vendredi 31 janvier 2014

La fuite vers d’autres lieux

Une note, de 2012:

"Commencer par me préserver de la fuite vers d’autres lieux, parce que c’est d’abord la fuite qui génère la peur: faire face, mon stylo à la main, mon carnet dans l’autre."

jeudi 30 janvier 2014

La non-pratique

La pratique la plus difficile, c’est la non-pratique. Pas possible d'investir, de calculer, de mesurer, d'attendre un retour sur investissement, de croire que nos propres efforts nous aideront à découvrir notre illumination déjà réalisée depuis tout temps.

mercredi 29 janvier 2014

Exactement la même peur

Lundi, pour moi, c’était la rentrée. Donc, naturellement: réveillé à 5 heures, la boule au ventre, impossible de me rendormir.

En faisant la crêpe sur le lit de notre bureau, désolé de ne pas pouvoir profiter de ma nuit au calme à côté de la cave – pour tenir avec Lucie qui se réveille toutes les deux heures depuis trois semaines, avec Celia, on alterne… –, je me suis mis à penser à cette peur en détail et j’ai eu la certitude qu’au moment de ma mort, ma peur serait exactement la même.

Pas différente de celle d’avant les examens, d’avant le dentiste, d’avant un premier rendez-vous: cette peur devant la mort sera la mienne, celle que j’ai appris à connaître, celle que j’ai fréquentée durant toutes ces années.

Cette peur avec laquelle je devrai discuter, que je devrai amadouer avant mon passage ailleurs, cette peur que j’aurai peut-être appris, d’ici là, à rendre plus douce, cette peur sera exactement celle que je connais, tout à fait personnelle, habituelle, exactement pareille à celle de mon lundi matin de rentrée.

Soulagement et tristesse, tristesse et soulagement.

mardi 28 janvier 2014

Le monde, l'oeil et l'oreille

– L’œil me fait entrer dans le monde, l’oreille fait entrer le monde en moi.

lundi 27 janvier 2014

Tout est mental

Une note, de 2010:

"Tout est mental, à part que dans la rue, j’ai l’impression que des choses ont lieu à l’extérieur de moi alors que la page ne me renvoie qu’à moi, dans un geste a priori plus proche de ce qui se passe réellement. Plutôt que ce soit le monde qui me signale des choses en moi, c’est moi qui fais mon possible pour me mettre dans la disponibilité qui permet à ces choses de se signaler elles-mêmes.

L’écriture m’aide à entrebâiller ces portes en moi que les événements ont déjà secouées, elle m’aide à guigner de nouveau, à ouvrir la porte d’à côté, à suivre un bout de chemin que le monde ne m’a pas laissé le temps de suivre, que la vie, que la rue ne m’a pas laissé le temps de suivre.

Chaque fois que je me mets à écrire sur ce genre de thème, j’ai toujours tendance à voir les expériences comme des additions, il faut toujours que je me corrige et que je me rappelle qu’il s’agit de dévoilements."

dimanche 26 janvier 2014

samedi 25 janvier 2014

Une porte d’entrée pour comprendre

Une note, de 2009:

"La douleur, toujours une porte d’entrée pour comprendre. Penser à ça d’abord, le plus vite possible."

vendredi 24 janvier 2014

Le chemin au présent

– Vous qui cherchez le chemin, je vous en prie, ne perdez pas le moment présent!

jeudi 23 janvier 2014

Être présent au mensonge et à la vérité

– Nous avons appris l’utilité de la parole fausse, du mensonge, de l’hypocrisie: comment être pleinement dans sa parole sans perdre la face vis-à-vis de soi-même? Comment incarner sa propre parole tout en sachant que nous n’en avons pas les épaules, les moyens?

– Il me semble qu’ici la frontière ne se place pas tant entre la vérité et le mensonge qu’au niveau de la qualité de la prise de parole: si on ment, être présent à chacun des mots de notre mensonge, si on dit la vérité, pareil. Être là quand on dit, ne pas avoir la tête ailleurs, ne pas être déjà dans la phrase d’après ou encore dans celle d’avant...

mercredi 22 janvier 2014

Tâcher de devenir ce qu'on est

– Être soi-même, c’est peut-être ne pas se contenter de ce que l’on est, mais au contraire tâcher de le devenir?

mardi 21 janvier 2014

Ce que tu es pendant que tu fais

– Ce qui importe, ce n’est pas ce que tu fais, c'est ce que tu es pendant que tu fais.

lundi 20 janvier 2014

Être là aux mots qu’on dit

– L’expérience me dit qu’exprimer clairement sa pensée n’est pas le meilleur moyen pour se faire comprendre et entendre, je dirais bien au contraire. Nous voyons dans les débats télévisuels par exemple que celui qui s’exprime posément est "mort" ou mort.

– En effet, il faut parfois – et même assez souvent... – se taire. Mais, quand on parle, je crois qu’il faut être là aux mots qu’on dit et ne pas les laisser parler à notre place.

dimanche 19 janvier 2014

Un don du destin

– Tu sais, j’ai de la peine à résoudre la tension entre ce bouddhisme qui fait tendre au collectif et l’art qui fait tendre au particulier: moi, l’écrivain qui vous raconte mon histoire tellement originale pour que vous me lisiez et pour que vous m’aimiez...

