lundi 30 septembre 2013

Ce que le texte m'écrit

Une note, de 2010:

"Plutôt que de me demander quel effet je veux produire, me concentrer sur ce que je veux écrire, rien que sur ce que je veux écrire, sur la matière que je veux faire passer à la page.

Dès que je pense à un effet, l’effet sera faux. Dès que je pense à faire passer un message, le message sera faux. Dès que le pense à prendre une posture, la posture sera fausse. Dès que je pense à prendre un rôle, le rôle sera faux.

Être dans le présent, c’est aussi être dans le présent du texte, dans ce que le texte demande, dans ce que le texte veut dire, dans la manière avec laquelle il veut le dire.

Si je dois chercher autre chose, c’est que je ne suis pas assez présent à lui, si je dois chercher autre chose, c’est que je ne suis pas assez là. Me concentrer sur ce que le texte m’écrit. Sur ça et sur rien d’autre."

dimanche 29 septembre 2013

Quand la simplicité sera devenue évidence

Quand la simplicité sera vraiment devenue pour moi une évidence, je ne serai plus capable de voir la complexité de l'autre.

samedi 28 septembre 2013

Le succès de Joël Dicker

Bien sûr que je suis jaloux de Joël Dicker et que j’aime entretenir ma douleur en lisant toutes les belles choses qui leur arrivent, à lui et à son livre.

C’est une manière de me rappeler que, même si ça devait m’arriver aussi, mon succès ne serait que l’envers de la douleur que je ressens maintenant et que cette douleur reviendrait, plus forte encore, une fois que j’aurais renforcé de succès en succès mon attachement à ce besoin qui l’a créée.

Depuis que je me suis mis à lire son livre, étrangement, tout s’apaise. Son roman me donne envie d’écrire, de me remettre à mes projets avec confiance, sans me poser trop de questions sur l’avenir de ces mots que j’aligne.

Après une bonne centaine de pages de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, je me dis qu’encore plus que son habileté à construire des intrigues, c’est son enthousiasme communicatif pour l’écriture qui a fait le succès de Joël Dicker.

vendredi 27 septembre 2013

Quelque chose qui ne sert à rien

Se dédier à l’art – faire quelque chose qui ne sert à rien – est une bonne manière de se préparer à une démarche spirituelle.

Au début, bien sûr, on est tenté par la beauté, tenté par la gloire, mais on se rend compte avec les années que ce n’est de loin pas la partie la plus intéressante de l’exercice.

jeudi 26 septembre 2013

Ne jamais faire de vaincu

– Ne jamais faire de vaincu. Faire un vaincu crée du karma: il voudra prendre sa revanche...

mercredi 25 septembre 2013

Ma propre progression spirituelle

Je suis très intéressé à ma propre progression spirituelle: preuve que je n'ai pas encore tout à fait compris de quoi il s'agit.

mardi 24 septembre 2013

Moi, je m’agenouillerais pas là-dessus

Rhétorique de mon égo:

– Méditer maintenant? T’as vu l’heure qu’il est? T’aurais dû t’arrêter de bosser avant parce que, réfléchis un peu: si tu vas dans la soupente, tu dois traverser votre chambre et si tu traverses votre chambre, tu vas à tous les coups réveiller ta chère petite femme... Elle qui a le sommeil si léger, la pauvre, toujours tellement de peine à se rendormir... Tu voudrais quand même pas qu’elle soit de mauvaise demain à cause de toi... La méditation, ça demande du sérieux, un endroit où tu te sens bien, si possible toujours le même, mais c’est pas à toi qu’il faut que j’explique tout ça: t’en connais un rayon mon pote! Alors vu que vous avez installé cet autel si charmant dans votre petit temple familial, tu vas quand même pas aller t’asseoir dans autre pièce de votre appartement, hein, rassure-moi... Et puis, dehors, brrr, ça caille! C’est déjà l’automne et je te parie que l’herbe est complètement trempe, même pas besoin d’aller vérifier... Question contact avec la nature, on a déjà vu plus sympa: moi, en tout cas, je m’agenouillerais pas là-dessus!

lundi 23 septembre 2013

Un moyen de supporter la vie

L’art? Un moyen de supporter la vie.

C’est-à-dire de faire absolument tout son possible pour ne pas la vivre.

dimanche 22 septembre 2013

Le Grand Réseau

Prendre un moment, le matin, avant de me jeter sur mon iPad ou mon iPhone pour m'agripper au Grand Réseau me donne de l'espace pour me connecter à un autre réseau, autrement plus vaste, qui ne fait pas de différence entre le dehors et le dedans. 

D’un défi à l’autre

De moins en moins d’intérêt pour une vie qui s’élance d’un défi à l’autre.

Le défi de la vie est permanent: c’est la présence.

vendredi 20 septembre 2013

La limitation qui nous touche le plus

Une note, de 2006:

"On est souvent atteint de la limitation qui nous touche le plus."

jeudi 19 septembre 2013

La saveur de l’art

Ce regard qu’on aiguisait pour mieux rendre le monde, on découvre un beau jour que c’est le monde qu'il a changé et qu’il n’y a plus rien à rendre, plus aucun moment à saisir pour le conserver: tout ce qui nous entoure a pris la saveur de ce qu’on appelait, au tout début de notre recherche, l’art.

Un peu de feu sur le transporteur à terre

Un périphérique, tôt le matin : des bureaux et des bureaux, personne, pas une voiture à part un transport de fonds. Des fourgons le suivent, un peu en retrait, sur une bretelle, un peu plus bas, le rejoignent – on entend très peu les moteurs, juste la rythmique enfoncée et les cordes plus inquiètes, toujours généreuses.

