mercredi 31 octobre 2012

Ce que j’essaie de construire

Une note, de 2007:

"La vie est beaucoup plus que ce que j’essaie de construire pour me rassurer."

mardi 30 octobre 2012

Une tout petite partie du résultat

– Celui qui n'est pas fixé sur son but peut travailler avec des moyens inadéquats: il sait que son action ne constitue qu'une toute petite partie de ce qui mène au résultat.

lundi 29 octobre 2012

Les objets travaillent pour moi

Une note, de 2010:

"Une fois de plus, de la peine à faire une seule chose, par exemple écrire. J'ai lancé une lessive avec quelques autres en attente pour être sûr que ça avance. De nouveau ce besoin d'avoir des objets qui travaillent pour moi – la machine à laver, l'ordinateur qui télécharge –, comme si ça me donnait la possibilité de faire plus de choses, d'avancer plus vite, d'arriver plus vite là où je voulais arriver. Mais est-ce que ça me permet vraiment d'arriver plus vite? Est-ce que ça me permet d'aller plus loin? Est-ce que c'est vraiment le but d'arriver plus vite et plus loin?"

dimanche 28 octobre 2012

Une bénédiction

Une note, de 2010:

"En arrivant tout près de l'adresse que j'avais sur mon papier, j'ai demandé à des jeunes qui étaient là devant une maison si c'était bien là le concert. Un des types m'a dit que non, que ce n'était pas là, mais que je pouvais seulement entrer, oui, il m'a pris par l'épaule, entre, il y a là un pasteur et il va te faire une bénédiction, et il m'a présenté aux vingt personnes qui étaient présentes en disant que c'était un miracle, que je cherchais le concert et que mes pas m'avaient amené là.

Le type m'a fait fermer les yeux, il m'a posé une main sur la tête et une autre sur le coeur et m'a fait répéter des trucs autour de Jésus et de Dieu, des trucs que j'ai répétés de plus ou moins bon coeur en faisant mon possible pour me laisser aller à ce qui se passait, pour laisser de côté cette impression qu'on m'imposait quelque chose avec lequel je n'étais pas sûr d'être si d'accord que ça.

J'aimais bien ce petit clin d'oeil du moment, de tout ce trajet que j'avais fait jusqu'au fond de la banlieue pour me retrouver dans cette maison vide avec juste une télévision et une chaîne hi-fi qui s'était mise à faire passer une jolie musique au milieu de la célébration."

samedi 27 octobre 2012

Laisser le livre guider mes pas

Une note, de 2010:

"Garder à l'esprit que le livre, que l'histoire est un produit secondaire, un produit accessoire. Le livre prendra forme s'il doit prendre forme de livre. L'histoire prendra forme d'histoire si elle doit prendre forme d'histoire, ou de poème, ou d'image, ou d'une seule phrase.

C'est là que réside l'importance de la forme: dans le fait que c'est le texte lui-même qui choisit sa forme et qui la choisit en cours d'écriture, qui la révèle tout comme il révèle la trame de l'histoire qui est en train d'être racontée.

C'est le même type d'intuition qui peut guider mes pas dans la ville ou non. Avec l'avantage de n'avoir qu'à m'assoir devant mon écran pour être dans la ville, avec le désavantage de ne pas avoir de ville autour – mais si, la ville est là, mais elle est toujours la même, immobile."

vendredi 26 octobre 2012

Une seule place de prise

Dans tout le cinoche, une seule place de prise: exactement celle que m'avait donnée la caissière.

Du coup, je m'assieds ailleurs, un rang derrière, un peu sur la gauche.

Le type change de place et s'assied un rang derrière moi, un peu sur la droite.

Deux personnes arrivent et me font comprendre que l'une d'elles aimerait bien s'asseoir pile à ma nouvelle place. 

– Tu veux vraiment t'asseoir là?

– Euh, oui. 

– Pas de problème, je vais m'assoir ailleurs. 

Et je vais à la place que m'avait donnée la caissière, enfin non, juste à côté, histoire de ne pas être trop près du petit couple qui vient de virer du fauteuil que je m'étais stratégiquement choisi.

jeudi 25 octobre 2012

La richesse intérieure

– Tu sais, la richesse intérieure, ça finit toujours par se matérialiser à l'extérieur: si tu fais ce qu'il y a à faire, la vie te donne le soutien nécessaire, le travail suffisant pour subvenir à tes besoins.

