jeudi 31 janvier 2013

Mon propre égoïsme

Une note, de 2010:

"Admettre mon égoïsme me permettra d’admettre plus facilement celui des autres et, peut-être, de devenir moi-même un peu moins égoïste. C’est dans ce sens que ça va, l’effort ne part pas des autres, n’est pas appliqué sur les autres, mais il part de moi et il est appliqué sur moi."

mercredi 30 janvier 2013

Deux ou trois courgettes pourries

Quand on est arrivés à Caballito, on se demandait pourquoi les petites vieilles, à la boulangerie, choisissaient leurs croissants en disant je veux celui-là, non, l’autre à côté, pourquoi ou nous montrait toujours un à un les légumes avant de les mettre dans un petit sac en plastique blanc.

– Mais oui, un kilo, c’est bon!

Jusqu’à ce qu’une ou deux courgettes pourries et quelques vieux croissants secs ou trop cuits commencent, peu à peu, à se glisser au fond de notre sac.

mardi 29 janvier 2013

Ce qui te fait souffrir

– Mais... Je suis un être humain, alors j’ai un égo...

– Je te dis pas ça parce que c’est mal, je te dis ça parce que c’est ce qui te fait souffrir.

lundi 28 janvier 2013

Un livre qui doit aider les autres

Une note, de 2010:

"Les propos d’Oikawa Sensei retrouvent aussi mes réflexions de l’autre jour autour de l’écriture comme une práctica, une pratique, un exercice en lui-même, sans but autre que sa réalisation, comme la méditation, comme la cérémonie du thé, et qui aboutit parfois, mais comme par hasard, presque par hasard, à un livre, un livre qui doit aider les autres, Oikawa était très clair là-dessus.

Comme l’entier de l’univers est en moi, perdre le contrôle est un moyen d’entrer en contact avec cet entier de l’univers qui est en moi. C’est comme pour la méditation: se concentrer sur la respiration et le décompte des respirations, se concentrer sur la production de phrases et pas sur leur agencement ou leur correction ou leur sens."

dimanche 27 janvier 2013

L'enfermement que je redoute

Une note, de 1999:

"L’enfermement dont j’ai peur n’est finalement que la prison de l’enfermement que je redoute."

samedi 26 janvier 2013

La raison du bâton

– Si vous hésitez, faites tourner un bâton sur le sol: s’il pointe dans une direction, ça sera oui, s’il pointe dans l’autre, ça sera non.

– Mais... c’est du hasard!

– Pourquoi est-ce que vous auriez plus raison que le bâton?

vendredi 25 janvier 2013

Aujourd'hui, pas de métro

Aujourd’hui, grève totale des métros. Les syndicats parlent de sécurité: après la tragédie de Once, personne n’a vraiment très envie de voir une rame griller au fond d’un tunnel.

Ariel a prévu le coup: il a envoyé un mail à tous les gens de l’atelier d’écriture pour organiser les transports. Quelques minutes plus tard, Bruno répond en donnant la liste des avenues qu’il va prendre. Pas de problème pour un petit détour si besoin.

S’il y a bien quelque chose que j’aimerais ramener d’Argentine, c’est ça: cette manière de bricoler sur le gaz des solutions simples, aussi provisoires qu'efficaces.

jeudi 24 janvier 2013

Se libérer du désir charnel

Un des trucs du bouddhisme pour se libérer du désir charnel: si tu désires une femme plus âgée, pense que c’est ta mère; si tu désires une femme de ton âge, pense que c’est ta sœur; si tu désires une femme plus jeune, pense que c’est ta fille.

Gurdjieff, dans un tout autre style: débrouille-toi pour posséder une femme par jour!

mercredi 23 janvier 2013

Ne pas en rester à une seule vie

– Si on n’en reste pas à une seule vie, la question ne se pose pas.

– Vous croyez vraiment qu’on a plusieurs vies?

– Ce n’est pas une question de croire, mais de voir. Ces gens que vous aimez ou détestez dès la première seconde, vous croyez que c’est par hasard? Ces gens que vous recroisez systématiquement, aussi? Ouvrez les yeux, c’est tout.

mardi 22 janvier 2013

Les routes du Brésil et de l'Uruguay

En voyant depuis le petit matin de notre avion, avec leurs collines rondes caressées par le premier soleil, les routes ocres du Brésil puis de l’Uruguay, je me suis dit que j’aurais dû profiter de les sillonner beaucoup, mais alors beaucoup plus.

Et, tout de suite, je me suis rappelé que les chemins que je devais en priorité parcourir se trouvaient dans ma tête et qu’il me fallait surtout apprendre à calmer mon esprit pour les arpenter d’une semelle plus agile et plus légère.

