samedi 31 janvier 2015

Cesser de me raccrocher à mon vécu

Mon personnage ne pouvait pas m'emmener ailleurs parce que ma vie est déjà écrite: je dois cesser de me raccrocher à mon vécu pour que l'histoire que je veux raconter m'apprenne quelque chose sur moi et donc, peut-être, apprenne quelque chose à l'autre sur lui.

vendredi 30 janvier 2015

jeudi 29 janvier 2015

Une chambre en Sicile

Une note, de 1998:

"Toute la pièce est comme déséquilibrée vers l’arrière; elle semble s’accrocher au reste de ce dernier étage de pension modeste, à l’abri du vertige promis par les deux balcons (fins barreaux de fer légèrement penchés vers le large, barreaux qui se ravisent au dernier moment et rejoignent la rambarde dans un chorus agile d’épingles à cheveux, l’air de rien) donnant sur les toits ocre en escaliers (forêt décharnée d’antennes et de paraboles) et, pour l’un d’entre eux, sur la mer.

La salle de bain, construite à l’intérieur de la chambre dans une espèce de container en briques, envahit d’autant plus le regard que son plafond se situe un bon mètre en dessous de celui qui l’abrite, en dessous des anges de stuc égrainés le long d’une moulure elliptique, en dessous de cette imagerie calme et niaise dont elle rompt violemment l’harmonie; l’intimité de l’hygiène est semble-t-il à ce prix.

Restent la vue, la brise de fin d’après-midi et la lumière sur le point d’être propice à la description du grain des surfaces, de la qualité des ombres portées tout comme de cette ville nouvelle qui se dessine un instant sur ce qui pourrait passer pour les ruines de l’ancienne, ville éphémère et de plus en plus étendue qui marie les ocres, puis les ocres et les anthracites, puis les anthracites, puis les nuances mouvantes d’un granit indolent, puis langoureux, puis lymphatique, puis à peine agité par un sommeil aux rêves lisses.

Les deux lits de métal à la fois grinçants, courts et étroits, sont placés – grâce au nouveau mur de la salle de bains recouvert d’une tapisserie insipide mais neuve, ironie architecturale – juste sous l’ellipse aux angelots, mais également face au jour décliné, c’est-à-dire à celui qui ne manquera pas de réveiller les écroulés à travers les persiennes disjointes, dans quelques heures.

L’eau coule à flot dans le bunker, rebondit sur l’émail entre le turquoise du dentifrice et l’or mousseux des derniers besoins du jour: quelques secondes d’agitation précise avant l’extinction des feux. Alors on peut voir les parallèles approximatives des lamelles de bois, pas très longtemps."

mercredi 28 janvier 2015

Des mots pour l'espace

Une note, de 2004:


"Ne pas essayer de mettre des mots sur cet espace que je peux visiter, mais visiter ce que je peux en visiter en essayant de trouver mes mots pour lui."

Le long de toutes ces pistes sonores

Une note, de 2007: 


"C’est par les bruits que je peux me laisser aller au monde, parce qu’ils ne sont pas équivoques, parce qu’ils ne sont pas séparés, parce que je dois y mettre du mien plus consciemment que dans ma vision: donc, quand je mets ma conscience en retrait, je m’éparpille le long de toutes ces pistes sonores qui se rassemblent jusque dans mon ventre."

lundi 26 janvier 2015

Deux vis

Le sol plastifié dilate les pas, assourdit leurs impacts par diffraction et les fond discrètement dans la rumeur omniprésente. La mort, ici, tient plutôt de l’effacement au sens le plus immatériel du terme, informatique. Difficile de déchiffrer dans la pénombre électrique les étiquettes en plastique apposées provisoirement aux numéros des portes, commentaires laconiques formés le plus souvent de deux mots pourvus chacun d’une majuscule: une chambre vide (elles sont peu nombreuses) se distingue par le reflet mat et la géométrie dénudée de son support d’aluminium, par les escaliers symétriques de ses rainures, par ses deux vis dévoilées au regard, vis qui doivent creuser le contre-plaqué jusqu’à la profondeur négligeable de deux centimètres, peut-être trois.

dimanche 25 janvier 2015

Apprendre à reconnaître ma raison

Une note, de 2010:

"Comprendre ce qui m'arrive, mieux comprendre ce qui m'arrive, est aussi un outil, un outil très utile pour apaiser la raison, pour tranquilliser la raison quand elle fonctionne, mais comme la tranquillité ne me viendra pas de la raison, ce n'est qu'un pas intermédiaire, une manière pour que la raison ne se glisse pas entre le monde et moi, pour que la raison ne fasse pas un acte d'existence démesuré, n'appelle pas mon attention en devenant opaque entre le monde et moi.


