samedi 31 mai 2014

Très documentée et très très romancée

– Qu’as-tu donc fait pendant sept ans à Buenos Aires? Ville merveilleuse...

– J’ai écrit et traduit des romans. Sirius est le premier à sortir.

– Sirius ne m’est pas une étoile inconnue, c’est incroyable!

– Si je me souviens bien, j’ai lu ton livre sur l’OTS. C’était quoi le titre déjà?

– Les chevaliers de la mort ou OTS, les secrets d’une manipulation. Il y a eu deux éditions un peu différentes.

– Je crois que je l’ai lu sous le premier titre. Ça fait douze ans que je bosse sur mon roman... Je m’étais pas mal documenté au début.

– Tu connais, j’imagine, sa signification dans l’OTS: en fait Sirius est l’étoile où ont "transité" les suicidés. Jouret et Di Mambro en parlaient tout le temps à leurs adeptes: une vie meilleure là-bas, entre autres.

– Woui. Ce texte raconte ma version de leur histoire.

– Wow, j’ai vraiment hâte de te lire! Version romancée donc? Ou documentée?

– Très documentée et très très romancée...

– Tabachnik a lu ton livre? Incroyable: je découvre tout cela avec beaucoup d’enthousiasme! Il est très pointilleux et a les poursuites faciles. Mais on s’entend bien aujourd’hui, curieusement. Étonnamment.

– Non. Je ne l’ai croisé qu’une fois au petit magasin de Villa. De toute façon, l’OTS n’est qu’une base: mon texte va chercher ailleurs...

– Le vrai roman autour de l’OTS restait à écrire. Il existe désormais, je pense.

– Ben... tu me diras... Une fois de plus, je crois que ça part de l’OTS, je ne suis pas très sûr que ça en parle...

– Ce qui est de bien avec l’OTS c’est que ça permet de faire voyager l’imagination.

vendredi 30 mai 2014

Débusquer les fuites et les détours

Une note, de 2010:

"Les tensions que je vais vivre seront exclusivement des tensions mentales, des tensions de postures mentales. J’aurai peut-être un peu mal au dos ou aux poignets, peut-être un peu froid, mais ça sera autre chose. L’écriture va me permettre de me concentrer exclusivement sur ma manière de positionner les choses dans ma tête, sur ma manière d’entrer en relation avec ce qui se passe dans ma tête.

Une bonne manière d’être présent à mes structures mentales, de mieux comprendre comment elles s’articulent, comment elles s’interconnectent, comment elles réagissent les unes aux autres. Une bonne manière de gagner en limpidité et en simplicité, à tous les niveaux, une bonne manière de débusquer les fuites et les détours."

jeudi 29 mai 2014

Le calme et l’immobilité

– Il y a une différence entre le calme et l’immobilité: le calme, c’est la force maîtrisée; l’immobilité, c’est la maîtrise forcée.

mercredi 28 mai 2014

Une réédition dans l’air du temps

– Peut-on écrire avec poésie, lyrisme, violence, onirisme, intensité, sans laisser de place aux sentiments, ceux des figures (on ne peut parler ici de personnages) ou ceux de l’auteur ?

Jusque-là, on est tout à fait d’accord et ça fait vraiment plaisir à lire!

– C’est le pari qu’avait fait Pierre Fankhauser il y a une quinzaine d’années avec son premier roman, Sirius, et qu’il renouvelle avec cette réédition toujours dans l’air du temps, remettant sous d’étranges projecteurs une écriture fulgurante.

Tout d’un coup, ça devient à la fois juste et faux. Juste parce que ça fait une bonne douzaine d’années que j’y travaille, sur ce texte. Faux parce que c’est bel et bien la toute première édition.

Sur les cendres d’un coup de chaleur face à cette contrevérité exposée au grand jour – ma carrière, mon Dieu, ma carrière! – naît petit à petit ce personnage d’un auteur au premier roman déjà bien lointain, installé confortablement dans le paysage des lettres romandes, auteur malin qui se paie un coup de jeune avec une réédition chez le nouvel éditeur qui monte.


mardi 27 mai 2014

Tous les sillons endorment

- Dans l'idéal, il ne faudrait jamais prendre tout à fait le même chemin pour aller d'un endroit à un autre, par exemple de chez vous à votre lieu de travail. Tous les sillons endorment.

lundi 26 mai 2014

Le chalet de Tabachnik

Cette histoire de l’Ordre du Temple Solaire à la base de mon roman est venue à moi par la bande.