– C'est drôle, jusqu'à présent, je voyais seulement ça dans l'autre sens: ce que tu as autour de toi comme reflet de ce que tu es, l'extérieur qui montre l'intérieur et pas l'intérieur qui prend forme à l'extérieur.

– Ben oui: ça marche dans les deux sens!

mercredi 24 octobre 2012

mardi 23 octobre 2012

Une sculptrice

Une note, de 1998:

"Le monde étrange des arts plastiques et visuels possède quelques représentants originaux. Telle cette sculptrice dont personne n'a jamais vu la moindre oeuvre et qui promène d'exposition en exposition son corps qualifié par les galeristes de plutôt bien dessiné: il lui suffit de s'arrêter quelques secondes devant une sculpture pour qu'elle soit instantanément entourée d'une nuée de mâles aux intérêts diffus.

D'aucuns se permettent d'insinuer qu'elle n'a jamais rien sculpté de sa vie mais que cela ne constituait en aucun cas un problème vu que ce n'était pas là la chose principale qui intéressait les galeristes. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes: elle peut continuer à promener son corps d'expos en expos et les galeristes en question peuvent continuer à lui demander, sans trop y croire, des photos de ses oeuvres."

lundi 22 octobre 2012

Roberto

Roberto, son taxi, c'est aussi son magasin. Quand on s'assied, c'est Gustavo qui m'a raconté, il nous passe une liste avec différentes marques de parfum et, c'est ça qui nous intéressait avec Celia, des purificateurs d'eau, indispensables ici pour enlever ce goût de chlore qui s'accumule de jour en jour au fond de la bouche.

Le fait que Roberto ait plutôt l'air d'être un bon type rend le blâme un peu moins difficile, surtout quand on se rend compte que le filtre ne filtre pas vraiment, que le goût de chlore reste à peu de chose près le même et que le seul conseil qu'il nous donne quand je l'appelle en urgence est de faire couler l'eau un peu moins fort, parce que notre robinet a quand même beaucoup de pression et que le filtre n'a pas le temps de filtrer.

Cet été, pendant qu'on était loin, nos sous-locataires ont dû maltraiter le levier du connecteur parce qu'il s'est mis à faire une jolie petite fontaine qu'on se prend en général en pleine figure quand on essaie de faire passer l'eau par le filtre. Appel à Roberto, venue de Roberto, réparation de fortune parce que ça, non, il a jamais vu en passé vingt ans de travail avec cette marque. Absolument, il va voir ce qu'il peut faire: il nous rappelle dès qu'il a la pièce.

Mais il ne nous rappelle pas et, comble de malchance, sa petite réparation maison a bloqué le connecteur en position filtre, donc, plus possible de faire la vaisselle ou de se laver les mains à la cuisine.

Deux semaines plus tard, nouvel essai:

– Ok, je passe demain en fin d'après-midi, dès que j'ai une course près de chez vous. Je vous prête une pièce que je prends sur un filtre à moi pendant que j'essaie de réparer l'autre, parce que, tu sais, avec les restrictions d'importation, ces pièces-là, elles entrent plus.

– Je suis au courant: je suis déjà passé à la quincaillerie du coin. Mais... Il était pas censé être argentin, ton filtre?

– Le filtre, oui, mais pas cette pièce-là.

Roberto débarque en fin de dimanche avec une proposition nouvelle étant donné que son fils utilise pour des démonstrations le connecteur qu'il pensait nous prêter: il est d'accord de nous en vendre un qu'il a pris sur un de ses filtres neufs. Ça fera 200 pesos.

– Tu trouves pas que ça fait un peu beaucoup?

– C'est toi qui vois: moi, j'essaie juste de t'arranger.

– Mais le connecteur que t'embarques, tu le répares et t'en fais quoi?

– Je peux te le ramener si tu veux...

– À quoi tu veux que ça nous serve? Et puis, il coûte combien le filtre? 

– Quand tu l'avais acheté, 650. Maintenant, 800.

– Donc, ce petit connecteur, il fait le quart du filtre.

– C'est que, je t'ai dit: ces pièces, elles entrent plus. Et puis t'as qu'à faire taxer les gens qui sont restés chez toi...

– Mais, toi, on t'appelle, on te rappelle, tu viens pas...

– Tu vois, ma femme a le cancer, alors je cours entre l'hôpital et le boulot... Et puis, là, si tu trouves que ça a trop le goût de chlore, c'est parce qu'ils en mettent de plus en plus dans le réseau. Alors, comme je t'ai dit, t'as qu'à faire couler un peu moins vite – comme ça, là, pas plus vite – et puis tu peux aussi mettre l'eau un moment au frigo: moi, c'est ce que je fais.