Bien sentir que ce sont deux chemins parallèles: donner un autre type de nourriture à ma raison et apprendre à me passer d'elle. Je sais que ce n'est pas par la raison que je vais arriver à ce que je cherche, mais je sais aussi que je ne peux pas me passer de ma raison comme ça, qu'elle est ancrée trop profondément en moi, que cet état de chose fait partie de ce que je suis en ce moment. Apprendre à reconnaître ma raison, apprendre à écouter quand elle me parle, à discerner sa voix pour savoir que c'est elle qui me parle, pour savoir d'où elle me parle, pour savoir d'où je me parle. Au moins ne pas lui laisser me raconter n'importe quoi: savoir qu'elle est là, qu'elle fait partie de moi, mais ne pas lui donner trop de place, ne pas lui donner trop d'importance."

samedi 24 janvier 2015

Les gens sont et

Les gens ne sont pas ou, ils sont et. 


Aucun risque, ni pour soi ni pour l'autre, d'en être réduit à au fond il était comme ça.

C'est le choix qui met à distance.

Enlever ce qui couvre

Une note, de 2010:

"Les expériences sont autant de clés pour nous permettre d'accéder à cette vérité intérieure. On croit apprendre de l'extérieur des choses sur l'extérieur, mais ce sont en fait des manières pour l'univers de nous permettre d'entrer en contact avec tout ce que nous portons en nous sans le savoir, sans en être conscients.


Les expériences sont là pour nous ouvrir les yeux, pas pour nous donner des informations en plus: elles sont là pour nous aider à voir les expériences qui sont déjà là, pour nous faire entrer en contact avec toute l'histoire de tout l'univers qui est déjà en nous. Il suffit de le savoir, il suffit de savoir lire les expériences comme autant de clés vers l'intérieur. Découvrir, c'est enlever ce qui couvre ce qui est déjà en nous."

vendredi 23 janvier 2015

Des mots qui me ressemblent

Une note, de 1999:


"Je ne veux utiliser que des mots qui me ressemblent (la liberté s'épanouit mieux entre les restrictions utiles)."

mercredi 21 janvier 2015

Hauts et bas de l'égo

Prendre le temps de m'installer dans le rôle du méchant, un moment, et voir ce qui sort, chez l'autre et chez moi.

Reprendre le rôle du gentil et tout est oublié - jusqu'à la prochaine fois.


Hauts et bas de l'égo. 

mardi 20 janvier 2015

Les concentrations de lumière orange

Depuis la fenêtre de l'hôpital, il y avait les montagnes noires avec la neige sous la nuit noire.


En dessous, les concentrations de lumière orange, et le lac. 

lundi 19 janvier 2015

Toutes les rencontres sont nécessaires

Si je crois que l’autre ne m’offre rien, c’est que je ne suis pas capable de voir ce qu’il m’offre. Toutes les rencontres sont nécessaires.

dimanche 18 janvier 2015

samedi 17 janvier 2015

Si on arrive à suivre le personnage

Cet après-midi, dans l'atelier de Sandra Korol:

- Dans le scénario, la structure, c'est le cerveau gauche. Le personnage, si on arrive à le suivre quand il veut aller de côté au moment où la structure lui demande d'aller simplement devant lui, c'est le cerveau droit, l'intuition. Le personnage c'est celui qui va nous permettre de faire plier la structure et d'apprendre quelque chose de nouveau, sur lui, sur son monde et sur nous.

vendredi 16 janvier 2015

La peur fait peur

Si quelqu’un fait peur, c’est parce qu’il a peur.

Ce que vous voulez voir

- La question n'est pas de croire mais de voir: tout est là, devant vous. C'est ce que vous voulez voir qui vous ferme les yeux.

mercredi 14 janvier 2015

Audrey Hepburn en voisine

- Elle est où tante Adèle?

- Elle est là, au cimetière.

- Je veux voir!

- Mais il fait nuit tu sais: tu veux vraiment y aller?

- Je veux voir tante Adèle!

- Attends. Je te pose par terre pour ouvrir la porte et j'allume la lampe de mon téléphone. Voilà: elle est là.

- Et là, c'est qui?

- Un monsieur qui s'appelait Raymond Martignier.

- Et là, c'est qui?

- Une dame qui s'appelait Suzanne Jan et un monsieur qui s'appelait Victor Jan.

- Et là, c'est qui?

- C'est une dame qui s'appelait Audrey Hepburn. C'était une grande actrice: tu vois, il y a sa photo ici.

- Les bras!

- Aller hop: saute!

Les fanatiques ne croient pas

Une note, de 2010:

"Comme disait Gustavo hier, les fanatiques religieux sont fanatiques parce qu’ils ne croient pas. S’ils croyaient vraiment, ils n’auraient pas besoin que l’autre croie pareil."

lundi 12 janvier 2015

Plus besoin d'autres amours

Dans le cadre d'un amour inconditionnel, on n’a plus besoin d'autres amours, plus peur de les perdre, donc la possibilité de les vivre en entier.

dimanche 11 janvier 2015

Le souvenir est là

La nostalgie n’a pas lieu d’être parce que le souvenir m’habite, parce que le souvenir est là.