– L’art, je crois que tu peux le voir comme un don, un don que tu as reçu, un don du destin, mais aussi un don dans le sens de partager quelque chose avec quelqu’un. Enfin moi, tu vois, je préfère donner un livre que des capsules Nespresso.

samedi 18 janvier 2014

Parlez posément

– Le plus souvent possible, parlez posément et prenez le temps de trouver les mots justes pour exprimer clairement votre pensée.

vendredi 17 janvier 2014

Aufan!

– Aufan!

– Qu’est-ce que tu dis?

– Aufan!

– Je te comprends pas bien: qu’est-ce que tu veux dire? Au feu? Enfant?

– Aufan!

– C’est toi l’enfant?

– Bébé!

– Le bébé dans le ventre de maman?

– Ui...

– Il te fait peur, le bébé dans le ventre de maman?

– Ui…

– Tu sais, Lucie, bientôt le bébé va sortir du ventre de maman et on va beaucoup s’occuper de lui, mais on s’occupera aussi de toi. C’est la famille qui va devenir plus grande et puis notre cœur aussi! Maintenant, il faut que tu dormes: on est très fatigués maman et moi. Ça fait plus qu'une semaine que tu te réveilles toutes les nuits et c’est difficile pour nous. Tu es d’accord que je te pose dans ton lit?

– Ui... Nune!

– D’accord, d’accord: je te chante Au clair de la lune et après je reste un moment à côté de ton lit et après je vais me coucher dans notre chambre avec maman. Dors bien petite Lucie!

jeudi 16 janvier 2014

Cet ailleurs indistinct, cet accomplissement

Cet ailleurs indistinct que me propose le paysage me sort de l’ici.

Cet accomplissement que me fait miroiter le projet me sort du présent.

Deux manières habituelles de me mettre à l’écart de la vie.

mercredi 15 janvier 2014

Changer le point d’ancrage

On bricole, on adapte le modèle, mais on adapte tellement que ça finit par perdre l’équilibre: il faudrait changer le point d’ancrage.

mardi 14 janvier 2014

Travailler avec ce qui n’est pas là

– Tu sais, quelque part, je me sens toujours avec une étape de retard sur la vie, toujours en train de fonctionner sur un mode qui ne correspond pas au présent.

– Tu dirais que tu fais de la résistance?

– Disons que c’est déjà tellement difficile de comprendre vaguement comment on fonctionne, de trouver des trucs pour que ça se passe pas trop mal… Alors forcément, on a tendance à s’accrocher à ce qu’on a découvert, mais la vie continue à bouger... En fait, je crois que c’est typiquement une déformation d’écrivain: cette bonne vieille habitude de travailler avec ce qui n’est pas là.

lundi 13 janvier 2014

L'état du monde intérieur

Devant la carte, en blanc sur rouge:

"La vérité…? La voici: le monde du dehors ne reflète que l’état du monde intérieur."

Derrière, Jacquie a écrit: "Rester humble devant la danse".

dimanche 12 janvier 2014

Vers où avancer

– Là, je suis en train de chercher un nouveau lieu de pratique, mais c’est pas facile… Je suis allé chez les zen, chez les Tibétains, dans un temple du Jodo-Shinshu à Genève...

– Ça me fait penser à quand je me suis mariée avec Gustavo: j’ai dû trouver un autre maître, je pouvais pas continuer à pratiquer avec lui… Ça m’a fait me poser les questions d’une autre manière, ça m’a donné des pistes pour aller chercher ailleurs.

– Il me manque vraiment beaucoup, tu sais.

– Ah... Quand on a trouvé son maître et qu’on ne l’a plus près de soi… Mais, tu vois, c’est une période comme ça: ne plus être dans le confort de la proximité de ton maître, ça t’oblige à prendre la responsabilité de ton chemin spirituel, à faire des choix de ton côté, à chercher au fond de toi vers où avancer.

samedi 11 janvier 2014

Le grillage se courbait autour de mon regard

Une note de 2010:

"Hier après-midi, sur la passerelle au-dessus des rails, le grillage se courbait autour de mon regard: je ne savais plus très bien de quel côté je me trouvais, de quel côté les rails se trouvaient."

vendredi 10 janvier 2014

Ce que je peux penser de moi

– Passez moins de temps à vous demander ce que les autres pensent de vous: demandez-vous ce que vous pouvez penser de vous-même.

jeudi 9 janvier 2014

Sur le chemin de la mort

– Si vous avez la chance de pouvoir accompagner un de vos proches sur le chemin de sa mort, soyez attentifs à ce que vit cette personne, soyez disponibles, présents, à l’écoute, cultivez en vous ce calme qui lui est nécessaire et, surtout, prenez-en de la graine pour préparer votre mort à vous.