– Une petite facture?

– Comment ça, une facture?

– Ok, ok: voilà tes 200 pesos. De toute façon, ce filtre, on va plus en avoir besoin longtemps.

– Ah oui, vous partez?

– Ouais, on retourne en Suisse: on en a vraiment super marre des plans du genre. Et puis, bon, c'est surtout pour la petite: un peu plus de verdure, du bon air, parce que la grande ville...

– Mais tu sais, ici, c'est comme ça: ils te changent tout le temps les règles et des fois tu dois assumer des trucs où t'es pour rien. C'est pour ça que les gens d'ailleurs, en général, ils ont un peu de peine à s'habituer...

– Allez, c'est bon. Bonne suite, bonne chance à toi et bonne chance à ta femme avec son cancer!

– À toi aussi. Et puis, alors... bon retour!

dimanche 21 octobre 2012

Un mantra personnel

"Performance is maximized when goals seem to be unachievable."

Voilà le "mantra personnel" d'un de mes nouveaux contacts sur Linkedin.

samedi 20 octobre 2012

Le but en moins, le risque en moins

Dès que je me débarrasse de l'idée de but à atteindre, par exemple de pouvoir négocier le contrat pour ma traduction de Veneno, toutes les angoisses disparaissent assez vite.

Ce qui doit se faire se fera, pas comme jusqu'à il y a peu dans une version passive et attentiste, mais dans une version active, enfin persuadé que je ne risque, au fond, pas grand-chose.

vendredi 19 octobre 2012

Donne-moi trois pièces de deux

Un peu en avance chez le kiné, je vais prendre un café au Querido Gonzalez, juste à côté de la place Cortázar. Ça me coûte 14 pesos, je donne à la serveuse deux billets de 10 et je l'entends dire au type à la caisse:

– Donne-moi trois pièces de deux.

Si elle croit que ça va être aussi facile que ça de se faire du pourboire en plus, elle se fourre le doigt dans l'oeil jusqu'au coude! J'embarque les trois pièces qu'elle me rend avec l'addition et je mets une pièce de un à la place.

C'est en sortant du café que je me suis rendu compte à quel point je me compliquais la vie pour pas grand-chose: 60 centimes de pesos, au cours du dollar blue, ça fait même pas 10 centimes suisses.

jeudi 18 octobre 2012

Un vague reflet de ce qui nous relie

Drôle d'impression en voyant toutes ces têtes, tous ces curriculums, toutes ces vies étalées sur Linkedin: comme si ces réseaux sociaux essayaient de recréer, à leur manière, ce lien fondamental qui nous rassemble dans un seul être. Vague reflet de ce qui nous relie en profondeur ou prise de conscience progressive de ce lien, le verre à moitié vide, le verre à moitié plein.

mercredi 17 octobre 2012

Une oeuvre d'art minuscule

Une note, de 2010:

"Ce matin, la méditation a été plus difficile. J'ai bien cru que j'allais arrêter au milieu, quand j'étais vers les 100, mais la volonté dont j'ai eu besoin pour continuer quand même m'a aidé à comprendre d'autres choses, par exemple le prix à donner à chaque respiration, le soin à lui donner, comme une oeuvre d'art qui prend place et qui disparaît, une oeuvre d'art minuscule, dont je suis le seul témoin et qui prend l'entier de la place."

mardi 16 octobre 2012

La progression dans la lucidité

Une note, de 2010:

"Gustavo parlait du fait que si on pouvait vraiment se voir en face, tel qu'on est, on se suiciderait. C'est pour ça que c'est très important, en même temps qu'on fait progresser sa lucidité, de faire progresser sa certitude qu'il y a quelqu'un, Bouddha, dans ce cas-là, qui nous aime tels qu'on est. Parce que c'est vrai que la progression dans la lucidité, suivant comment, c'est quand même passablement déprimant."

lundi 15 octobre 2012

Un bol de thé trop plein

Un jour, au Japon, un maître réputé pour son savoir et pour la complexité de ses sermons s'en va parler dans un temple reculé, rempli de paysans illettrés. Par hasard, un de ses amis de l'université est aussi dans la salle. 

Alors que l'ami peine à suivre le développement du maître, il voit les villageois qui, de temps en temps, hochent de la tête: ils doivent certainement, se dit-il, faire semblant de comprendre par courtoisie.