Michel Tabachnik, le chef d’orchestre soi-disant théoricien de l’Ordre, a fait construire un chalet dans le Val d’Hérens, à Villa, juste au-dessus d’Evolène, et l’a vendu après son divorce – tout plein, avec ses livres ésotériques, son piano droit et ses partitions manuscrites – à un professeur de maths à l’EPFL qui a commencé à le louer aux touristes.

Depuis le début des années 90, on y monte trois semaines par été avec ma mère et ma tante et quand l’affaire de l’OTS a éclaté, ça m’a fait tout drôle de penser que j’avais passé mes vacances au milieu des livres qui avaient nourri ces théories et conduit ces gens à se mettre le feu pour atteindre Sirius... Alors j’ai commencé à me renseigner.

dimanche 25 mai 2014

Sa propre utilité

C’est toujours difficile d’évaluer sa propre utilité… On fait ce qu’on fait et on essaie de le faire bien. 

samedi 24 mai 2014

Je lis un peu en croix

– C’est vrai que toi, t’es super actif sur les réseaux sociaux: Facebook, Linkedin… Tous les jours quelque chose!

– Ben oui. Et encore plus depuis que j’ai sorti mon roman.

– Parce que t’as sorti un roman?

– …

– Oh, tu sais, en général je lis un peu en croix...

vendredi 23 mai 2014

Si je suis pas indiscret

- Si je suis pas indiscret, tu gagnes combien?

- C'est un 50% basé sur un 100% à 6000 brut: 2500 net.

- Ah...

- Disons que ça fait une base.

jeudi 22 mai 2014

En tête de gondole

– Moi, tu vois, c’est pas de tenir le bouquin dans la main qui m’a fait un truc. Ben ouais, voilà, il est là.

– Ça fait quand même plaisir, non?

– Oui oui, bien sûr. Mais là où j’ai vraiment senti quelque chose, c’est quand je l’ai vu sur les rayons de Payot, d’abord à Lausanne et puis sur la photo que Giuseppe a mise en ligne avec l’affiche de la dédicace d’Incardona. En tête de gondole: Sirius à côté de son bouquin à lui, de Gary et de Bobin.

– C’est qui ces deux-là?

mardi 20 mai 2014

Aller jusqu’au bout de l’ego et voir

Aller jusqu’au bout de l’ego et voir.

Ne jamais perdre de vue que c’est toujours lui qui gagne, par les moyens les plus détournés, surtout quand il donne l’impression de ployer sous les coups: il adore ça.

lundi 19 mai 2014

Le début comme la fin

À part ça, ici, cette portion étrange de la vie suit son cours, entre les premiers jours d'Ineo et les derniers d'Adèle. Mais tout prend son temps, le début comme la fin. 

dimanche 18 mai 2014

Le Retrait

– J’ai fini de lire ton livre.

– Ah oui?

– Tu veux que je te dise quelque chose?

– Ben... Tu m’avais dit que tu avais remarqué deux ou trois trucs et que tu m’en parlerais quand tu aurais fini de le lire… Alors oui.

– Bon, trois choses. D’abord, c’est désincarné: y a pas un seul nom.

– Oui, en effet. C’est un choix, c’est voulu, c’est comme ça.

– Et puis ton avancée en spirales, ça m’a fait penser à l’église de Wassen: on voit les choses d’un côté et puis d’un autre et puis encore d’un autre...

– T’as vu: elle y est! Je l’ai mise pour faire un petit clin d’œil...

– Enfin, y a pas un sentiment, pas une émotion. Tout est très descriptif, poétique par moment, oui, très bien écrit, mais pas une émotion.

– Tu sais, c’est pas pour rien que ce bouquin s’est longtemps appelé Le Retrait.

samedi 17 mai 2014

Mon bouquin bosse pour moi

Depuis qu'il est sorti, le sentiment agréable que mon bouquin bosse pour moi à sa manière, qu'il prend sur lui une partie de cette impression pénible qu'il y a toujours quelque chose à faire, quelque chose à écrire, toujours un retard à combler pour garder la tête hors de l'eau. 

vendredi 16 mai 2014

Ton roman est solaire

– Ton roman est solaire Pierre, incandescent comme un incendie et retourne la gueule du lecteur comme un uppercut. Bravo !

– Ça c'est du commentaire! Merci! Et, en plus, c'est le tout premier!

– Le plaisir était pour moi, sincèrement. Tout de bon et au plaisir d'en discuter de vive voix ici ou là.

– Avec plaisir! On fera un pack méditation. Un abrazo!

