bizarre pour deux mille personnes, grand max, dans les montagnes: le rhéto-romanche.

– Et ton français, c'est le même qu'en France?

– Ouais, enfin, plus ou moins. Tu vois, c'est comme les gens de Córdoba: on parle plus lentement, avec une autre mélodie. C'est pour ça qu'ici, après deux ou trois phrases, les gens disent que je suis Allemand ou Italien, pas Français.

– C'est tout?

– Deux ou trois mots qui changent, deux ou trois chiffres qu'on dit autrement, mais, pour le reste, c'est pareil. En fait, ça ressemble beaucoup plus au français de France que l'espagnol que tu parles à celui d'Espagne.

– Voulez-vous coucher avec moi, ce soir?

– Si je te traduis ça, tu vas rire...

vendredi 20 avril 2012

Un team de choc

Là-bas, de l'autre côté de la terre, un team de choc est en train de se mettre en place pour donner au Bergstamm le maximum de chances de paraître un jour, peut-être, qui sait, chez un éditeur digne de ce nom.

Quelques exemplaires sont imprimés dans diverses institutions, photocopiés dans d'autres et, pour la reliure, ça va être simple mais pas trop quand même: c'est pas parce que l'objet a au moins neuf chances sur dix de terminer à la poubelle qu'on va lésiner sur les finitions!

Jusqu'à mon cher beau-père est d'accord de faire, sur un de ses trajets entre Lausanne et Genève, un petit détour par Divonne histoire d'économiser encore quelques francs sur les envois des copies de ce manuscrit qui, selon les dernières nouvelles du front, devraient être mises sous plis dans pile une semaine, le jour prévu pour la naissance de Crevette.

jeudi 19 avril 2012

Une surprise à ma table

Une note, de 2007:

"Surprise en arrivant à ma table de l’Army Café: Celia y était assise. Elle avait voulu voir ce que ça faisait, entre son cours de danse africaine et son cours de yoga. Un effet bizarre: je n’arrivais pas, visuellement, à la faire correspondre au café, comme un collage, un rajout par image de synthèse, un problème de dimensions (elle était légèrement plus grande que le reste) et de rythme (elle me donnait l’impression de faire tout un peu plus lentement que les personnes dans le café). Le plaisir et l’émotion, aussi, de la trouver là."

mercredi 18 avril 2012

Quelques kilos de papier

Petit coup d'oeil à cette photo prise à Arles, le jour des grands débarras chez Actes Sud, où on peut voir un mur de cinq mètres sur deux de manuscrits refusés attendre sagement sur le trottoir le camion de la voirie.

Chaque fois que je commence à faire un peu trop l'Écrivain, je regarde cette image collée là, juste là, à côté de mon fauteuil de lecture, entre le "C'est en écrivant qu'on devient écrevisse" de Jean Arp et une caricature de Cortázar à côté de la tour Eiffel. Très efficace, ça calme illico.

mardi 17 avril 2012

Quand le support disparaît

Une note, de 2009:

"Chessex est mort hier soir. C'est une nouvelle dont je ne sais pas encore quoi faire.

Oui, c'est vrai, il ne va pas lire mon livre. C'est vrai, ça me montre à quel point je l'écrivais aussi pour lui, à quel point, ce que je faisais, je le faisais aussi pour lui. C'est une direction qui disparaît, un repère, quelqu'un qui me montrait à la fois la direction à suivre et la direction à ne pas suivre, quelqu'un qui m'était important.

Maintenant, toute rencontre, rencontre ici, s'entend, est devenue impossible. Je me sens seul, privé de quelqu'un contre qui me battre. Je me retrouve aux premières lignes, mieux conscient, tout d'un coup, d'à quel point c'est contre moi que je me battais, d'à quel point c'est contre moi que je me bats.