À l'heure du thé, l'ami demande au maître s'il pense que ces paysans ont compris quelque chose à son sermon étant donné que lui-même, malgré toutes ses études, n'est pas sûr d’avoir saisi toutes les subtilités.

Le maître lui sert du thé et remplit son bol jusqu'à le faire déborder.

– Pour pouvoir écouter l'autre, il faut d'abord se vider de son propre égo.

dimanche 14 octobre 2012

La date de ma mort

Au réveil, comme ça, tout d'un coup, j'ai vu la date de ma mort: le 14 août 2041.

Honnêtement, j'espère que je serai encore là pour vérifier.

samedi 13 octobre 2012

Par-dessus son fil

Pendant une de nos balades matinales dans le parc Rivadavia, je prends Lucie en photo devant la statue de Bolivar, le sabre au clair sur son cheval fougueux.

Un peu plus loin, j'arrête notre poussette à quelques mètres d'un Japonais qui saute, à pieds joints, par-dessus un fil tendu à hauteur de hanche entre deux piquets du genre de ceux qu'on emploie, chez nous, pour les enclos des vaches.

Il me fait un grand sourire et il se rapproche: il a 70 ans et il fait du kung-fu sur Canning et Corrientes. Il se tape sur le ventre:

– Ça maintient!

vendredi 12 octobre 2012

Des manifestations de la vie même

– Les personnes qui nous entourent ne sont pas là pour notre bien-être, elles sont des manifestations de la vie même.

jeudi 11 octobre 2012

Au carrefour de Carabobo

Au petit matin, histoire que Celia puisse faire un semblant de grasse matinée dominicale, j'ai embarqué Lucie pour un grand tour en poussette.

– Tu vois, tous ces gens qui attendent le bus, ils ont dansé toute la nuit, ceux qui mangent leurs croissants dans les bistrots aussi!

En arrivant sur Rivadavia, j'ai hésité un moment. À gauche? À droite? À droite, jusqu'à Carabobo: vingt blocs, ça devrait largement suffire pour que la petite pique un somme.

Quand j'ai vu le bus de la ligne 1 arrêté au milieu de l'avenue, la voiture de flics qui déviait le trafic sur Carabobo, je me suis dit qu'en effet, il y avait moins de circulation que d'habitude, même pour un dimanche matin.

Le bus avait tout le devant défoncé. Dix mètres avant, il y avait une moto par terre. Encore dix mètres avant, une grosse tache rouge: une poubelle orange était posée à l'envers pour la protéger des voitures qui arrivaient en sens inverse. Une autre moto était arrêtée sur le côté de l'avenue.

J'ai fait le tour du carrefour et je suis revenu le long de Rivadavia sur le trottoir d'en face. Un type ouvrait son kiosque à fleurs, un flic mesurait les distances entre l'avant du bus et le passage clouté, j'ai regardé Lucie en train de dormir dans sa poussette et je me suis mis à pleurer.

– C'est vrai qu'on va tous mourir, même toi.

Alors j'ai sorti mon iPod pour prendre une photo d'elle avec son petit bonnet bleu Lovely: le bruit du déclencheur l'a réveillée. Elle m'a fait un vague sourire et puis elle s'est rendormie.

mercredi 10 octobre 2012

Temps perdu

Une note, de 1998:

"Je veux occuper mon temps à la recherche de ce que je suis en train de perdre."

mardi 9 octobre 2012

Les raisins de Wittgenstein

Une note, de 2010:

"Penser à Wittgenstein qui explique que même si ce qui est bon dans un gâteau, c'est les raisins secs, un gâteau est très différent d'un sac de raisins secs."

lundi 8 octobre 2012

Nos désirs sont un trésor

– Nos désirs et nos passions sont illuminés par Bouddha, ils sont un trésor qui nous permet de comprendre les autres par ce que nous avons de commun, une manière d'entrer en connexion avec eux.

dimanche 7 octobre 2012

Prendre le temps des visages

Une note, de 1998:

"Laisser le regard prendre son temps sur les autres personnes du bistrot, l'oreille prendre son temps pour démêler les voix. Laisser à chacun sa vie. La possibilité de sa vie. Prendre le temps de tous les visages. Pas seulement de ceux des jolies filles."

samedi 6 octobre 2012

C'est qu'il n'y a rien à découvrir

Comme toujours, à la fin, ce qu'il y a à découvrir, c'est qu'il n'y a rien à découvrir. Tout était déjà là, nous étions déjà parfaits mais nous ne nous en rendions pas compte. Tous les éléments de notre vie étaient là pour quelque chose, ils avaient tous une raison d'être, même ceux qui semblaient ne pas avoir de sens.

vendredi 5 octobre 2012

Le chemin de la compassion

Cette semaine de mantras m'a appris en particulier une chose à travers l'énervement des autres et celui de Gustavo: le chemin de la compassion est le chemin de la compréhension parcouru dans l'autre sens.