Les trois véhicules, arrêtés, en travers de tout ce béton vide.

Le vigile s’accroupit, entre les sacs de fric, derrière son fusil à pompe, fait claquer sa culasse – les autres se déploient, calmes, en demi-cercle, genou à terre, crosses à la hanche.

Un pain de plastic, dehors, petit point rouge de métronome.

Le vigile respire vite mais on ne l’entend pas : seulement la rythmique, pas plus rapide, pas plus fort, et les cordes. Il vise la porte, il danse d’un pied sur l’autre : ça explose : il fume, à plat ventre, il est pris par les aisselles, lancé sur le sol.

Sacs de mains en mains, grenade au phosphore.

Un peu de feu tombe sur le transporteur à terre.

Le véhicule brûle, toujours seul – toutes ces vitres tout autour, tout ce béton.
Ciel gris, lisse, loin derrière.

L’orchestre se tait.

mardi 17 septembre 2013

Si je reste dans ce que j’ose dire

Si je reste dans ce que j’ose dire, je ne vais jamais pouvoir permettre au lecteur de se dépasser en venant jusqu’à moi.

lundi 16 septembre 2013

Me répartir dans l’espace

Une note, de 2007:

"Me répartir dans l’espace m’ouvre de l’espace à l’intérieur."

dimanche 15 septembre 2013

Une place dans ma liberté

Une note, de 2006:

"Comme si je devais me conquérir une place à l’intérieur de la liberté que je me suis offerte."

vendredi 13 septembre 2013

Un instrument pour rafistoler notre regard

L’art? À peine un instrument pour rafistoler notre regard.

Parce qu’on sent bien, au fond, que c’est notre regard qui est faussé, pas la vie.

jeudi 12 septembre 2013

Allô? Allô?

Au milieu la place centrale d’Evora, un téléphone public se met à sonner. Les gens s’arrêtent, le regardent un moment, continuent leur chemin.

Je fais demi-tour avec Lucie et, de ma douce voix mélodieuse d’attaché de presse:

– Oui, allô, Pierre Fankhauser.

Personne au bout du fil.

– Allô? Allô?

Je raccroche et, quelques pas plus loin, le téléphone se remet à sonner.

mercredi 11 septembre 2013

Une tentative d’améliorer cette vie

Qu’est-ce que l’art si ce n’est une tentative d’améliorer cette vie qui n’en a aucun besoin?

mardi 10 septembre 2013

La vie de mes rêves

Écrire pour me faire la vie que j’aimerais. Écrire pour gagner ma vie en me faisant la vie que j’aimerais. Me rendre compte que ma vie était déjà celle de mes rêves et que lui ai tourné le dos en m’enfouissant dans les mots.

lundi 9 septembre 2013

A quoi bon la littérature

– Moi, tu vois, après ce weekend au milieu de ces auteurs avec leurs bouquins tous plus indispensables les uns que les autres, là, franchement, je me dis: à quoi bon la littérature...

– Ben mon vieux, j'espère vraiment que tu vas profiter à fond de ta semaine de vacances! Lundi, on se remet à ton Sirius.

Reconnaître la vérité

"Question: ses voyages l'ont-ils aidé à trouver la vérité?

Réponse: non, ils l'ont préparé à la reconnaître."

Anthony de Mello

dimanche 8 septembre 2013

Question de priorités

Je ne suis pas le mieux placé pour déterminer les priorités, ni dans ma vie ni dans ma journée.

samedi 7 septembre 2013

Petite philosophie sans chauffeur

Prenez un philosophe à la mode accompagné d’un entarteur notoire et de sa femme.

Ajoutez une des attachées de presse d’une grande maison parisienne accompagnée de deux des auteurs parmi les plus lus du moment.

Faites arriver une belle BMW et disparaître illico son chauffeur.

Laissez mariner un peu.

Vous verrez tout de suite à qui vous avez affaire.

jeudi 5 septembre 2013

Son regard sur moi plus longtemps

Une note, de 2007:

"Laisser le lecteur faire une partie du décryptage, c’est l’obliger à poser son regard sur moi plus longtemps – peut-être trop."

mercredi 4 septembre 2013

L'expression la plus lisse

Une note, de 2007:

"Après avoir tendu vers l’expression la plus originale, je cherche maintenant la plus lisse."

mardi 3 septembre 2013

Un vrai truc de geek

– Je vais t’envoyer ce que j’ai fait today pour me changer les idées.

– En fait, au milieu, c’est le fond de l’écran qu’on voit?

– Au milieu?

– Sur la première photo de lac, y a un trou blanc au milieu et je me demandais si c’était le fond d’écran blanc qu’on voyait...

– Ah, non... C’est parce que l’iPhone est tout pourri!

– Je comprends tout: je croyais que t’avais fait un truc de geek avec une image sur ton ordi, alors que non, ce que t’as fait, c’est une balade! Je suis complètement à la ramasse...

lundi 2 septembre 2013

Beaud dans le bus

Une note, de 2006:

"Je viens de voir Beaud dans le bus, tout gonflé de cortisone. Je suis allé le saluer. Je ne savais pas trop quoi lui dire. Je lui ai dit que je pensais bien à lui. Comme une répétition de la rencontre de Pache presque mort. Beaud m’a dit qu’il n’avait pas mis le nez dehors depuis un mois et demi."

dimanche 1 septembre 2013

Prendre du temps pour ne pas faire

Prendre du temps pour ne pas faire.

Me libérer de cette impression qu’il y aurait autre chose à faire.

Oublier que j’ai fait tout ce que je pouvais pour apprendre à faire les meilleurs choix pour moi.