Quand tout d'un coup le support d'un affrontement disparaît, on ne se retrouve plus qu'avec soi."

lundi 16 avril 2012

C'est juste pour un berceau

– Ton collègue m'avait dit que c'était 60 pesos, pas 90...

– Oui, c'est pour un mini-flete, un Fiorino. Là, je t'ai mis un flete normal.

– Mais bon... C'est juste pour un berceau et un meuble à tiroirs avec une table à langer dessus...

– T'as les dimensions du berceau?

– Non, je l'ai jamais vu...

– Alors, si tu veux, je te mets un flete à 80.

Pendant tout le trajet entre chez Achelli et chez nous, assis à côté des deux employés bon enfant de Pablo Radio Remis y Flete, j'ai médité sur la différence entre résignation et acceptation dont parlait Gustavo l'autre soir, sur la manière débonnaire dont les gens, ici, profitent à tout bout de champ les uns des autres, sur mes réticences à rappeler encore et encore ce Totti, le patron de la boîte, jusqu'à ce qu'il daigne, une fois, peut-être, me répondre et me faire un prix parce que c'est son pote Rodo qui m'envoie, médité sur ces deux pauvres petits meubles perdus dans un coin de ce fourgon flambant neuf.

Alors, beaucoup plus près de la résignation que de l'acceptation, j'ai fini par donner 100 pesos aux deux gars rigolards en les remerciant pour leur travail et en faisant tout ce que je pouvais pour essayer de voir ça comme un don à l'univers plutôt que comme une arnaque à la petite semaine – mais j'aurais dû leur dire quelque chose, tout peut toujours se discuter: négocie, mon bonhomme, négocie! –, tout ce que je pouvais pour souhaiter à ces deux gais tâcherons de profiter au mieux des fruits d'un des quarts d'heure à n'en pas douter les plus rentables de leur carrière.

dimanche 15 avril 2012

Être écrivain

Une note, de 2009:

"Être écrivain. Avant, un homme dont je craignais de ne pas être digne. Maintenant, un bon prétexte pour ne rien faire – lire, écrire, penser, m’imprégner du monde."

samedi 14 avril 2012

Swiss Medical: soins à la carte

De passage chez Swiss Medical pour payer nos factures du mois, j'en profite pour demander une carte d'affilié provisoire. En effet, je me suis rendu compte il y a quelques semaines – c'était chez le kiné – que ma carte n'était plus valable depuis fin 2010 et que celle qui m'avait supposément été envoyée à ce moment-là n'était jamais arrivée.

– Mais, il y a toujours quelqu'un chez vous?

– Si je vous dis qu'on travaille les deux à la maison!

Du coup, la gentille dame au bout du téléphone, un poil énervée quand même, a fini par daigner m'envoyer une carte de rechange qui n'est, elle non plus, c'était prévisible, pas arrivée. Cette fois, c'est ma dentiste qui a refusé de soigner ma carie tant que je n'avais pas une carte en bonne et due forme.

– Tu peux aller à la succursale, juste de l'autre côté de Rivadavia: ils vont te faire une carte provisoire.

Ni une, ni deux, je traverse la "plus longue avenue du monde" et j'en profite pour demander à la jolie demoiselle qui me reçoit chez Swiss Medical des nouvelles de ma carte envoyée, soi-disant, il y a deux bonnes semaines.

– Elle est en route. Il y a toujours quelqu'un chez vous?

– Il se trouve que, ma tendre épouse et moi, nous travaillons tous deux à la maison...

– Ah. Mais, là, je peux rien faire, il faut attendre que la poste ait retourné la carte au siège central. Alors, tu les appelles et tu leur dis d'envoyer la carte ici, à la succursale de Caballito. On t'appelle quand elle est arrivée et tu passes la chercher, c'est plus sûr.