mercredi 8 janvier 2014

Mes premières impressions

– Quand j’ai entendu le premier cours de notre nouveau maître qui crachait ses poumons, qui respirait en sifflant et qui parlait tellement doucement qu’on l’entendait à peine, je me suis dit qu’on était vraiment mal barrés. Avec lui, en général, on parlait de foot, de cinéma, de tout sauf de bouddhisme, et quand les examens sont arrivés, il nous a dit qu’il fallait lire les pages tant à tant de notre livre, qu’on avait qu’à nous débrouiller. J’étais sûr que j’allais me planter royalement, mais non, pas du tout. Beaucoup plus tard, après qu’il soit mort, après être passé entre les mains de beaucoup d’autres maîtres, je me suis rendu compte que je n’avais jamais appris autant de choses sur le bouddhisme qu’avec lui. Alors depuis ce jour-là, mes premières impressions, vous voyez, je m’arrange pour les ranger bien vite au fin fond de mon cerveau!

mardi 7 janvier 2014

Réarranger les éléments des séries parallèles

Il suffit parfois de réarranger les éléments des séries parallèles qui se tressent d’heure en heure à travers la nuit sans sommeil, de faire passer les protagonistes et les sentiments d’une histoire à l’autre pour avoir la clé de l’énigme une fois le jour installé.

lundi 6 janvier 2014

Écrire avec la voix

J’ai passé la semaine à hurler le manuscrit du Sirius à travers notre bureau avant de l’envoyer à Giuseppe pour qu’Emmanuelle puisse faire les dernières corrections.

Non seulement – merci Gustave! – c’est une arme radicale contre les coquilles, les phrases boiteuses et les répétitions, mais ça fait surtout circuler l’énergie du texte à travers le corps, ça remet en mouvement tout ce qui stagnait après ces mois, après ces années assis devant un écran à ne bouger que le bout des doigts.

Écrire, ça devrait se faire comme ça, avec la voix.

dimanche 5 janvier 2014

Parce que c'est plus facile

Deshimaru a choisi de pratiquer le zazen plutôt que de réciter le nembutsu comme le faisait sa chère maman parce que son maître lui avait dit que le nembutsu, eh bien, c'était nettement plus facile.

Pourquoi est-ce que ce qui est plus facile serait de facto moins profitable? Ah, ce bon vieil égo!

À quoi bon, de mon côté, défendre le nembutsu bec et ongles? Ah, ce bon vieil égo!

Et puis, au fond, pourquoi diable faire la différence entre zazen et nembutsu? Une petite idée?

samedi 4 janvier 2014

Savoir quoi ne pas dire

– Le plus difficile en littérature, c'est de savoir quoi ne pas dire.

vendredi 3 janvier 2014

Notre karma plus nos circonstances

– Nous sommes tous notre karma plus nos circonstances. Nous ne pouvons pas changer notre karma, mais nous pouvons changer nos circonstances – les personnes qu’on voit, les lieux où on va, les livres qu’on lit – pour favoriser l’éclosion de telle ou telle partie de notre karma.

jeudi 2 janvier 2014

Tester mes intuitions du jour

Une note, de 2010:

"Je crois que je comprends de mieux en mieux comment l’écriture peut me permettre de comprendre ma vie, peut me permettre de comprendre la vie en général. Je peux me laisser aller sur ces pentes intérieures, très faibles, très discrètes, et voir où elles me mènent, je peux prendre le temps de suivre le fil de ces toutes petites intuitions et les développer un peu au hasard, juste pour voir ce qui se passe, et garder ce que je sens tenir la route, ce que je sens avoir le poids d’une véritable découverte, même si c’est à un niveau minuscule.

Je peux aussi tester mes intuitions du jour, les intuitions qui se développent dans ce que je vis maintenant, ici, en ce moment, et voir comment elles pourraient s’appliquer à ce que j’ai vécu, voir ce que j’aurais pu comprendre de ce que j’avais vécu si je savais ce que je sais maintenant, ce qui me permet, en retour, de mieux comprendre ce que je vis maintenant, avec à la fois ce que je sais et l’application sur le passé de ce que je sais.

Aller au bout de l’intuition, même si elle n’a pas l’air logique – ce qui ne veut pas dire: surtout si elle n’a pas l’air logique."

mercredi 1 janvier 2014

Bonnes résolutions

Remplir ma vie d’actions et puis mourir? Perspective peu réjouissante: il doit y avoir autre chose!

Oh, l’art! Ah, la beauté! De superbes distractions. Le monde est art, le monde est beauté: me mettre à choisir, c’est passer à côté de tout le reste.

Mais la solution se trouve sûrement dans la recherche spirituelle! Mettre l’entier de mes forces dans cette seule direction! "Monastère, niche à chiens!" dixit Gurdjieff, "le chercheur doit aussi chercher le pain!" dixit Leveratto.

Alors, prendre soin de tout ce que la vie a disposé autour de moi: Junior dans le ventre de Celia et mon écriture, notre couple et la méditation, Lucie et notre appartement, mon corps et les activités qui remplissent notre compte en banque.

Prendre acte de ce qui m’entoure, cesser de distribuer de la valeur aux choses, aux actions et aux gens, vivre en détail ce que me propose la vie, la seule à ma portée pour ce coup-ci.

Strates de beautés visibles

Une note, de 1999:

"Strates de beautés visibles: celle de l'œil et celle de la mémoire."