– Gaffe, les Ordres commencent ainsi.

jeudi 15 mai 2014

Si tu ne peux pas changer ton esprit

- Si tu ne peux pas changer ton esprit, c'est que tu ne l'utilises pas.

Ma gueule dans la vitrine

– Giuseppe vient de m’envoyer le pdf du flyer de la dédicace!

– Ah ah!

– C’est vrai qu’elle est chouette cette photo d’Anne! Mais ça m’embête que ça me fasse autant plaisir d’imaginer ma gueule dans la vitrine de Payot...

– Ah oui? Vraiment?

– C’est l’égo qui est à l’œuvre. Mais bon: j’observe, j’observe.

lundi 12 mai 2014

Entre Billinghurst et Agüero

– Tu sais, je pense beaucoup à Buenos Aires ces temps. C’est drôle, je vois surtout les quelques blocs sur Santa Fe entre le bus et chez Leveratto. Il était sur Agüero, non?

– Oui, sur Agüero.

– Eh bien je pense à ces quelques blocs entre Billinghurst et Agüero.

dimanche 11 mai 2014

Comme une vulve de marbre

La tombe de Chessex: comme une vulve de marbre ouverte sur des fleurs et des petites fourmis qui s'activent dans la terre au-dessus de son nom, là où les lèvres se rejoignent. 

samedi 10 mai 2014

Il est dans dans ton ventre

- Il y a un monsieur qui s'appelle Jacques, qui écrit aussi des livres. Il est mort, il est là. 

- Monsieur Jacques?

- Non, pas le monsieur Jacques qu'on vient de voir dans le village d'à côté: un autre Jacques.

- L'est où monsieur Jacques? L'est là?

- Oui, d'une certaine manière, il est dans dans ton ventre. 

vendredi 9 mai 2014

Il y a mon nom écrit ici

- Livre Monsieur?

- Oui, c'est le livre qu'on est allé chercher à l'aéroport avec Monsieur Giuseppe.

- L'est où, Monsieur?

- Chez lui, dans sa maison. Tu vois, ce livre, c'est moi qui l'ai écrit. Il y a mon nom écrit ici.

- Papa!

- Oui, papa.

jeudi 8 mai 2014

Il y aurait sans doute eu un livre

– J'ai lu ta dédicace…

– Ah oui? C’était pas super original, mais je crois que ça correspond bien à ce que j’avais envie de dire.

– Si au moins c’était sincère…

– Ah ça… C’est vrai qu’il y aurait sans doute eu un livre, mais pas celui-là.

mercredi 7 mai 2014

Alors, il vient ce livre?

– Alors, il vient ce livre?

– Ben, tu vois, il est encore dans les cartons…

– J’ai vraiment très envie de l’avoir! Je vais passer la nuit dessus!

– Tu sais, après toutes ces années, quelques mois de plus ou de moins… Mais je vais voir ce que je peux faire.

mardi 6 mai 2014

Près de ma famille proche

– Tu as déjà réfléchi où tu voudrais être enterrée?

– Je sais, tu m’as déjà demandé: j’y ai pensé depuis. J’aimerais être enterrée ici, près de vous, près de ma famille proche.

lundi 5 mai 2014

Tu vas faire quoi avec ce bouquin?

– Alors, maintenant, tu vas faire quoi avec ce bouquin?

– Tu sais, c’est comme une naissance, ça fait pas mal d’émotions à la fois… Alors je crois que je vais attendre demain pour déballer les cartons et puis je ferai une dédicace à ma gentille petite femme, une à ma maman et après on verra.

dimanche 4 mai 2014

Sirius sur le tarmac

À l’heure qu’il est, Sirius devrait être sur le tarmac de Cointrin.

Demain: dédouanement, cartons, cartons, cartons, mon livre entre mes mains.

Giuseppe prie pour qu’il ne pleuve pas cette nuit: je me joins à lui.

samedi 3 mai 2014

vendredi 2 mai 2014

Il y a deux écritures

Il y a deux écritures.

Celle qui tourne dans la tête à longueur de journée, qui éloigne de soi.

Celle qui ralentit la pensée en face des mots, qui ouvre des chemins vers le centre et le maintenant.

jeudi 1 mai 2014

A l'époque où les livres pouvaient me sauver

En me baladant le long des allées du Salon du Livre, je me suis tout d’un coup souvenu de l’époque où j’avais l’impression que les livres pouvaient me sauver.

Cette époque est révolue, mais, au fond de moi, le fantôme de cette impression continue à me guider de travers, en toute discrétion.