Donc, me voilà, chez Swiss Medical, à demander une deuxième carte provisoire, parce que ma carte, la vraie, a effectivement été retournée au siège central, mais qu'il faut encore compter une semaine pour qu'elle fasse cinq petits kilomètres le long de Rivadavia et que ma carte provisoire, la précédente, celle que j'avais fait faire en sortant de chez le dentiste, vous vous souvenez, arrive à échéance dans deux jours. Alors, avec cet accouchement qui approche dangereusement, on n'est jamais trop prudent: il manquerait plus qu'ils refusent de me donner un lit à côté de Celia à la Suizo-Argentina!

En rangeant ma carte provisoire, rutilante, dans la petite poche de mon Moleskine, je tombe sur la photocopie de mon passeport tout écornée que je garde là au cas où, mais que personne ne m'a jamais demandée depuis passé cinq ans. Je n'ai pourtant pas le temps de me laisser aller à ma nostalgie identitaire: on m'appelle à la caisse. De nouveau mon cher ami spécialiste en conversion de devises qui me fait un sourire hésitant: lui aussi, il doit commencer à trouver la situation cocasse.

– Alors, à combien le dollar?

– Attends, je regarde... 4.37.

– Merveilleux! Moi, j'étais à 4.40: on se rapproche, on se rapproche!

– T'as de la chance, hier, c'était encore à 4.33... Je peux de nouveau te rendre en pesos?

vendredi 13 avril 2012

Walter Bergstamm à la recherche d'un éditeur

Irène ayant beaucoup, mais alors vraiment beaucoup de travail, voilà plusieurs jours que je m'étais mis à préparer mon plan de bataille pour essayer de trouver un éditeur pour mon Bergstamm. Alors, aujourd'hui, j'ai pris les choses en mains et j'ai commencé à faire le tour de mon carnet d'adresses pour voir qui pourrait me donner un coup de pouce dans cette entreprise.

J'ai rédigé avec application mes mails de présentation: "Roman d'apprentissage, La double passion de Walter Bergstamm raconte, sur fond de jalousie, de besoin de reconnaissance et de découverte de la création littéraire, la relation triangulaire entre Dieu – qu'on appelait comme ça "parce que c’était le seul Goncourt suisse et qu’avoir eu le Goncourt, ici, à Lausanne, c’était quand même difficile de faire plus frime" –, la belle Caudélia (son élève au gymnase) et le jeune et fringant Walter."

Tout en me concentrant sur mes tournures et mes destinataires, je sentais planer un doute au fond de mon crâne: est-ce que c'était vraiment une si bonne idée que ça d'essayer de passer par Christophe Donner que j'avais interviewé, il y a longtemps, si longtemps, pour mon mémoire de licence?

Internet a tranché mon dilemme existentiel en quelques secondes: "Delivery Status Notification (Failure)", adresse mail plus à jour. Le monde a ses réponses toutes prêtes, il suffit de lui poser les bonnes questions. Ceci, naturellement, vaut aussi pour tout le reste de ce processus imprévisible qui mènera, ou pas, à la publication de mon cher petit bouquin.

jeudi 12 avril 2012

C'est ma force qui s'applique

Une note, de 2009:

"Découverte après mon grand énervement intérieur après le cours de tango où tout le monde, y compris Celia, était tellement gentil avec moi parce que je n'arrivais pas à faire deux pas. Quelque chose de simple, de physique: si je ressens quelque chose, c'est que j'applique moi-même une force quelque part, comme sur une espèce de U en métal qui passerait autour de l'autre qui serait comme un axe, l'autre qui peut un peu augmenter cette force ou la diminuer, mais cette force est originaire de moi, de mes envies, de mes désirs. Alors, me centrer sur moi plutôt que sur l'autre, supprimer ce second axe pour que la force que j'applique ne puisse plus me revenir.

Je ne sais pas très bien comment faire ça, je ne sais pas non plus à quel point supprimer l'autre – dans mon chemin mental – implique aussi de supprimer la force, ma force, à quel point les deux choses sont liées ou pas, comment sont constituées soit leur dépendance soit leur indépendance. Supprimer l'axe de l'autre en me centrant sur moi, en me centrant sur ce que je suis en train de faire plutôt que sur le résultat de ce que je suis en train de faire sur le monde et sur cet autre que j'ai en face de moi.