Sur ces entrefaites, deux plateaux ont été déposés devant nous dans l’espace limité laissé par le berceau d’une Lucie justement en train de se réveiller. Ah! Une omelette! Un yogourt à la framboise! Une tasse de café bien chaud!

lundi 21 janvier 2013

Des moyens pour me représenter la plénitude

Pendant la nuit des mantras, je me suis mis à penser à des musiques que je pourrais écouter une fois la nuit terminée, à des films que je pourrais voir, à des lieux où je pourrais aller avec Lucie et Celia. Rien de très précis, pas de titre, pas d’image, pas de noms, juste l’impression vague de pouvoir vivre des moments agréables une fois la récitation derrière moi.

Quand je me suis rendu compte que mon esprit se baladait, je me suis infligé un petit blâme intérieur – et puis, juste après, naturellement, un autre blâme pour mon blâme à la fois inutile et contre-productif – et j’ai fait un effort pour visualiser chacune des syllabes au moment où je la chantais – NA, MAN, DA, BU – histoire de coller au moment présent.

Lorsque les musiques, les films et les lieux sont revenus, je suis dit que j’allais leur prêter l’oreille plutôt que de les écarter d’un revers de rosaire. Chacun à leur tour, ils m’ont patiemment expliqué qu’ils n’apparaissaient pas parce que je cherchais à m’évader du présent, mais tout simplement parce que je n’avais pas encore d’autres moyens à ma disposition pour me représenter la plénitude simple que je ressentais en ce moment même.

dimanche 20 janvier 2013

samedi 19 janvier 2013

Tout ce qui a lieu en moi fait partie du présent

Une note, de 2010:

"Tout à l’heure, on est sorti dans le gris d’automne pour me chercher des chaussures de tango. De nouveau ce plaisir d’être dans ces odeurs de froid, ce plaisir d’être dans cette partie du monde qui avait comme qualité principale d’être celle dans laquelle je me trouvais. Bien sûr, il y avait d’autres lieux, les forêts au-dessus de Lausanne avec les scouts, les champs de Grandson et de Fiez, il y avait des musiques, mais tout ça restait en arrière-fond, ne venait pas s’interposer entre cet automne-là et moi. Et même le fait de me rendre compte de ce qui était en train de se passer ne l’a pas fait se passer moins, ne l’a pas recouvert d’une couche de réflexion ou d’analyse ou de construction d’un texte à venir. Là aussi, les pensées étaient là, elles se développaient, mais en arrière-fond, pas entre ces arbres avec leurs dernières feuilles jaunes et moi.

Je crois que l’important est là, c’est une question de hiérarchie. Ce qui est véritablement important, c’est ce qui est en train de se passer sur le moment, mais ce n’est pas une raison pour me battre ni contre les souvenirs ni contre l’analyse: tout ce qui se produit en moi fait aussi partie du moment présent. Il faut simplement garder un équilibre, ne me laisser emporter ni par les souvenirs ni par l’analyse, faire le petit effort nécessaire – pour autant qu’un effort soit nécessaire – pour rester là, pour rester dans le moment où ça se passe. Mais je ne crois pas que l’idée soit non plus de forcer la présence: simplement la laisser être, ne pas la vouloir en particulier mais y être attentif, y être particulièrement attentif."

vendredi 18 janvier 2013

Un au revoir aux cafés

Étant donné que notre chère Lucie se réveille aux aurores à cause du jet-lag, j’en profite pour aller chanter un Shoshinge au bord du lac en regardant le soleil se lever sur le parc Centenario, mon adorable fille serrée tout contre moi et mon iPod à la main pour lire ce soutra que j’ai pas encore été fichu d’apprendre par cœur.  

Après la révérence d’usage, on part à la chasse aux croissants dans un des cafés du quartier, à chaque jour un différent, histoire de récapituler ces années d’écriture et de prendre le temps pour leur dire au revoir: Los Cantábricos, El Coleccionista, Las Violetas, Mundo Argentino et, bien sûr, naturellement, même pas besoin de la mentionner: La Tolva.

jeudi 17 janvier 2013

Dans cette vie ou dans une autre

– Quand on est en face de quelqu’un, on peut ne pas être du tout là, avec lui, on peut être totalement ailleurs. Au contraire, même si on est loin d’une personne, si on l’a présente à l’esprit, on est près d’elle, à ses côtés.

N’empêche que quand je referme la porte du taxi sur Gustavo – merci Sensei! reposez-vous bien! – j’ai de la peine à retenir une larme en pensant à cet océan qui va se glisser entre nous dans quelques mois.

– À la prochaine, dans cette vie ou dans une autre!