La compréhension: la vie est souffrance, la souffrance vient du désir, le désir vient de l'égo, l'égo vient notre ignorance qui nous fait croire que nous sommes des personnes séparées les unes des autres.

La compassion: derrière la colère, il y a l'égo, derrière l'égo, il y a le désir, derrière le désir, il y a la souffrance. C'est en reconnaissant l'autre dans sa souffrance et en osant plonger dans la mienne que nous pouvons nous retrouver en contournant nos égos.

jeudi 4 octobre 2012

Lustrer le souvenir

Une note, de 1998:

"Lustrer le souvenir pour qu'il revienne avec plus de force, le rendre faux pour mieux le garder."

mercredi 3 octobre 2012

La phrase de l'année

Dans la vitrine d'une librairie, une petite affiche intitulée sobrement "Phrase de l'année" (la citation est d'un certain Émile H. Gauvreay):

"Nous avons construit un système qui nous persuade de dépenser l'argent que nous n'avons pas pour des choses dont nous n'avons pas besoin afin de produire des impressions qui ne dureront pas chez des personnes qui n'ont pas d'importance pour nous."

mardi 2 octobre 2012

Le dollar blue

Le dollar officiel est à 4 pesos 70, le dollar officieux – le de plus en plus fameux dollar blue – autour des 6 pesos 20. Le calcul est vite fait et c'est sans trop se faire prier qu'on a suivi Danielle dans une petite officine à deux blocs de chez elle.

La demoiselle qui nous a ouvert la porte à peine on avait appuyé sur la sonnette nous a précédé avec un grand sourire et s'est glissée derrière un comptoir en contreplaqué. Danielle prend les opérations en mains:

– Oui, j'ai appelé tout à l'heure: ça serait pour deux mille. Deux mille, c'est bien ça?

– Oui oui.

– Deux mille. C'est possible?

– Bien entendu: suivez-moi.

On passe une porte en verre que notre banquière improvisée ne prend même pas la peine de refermer et on se retrouve dans une pièce des plus dépouillées au milieu de laquelle trône un bureau entouré de trois fauteuils en cuir sur lesquels nous prenons place, enfin, non, pas Celia: elle préfère rester debout à cause de Lucie qui pend à son ventre et qui risque de faire entendre avec vigueur son profond désaccord. C'est qu'elle a du caractère, la petite.

Je pose nos deux liasses de mille sur la table, la demoiselle les compte, tapote sur sa calculatrice et nous annonce que ça va nous faire 12'480 pesos.

– Ça va comme ça?

– Tout à fait.

Elle pose les liasses dans un passe-plat miniature bricolé dans un coin de la pièce et la caissette avec nos dollars disparait dans les hauteurs.

– Ah, nos sous sont partis... Bon, merci, on s'en va, bonne fin de journée! Non, c'est pour rire. Comment ça s'appelle, ce truc? Un bancomat?

– D'une certaine manière, oui.

Trente secondes plus tard, nos pesos arrivent.

– Des tas de mille?

– De cinq mille, ça ira.

La fille se met à les compter devant nous et nous, on compte avec elle. Vu que tout a l'air parfaitement en ordre, on empoche les liasses, la moitié chez Celia, l'autre moitié chez moi, et on jette un coup d'oeil au vague ticket que notre banquière nous tend: un bout du rouleau de sa calculatrice. C'est donnant donnant: je vous demande pas vos papiers, mais vous oubliez la moindre ébauche de réclamation.

– Et t'as jamais eu de problèmes?

– Non non, du tout, ça fait des mois que je fais ça et ils ont jamais essayé de me blouser. Et puis, pendant que j'y pense, un petit truc qu'on m'a donné au dernier rendez-vous des Suisses de Buenos Aires: votre billet d'avion, il faut surtout pas l'acheter sur internet. Allez dans une agence et payez cash en pesos! Le change, pour eux, c'est le change officiel. Alors, vous voyez, ça fait pas photo!

lundi 1 octobre 2012

Se considérer comme unique

– Se considérer comme unique est la meilleure manière de considérer l'autre comme unique aussi. C'est comme ça qu'on peut trouver du sens à notre vie et à toutes les vies.