S'il y a une douleur, c'est que j'applique une force. Savoir quelle est cette partie de moi qui applique une force – en partie en dehors de ma conscience – et pourquoi."

mercredi 11 avril 2012

Littérature épistolaire contemporaine

Celia, de retour de ses courses à Once, me tire la langue derrière la vitre de la Tolva. Elle entre et se met à écrire, au stylo rouge, dans la marge du manuscrit des 500'000 mantras que je suis en train de relire: Salut.

Je réponds, au stylo vert: Ça va?

Elle: Woui.

Moi: Voilà voilà. Mais, étant donné que ma chère épouse peine à déchiffrer ma graphie de traviole, j'écris de nouveau, juste en dessous, toujours au stylo vert: Voilà voilà.

Elle, en rouge: MEUH.

mardi 10 avril 2012

Bijoux de famille

Celia, jeune femme prévoyante, a retiré son alliance. En effet, ses doigts commencent à gonfler et ça serait décidément dommage qu'on doive lui scier son bel anneau en salle d'accouchement.

– C'est fou, moi, sans mon alliance, je me sens vraiment à poil...

À la fin du souper, pendant qu'elle mange ses quartiers de pomme, je vois qu'elle a mis sa bague de fiançailles à la place.

– Ben ouais, elle est un poil plus grande: tu vois, avant, elle tournait, et puis, maintenant, elle tourne plus.

On reste un moment à regarder ce petit diamant en équilibre sur son annulaire, un sourire béat aux lèvres et les yeux, force m'est de l'avouer, un tantinet humides.

lundi 9 avril 2012

Tu as un esprit: tu as des désirs

– Tu as un esprit, donc tu as des désirs: penser que tu pourrais arriver à ne pas en avoir est présomptueux. Ce qui compte, c'est ce que tu en fais. C'est comme vouloir ne penser à rien. Tu as un esprit: tu as des pensées. C'est comme ça.

dimanche 8 avril 2012

Certains cafés

Une note, de 2007:

"Il y aurait certains cafés pour écrire certaines choses: las Violetas pour les unes, l’Hipopotamus pour d’autres, avec d’autres murs autour de mon carnet, d’autres vitres sur d’autres rues ou d’autres miroirs et d’autres regards sur ce que je suis en train d’écrire, d’autres bouches au-dessus d’autres seins."

samedi 7 avril 2012

vendredi 6 avril 2012

Ne pas tuer deux fois

– De tous les préceptes du bouddhisme, "ne pas tuer" est celui qui entraîne les conséquences les plus légères. Pour vivre, il faut manger et, pour manger, il faut tuer, pas le choix.

– Et si je mange une salade?

– Parce que ça ne vit pas, une salade?

– Alors, qu'est-ce qu'on fait?

– Il faut être reconnaissant d'avoir la possibilité de bénéficier de cette nourriture et ne pas tuer deux fois.

– C'est-à-dire?

– Apprécier la nourriture, bien la cuisiner et, dans la mesure du possible, ne pas la jeter.

jeudi 5 avril 2012

Ecouter encore un peu mieux

– C'est par où la queue pour faire renouveler son visa de touriste?

– Vous avez pris un numéro?

– Non...

– Alors il va falloir repasser lundi. Essayez de venir assez tôt, genre vers les 7h30, parce que, les numéros, ils en donnent que 50.

– Mais, tu vois, ma femme est enceinte et, pour elle, c'est quand même un peu...

– Vous pouvez toujours aller voir à l'autre guichet, là-bas.

On traverse l'immense hangar du service de l'immigration, à côté de ce port où notre cargo avait accosté un beau soir de décembre.