C’est ce qu’il m’avait dit, sur le seuil du Furaibo, la première fois que j’étais rentré en Suisse. C'est ça! Tordons le cou aux attachements! Si on ne peut pas se détacher de son bon maître, alors de qui? Alors de quoi?

mercredi 16 janvier 2013

Ne pas savoir est une occasion d'apprendre

– La question la plus importante: face à la mort, qu’est-ce qu’il nous reste? Pour Shinran, la réponse est entre les mains d’Amida, pas entre les nôtres. La mort fait partie d’un processus qui nous permet de naître dans la Terre Pure et cette vie dont on croit qu’elle n’a pas de sens est une occasion de rencontrer l’enseignement. Ne pas savoir est une occasion d’apprendre.

mardi 15 janvier 2013

Marée humaine

– Salut ça va? Je t’explique: on est une organisation qui s’appelle Marée humaine et on veut se présenter aux prochaines élections. Pour ça, il nous faudrait 4000 signatures et...

– C’est que... Je suis pas argentin...

– Tu vis ici?

– Ouais, depuis un bon moment. Avec la résidence, tu penses que ça pourrait le faire?

– On peut toujours essayer... T’as déjà voté?

– Non, pas encore, c’est que c’est tout nouveau... Tu sais: c’est grâce à elle!

– Oh, comme elle est mignonne la petite Argentine!

– Mais... Je dois t’avouer un truc: j’ai pas mon DNI sur moi et je connais pas son numéro par cœur...

– Ah non? Alors ça sera pour la prochaine fois...

lundi 14 janvier 2013

C'est comme une voiture

– Pour conduire une voiture, pas besoin de savoir comment ça marche: il suffit d’avoir une idée de comment tenir le volant, de comment appuyer sur la pédale de l’accélérateur, du frein et de l’embrayage. Pour le mantra, c’est pareil. Pas besoin de savoir comment il fonctionne, comment s'accumulent et se redistribuent les mérites: il faut seulement l’entonner.

dimanche 13 janvier 2013

C'est pas parce que je suis généreux

– Si je donne, tu sais, c'est pas parce que je suis particulièrement généreux, c'est par égoïsme. Parce que je sais bien que mieux j'arrive à donner, moins j'aurai peur de manquer: c'est directement proportionnel.

samedi 12 janvier 2013

Un dernier tour en subte A

Aujourd’hui, chant du cygne du subte A après cent ans de bons et loyaux services. Pour prendre une dernière fois ses wagons en bois, tellement pittoresques, tellement dangereux, le moindre accident et c’est le barbecue assuré, j’ai fait un crochet par la place de mai en revenant de l’agence immobilière où j’étais allé payé notre loyer.

Manque de bol, la rame qui s’est arrêtée le long du quai n’était que l’une de celles achetées au Japon d’occasion et empruntées, il y a quelques années, à la ligne D pour faire le joint en attendant des wagons chinois flambants neufs.

Ça m’a fait comme ce matin, au retour de notre promenade vraiment très matinale avec une Lucie encore en plein jet lag, avec ce gros trou à la place de la San Telmo, la boulangerie où on achetait nos medialunas et nos petites boules de pain noir.

– Comme si on nous annonçait la mort d’un proche, enfin, pas tout à fait proche: de quelqu’un qu’on connaissait bien.

vendredi 11 janvier 2013

Le cul entre deux continents

Hier après-midi, j’ai fait un saut à la Tolva pour faire un coucou à Manuel et, pris par mon élan, je lui fais deux bises. Il tend sa deuxième joue de bonne grâce, mais je sens que quelque chose cloche.

– Désolé, chez nous, normalement c’est trois... Je suis pas encore tout à fait arrivé, on dirait.

Ce matin, en passant chez Danielle, on lui fait trois bises en arrivant et une en partant.

– C’est bon, là on dirait que vous vous êtes acclimatés!

Tout à l’heure, mon petit sac orange rempli de factures à payer chez Pago fácil, je sens la poche de mon short un peu lourde. Et pour cause! J’ai pris mes deux natels, le suisse et l’argentin...

mercredi 9 janvier 2013

Tour de vis

Accroupie en plein milieu d’un des business lounge de Francfort, Celia me fait remarquer qu’une vis sort dangereusement de la poussette de Lucie. Elle a fait ce qu’elle pouvait pour la remettre à sa place: peine perdue.

Après avoir fait mon possible pour expliquer à un des serveurs mon problème – mais comment dit-on tournevis en allemand? –, je vois arriver son chef muni d’un couteau. Ce dernier me demande pourquoi j’ai besoin, exactement, d’un tourne-vis et semble modérément convaincu par mon explication: dubitatif, il me tend cependant son couvert.