Rien ne me manque parce que tout est en moi.

samedi 10 janvier 2015

Tant que je juge

Une note, de 2010:


"C'est justement en partant du principe que ce que j'écris en vaut la peine que je pourrai me laisser être écrit. Tant que je juge, je reste à l'extérieur des mots, je ne suis pas les mots. Et il se passe exactement la même chose quand je juge mon jugement. Et quand je juge mon jugement de mon jugement. Ce n'est pas par là que je vais pouvoir continuer."

vendredi 9 janvier 2015

Plutôt qu'écrivain

Ce qui est vraiment intéressant, ce n'est pas de devenir écrivain, c'est de devenir soi.

jeudi 8 janvier 2015

Une gifle précise

Il ne faut pas souffler la bougie de l'autel, l'haleine est impure, mais l'éteindre d'un geste sec de la main.

Après chaque méditation, je me concentre sur cette gifle précise qui doit arriver tout près de la flamme sans pour autant envoyer valser entre les Bouddhas cette petite bougie plate du genre de celles qu'on met sous les réchauds.

En général, quel que soit le degré de concentration atteint, je dois m'y reprendre une bonne dizaine de fois. Je prends ça pour un signe et puis je l'oublie.

mercredi 7 janvier 2015

La vie à l'écart

Une note, de 2012:

"Comme si la vie à l'écart était plus simple, plus facile à discerner.


Mais il manque les rails, le cadre de ce qu'il y a à faire."

mardi 6 janvier 2015

Sur le bord des fenêtres

Une note, de 1999: 


"J'aime ces lumières, imaginer ces vies, ces intérieurs, en ayant comme seul point de repère un coin de plafond éclairé et parfois une lampe. J'aime laisser vagabonder mes idées et peut-être les laisser entrer dans cette pièce que je ne connais pas mais qui ressemble très certainement à une autre que j'ai pu connaître. Poser mes souvenirs sur le bord des fenêtres, les oublier quelques temps dans le froid et les retrouver par hasard, aller jusqu'au bout de ce qu'ils peuvent me raconter."

lundi 5 janvier 2015

La dernière arme de l'égo

C'est toujours quand la méditation devient intéressante que le corps commence à se plaindre: dernière arme de l'égo une fois que les pensées qu'il gouverne ont calmé leur course.

dimanche 4 janvier 2015

Quand je parle depuis lui

Une note, de 2010:


"Ce dont je parle n'a que peu d'importance, ce qui importe, c'est comment j'en parle, c'est depuis où. C'est cet où que je cherche ici. Cet où dont j'ai une intuition très intermittente, mais qui me manque partout ailleurs. Cet endroit profond depuis où je prends la parole, cet endroit auquel je dois apprendre à faire véritablement confiance, cet endroit qui peut m'apprendre des choses, m'apprendre ce qui est vraiment important, si je sais lui faire entièrement confiance, si je sais écouter ce qu'il me dit quand je parle depuis lui. Si je sais écouter ce qu'il me dit quand je parle depuis lui."

samedi 3 janvier 2015

L'odeur des cheveux d'enfants

L'odeur des cheveux d'enfants
Un garçon, une fille
Au bord de la vie
Prend une autre présence

vendredi 2 janvier 2015

Comparer des souvenirs et des sensations

Quand je me souviens d'un moment, par exemple une sortie à ski de fonds, je me souviens à la fois de ce moment et de mes projections lors de ce moment.

Mais, pauvre de moi, je crois me souvenir uniquement de ce moment et je suis triste de ne pas arriver à en revivre de pareils à l'état brut, vierges de toute projection.

La phrase de Proust sur notre erreur fondamentale de vouloir comparer des souvenirs et des sensations. 

jeudi 1 janvier 2015

Entre les cuisines et l'autel

En roulant à les travers la neige du pied du Jura, mes enfants endormis à l'arrière, je me suis dit qu'une des solutions pouvait être d'arrêter de me demander ce que mon écriture pourrait m'apporter ou pas pour me demander ce qu'elle pourrait apporter aux autres.

J'ai pensé à Gustavo, entre ses cuisines et l'autel de son dojo, au soin qu'il met à préparer la nourriture du ventre, à sa précision abrupte dans la transmission des nourritures de l'esprit.

Cette activité pour laquelle on se sent appelé, qui est devenue centrale au fil des années grâce à des circonvolutions qui ne doivent rien au hasard, n'est ni bonne ni mauvaise en elle-même: c'est la manière dont on l'envisage et la pratique qui lui donne sa saveur, sa profondeur et son éclat.