– Pardon, une petite question: pour renouveler notre visa de touriste?

– T'as un numéro?

– Non, mais le type là-bas m'a dit que comme ma femme était enceinte...

– Bon, ok...

On pose nos beaux passeports sur le comptoir.

– Non, pas toi, seulement elle. Déjà qu'on n'a pas le droit de faire passer les gens sans numéro, je veux pas me faire engueuler...

Une fois payés les 300 pesos à la caisse l'autre bout du hall rempli de voix et de queues diverses, Celia s'assied sur une chaise de bureau oubliée là, sur le bord des rangées de sièges, juste à côté du dernier guichet, en attendant que les signatures et les tampons soient dûment apposés.

En tendant un peu l'oreille, on apprend que, dans le cas d'une demande de résidence permanente – ce qu'on va faire d'ici peu grâce à la venue de Crevette –, eh bien non, on n'a pas besoin d'avoir un visa à jour... Heureusement que la fonctionnaire compréhensive mais pas trop n'a pas voulu me prendre mon passeport: on a finalement perdu 300 pesos à la place de 600.

Leçon numéro 1: Un poil de cinoche à l'argentine, ça marche aussi avec l'administration.

Leçon numéro 2: Écouter encore mieux ce que nous disent les gens, souvent beaucoup mieux avisés qu'ils n'en ont l'air de prime abord. Quand le premier type nous a dit non, on aurait dû en profiter pour nous renseigner un peu plus au lieu de prendre les choses si personnellement et de ne voir dans son refus qu'un obstacle dressé en travers du cours prévu de nos projets administratifs: avec encore un peu plus d'attention au monde, on aurait encore pu économiser 300 pesos...

mercredi 4 avril 2012

Tout seul, mais pas vraiment

En mangeant mon bol de riz, tout seul, au matin du deuxième jour des 700'000 mantras, je me suis senti tout d'un coup très seul et très triste.

Mais, presque tout de suite, j'ai eu l'intuition que ce n'était pas comme ça – que ça ne pouvait pas être comme ça – et je me suis senti en lien avec Celia, là-bas, dans notre petit appartement d'Acoyte, à cinquante blocs du Furaibo et de la place de Mai, en lien avec notre enfant dans son ventre, en lien avec maman en Suisse, avec papa au ciel, en lien avec les quelques valeureux encore en train de chanter dans le dojo, juste à côté, après toute une nuit de NA MAN DA BU et une ou deux petites heures de sommeil prises presque à la sauvette parce qu'une des règles de cette pratique est justement de s'assurer qu'il reste au moins deux personnes en train d'entonner – le doshi pour donner le rythme et le compteur pour compter – histoire de ne jamais laisser tomber le mantra jusqu'au 700'000ème.

Après, en y repensant, je me suis dit que ça devait à tous les coups être les mantras qui m'avaient donné cette ouverture, les 50'000 qui avaient déjà été chantés depuis ce dimanche en début d'après-midi et ceux qui résonnaient dans tout le Furaibo pendant que je me lamentais sur mon bol de riz tiède, tout seul, à ma table à côté du bar.

mardi 3 avril 2012

Merci Blogger!

Un grand merci à Blogger qui a pris soin de Peu importe où, tout seul, comme un grand, pendant que j'étais en train d'entonner les 700'000 mantras en choeur avec mes chers petits camarades réunis au Furaibo!

Cette expérience étrange d'être là tout en étant ailleurs...

lundi 2 avril 2012

Ce que ça nous permet de vivre


De plus en plus, j'ai l'impression que l'important n'est pas ce qu'on fait, mais ce que ça nous permet de vivre et d'expérimenter.

dimanche 1 avril 2012

Premier matin sur Acoyte

Note, de février 2007, difficile de savoir de quel café il s'agit:

"Premier matin sur Acoyte. Il pleut. La clim du café est tout de même à coin: je ne suis pas sûr de revenir."