J’arrive bel et bien à faire tourner la vis de la pointe de ce couteau de cantine qui s’y encastre parfaitement, mais la vis en question semble s’obstiner à tourner dans le vide. Sur ce, le chef des serveurs me demande de lui expliquer encore une fois ce que je cherche à faire et, me voyant joindre le geste à la parole, me confirme que c’est effectivement d’un tourne-vis dont j’ai besoin: il va de ce pas faire son possible pour m’en procurer un.

L’outil qu’il me ramène est un modèle de compétition: massif, corps d’un caoutchouc noir velouté, pointe effilée juste ce qu’il faut. La vis récalcitrante, dans un dernier baroud d’honneur patine encore un peu, mais finit par s’avouer vaincue et par enfin retrouver le fond de l’orifice que lui ont destiné les concepteurs du carrosse de notre fille adorée.

Triomphalement, je traverse tout le lounge pour remettre son instrument à mon bienfaiteur – oui oui, c’est réglé – et, sur le chemin du retour jusqu’à ma petite famille, je bénis le ciel de nous avoir permis de le traverser de part en part sur tous ces kilomètres, sur tous ces miles qui ont fait de nous ni plus ni moins que des frequent flyers.

mardi 8 janvier 2013

Dire bonjour

– Dire bonjour, c'est déjà faire un cadeau. Faire un sourire en plus, c'est un autre cadeau. Si la personne nous répond, on va être heureux, si elle nous fait un sourire, on va être encore plus heureux.

lundi 7 janvier 2013

dimanche 6 janvier 2013

L'écriture, c'est comme le ski

Jean d’Ormesson, l’autre jour, à la radio: "L’écriture, c’est comme le ski: quand on maîtrise, on s’amuse à la folie!"

C’est ça, oui, s’amuser, sur la page et dans la vie. Pas de temps à perdre avec les tragédies, celles de la création littéraire et celles, petites mais tellement douloureuses quand on leur accorde un peu trop d’attention, de notre cher quotidien.

samedi 5 janvier 2013

Les bons de la Coop

C’est en regardant les bons pendus à la caisse de la Coop que j’ai senti, presque physiquement, mon attention ramper hors de moi et s’éloigner du moment présent: je n’étais plus là, à la caisse, en train de regarder ces bons, j’étais en train d’imaginer ce que je pourrais faire avec, ce que quelqu’un pourrait faire avec.

Alors, pas à pas, j’ai fait le chemin à l’envers pendant que la caissière lisait les codes-barres des boissons que j’avais achetées pour le Nouvel An chez Claire et Lucas. Des objets qu’on pourrait acheter avec ces cartes, je suis revenu aux objets que je pourrais acheter, puis à la carte en elle-même comme objet, là, devant moi, puis à moi en train de regarder cet objet, et puis, pour finir, à moi en train de me regarder le regarder.

– Vous avez la Supercard?

– Non.

– Alors c’est bon, vous pouvez faire votre code.

vendredi 4 janvier 2013

Le manque de savoir vivre

Une note, de 1998:

"L’écriture n’est là que pour combler le manque de savoir vivre."

jeudi 3 janvier 2013

Il n'y a que le doute qui dure

Au détour d’un téléphone avec Jean-Luc, une phrase m’est revenue de très très loin: "Il n’y a que le doute qui dure". Impossible de me rappeler d’où je la sortais.

– Gustavo?

– Non, pas celle-ci. Mais ça aurait pu...

Heureusement, Google m’a rafraichi la mémoire: il s’agit ni plus ni moins de la devise d’Archipel, la revue littéraire où j’avais fait mes premières armes dans l’édition.

Le doute a une fin: ce n’est pas la certitude, c’est l’absence de doute. Voilà comment Gustavo – le revoilà! – définit la foi.

mercredi 2 janvier 2013

Maître Lucie

– Pour ce qui est d’apprendre à être dans l’instant présent, Lucie est vraiment un très bon maître.

– J’en doute pas une seconde.

– On dirait qu’elle a fait ça toute sa vie...

mardi 1 janvier 2013

Moins j'attends de la vie

Une note, de 2010:

"J’ai l’impression que moins j’attends de la vie, plus elle me donne."

Walter, le mangeur de lumière

– Des gens qui méditent et qui font baisser le rythme de leurs organes, je veux bien. Mais là, il faisait quand même du bucheronnage en Norvège!

– C’est vrai qu’on a que sa version à lui, mais il est quand même resté plusieurs semaines et tu vois comme il est, pas vraiment du genre fluet, eh bien il avait pas maigri d’un kilo! Il s’est dit: Je vais manger de la lumière et il s’est nourri que de ça.

– C’est vrai que, quand on y pense, les photons, c’est plein d’énergie... Mais bon.

– Walter, c’est vraiment pas le genre à raconter n’importe quoi... Et pis je vois pas pourquoi il nous aurait raconté des bobards. Les mangeurs de lumière, tu sais, moi j’y crois.