dimanche 10 février 2013

Psssssssssssss

Avez-vous déjà essayé de collecter un échantillon d’urine chez une petite fille de neuf mois? Je peux vous proposer à choix plusieurs techniques.

Tout d’abord, naturellement, il vous faut vous procurer un petit flacon stérile à la pharmacie la plus proche. Ne rechignez pas à attendre une demi-heure au moins: la santé de votre progéniture est en jeu.

Ensuite, il est nécessaire de positionner ledit flacon, ni trop haut, ni trop bas, entre les jambes de votre pauvre enfant ramollie par la fièvre au moment exact de sa miction. Si, par chance, vous parvenez à positionner le récipient à l’instant idoine, il faudra sans doute vous y prendre à plusieurs reprises en fonction de l’angle parfois imprévisible du jet d’urine attendu patiemment.

Vous serez sans doute tenté, fatigué de tenir votre fille dans les bras en lui écartant les jambes pendant que votre conjoint, copieusement aspergé de la précieuse urine, peste entre ses dents, vous serez sans doute tenté, et c’est bien naturel, de priver la pauvre petite malade de son lange et de la laisser errer à sa guise sur le parquet vitrifié du salon-salle-à-manger-bureau-et-chambre-conjugale-depuis-peu. Grave erreur! Vous en serez réduit à constater, votre flacon misérablement vide à la main, l’étendue de la flaque dans lesquelles baignent les fesses de la malheureuse demoiselle.

Pour un succès assuré dans des limites de temps raisonnables, il est nécessaire de:

1. Donner beaucoup à boire à votre enfant.

2. L’emmener à la salle de bains.

3. Ouvrir le robinet de la baignoire et laisser couler un petit filet d’eau régulier.

4. Mouiller les pieds de votre enfant dans l’eau dont la baignoire se remplit.

5. Ouvrir si nécessaire le robinet du lavabo selon le même procédé que celui employé pour la baignoire.

6. Chanter à votre enfant, en alternance ou en chœur, n’importe quelle comptine en utilisant uniquement la syllabe "pssssssssssss". Si votre répertoire de chansons enfantines est maigre, vous pouvez vous contenter d’articuler cette même syllabe jusqu’à ce que vos poumons soient parfaitement vides.

7. Ne pas oublier de positionner le flacon au bon endroit.

8. Ne pas renverser le flacon au cas où celui-ci se remplirait.

D’expérience, mieux vaut décommander les différents rendez-vous que vous auriez pris pour le jour de la récolte. Comptez environ trois heures pour obtenir l’urine nécessaire et deux heures pour un aller et retour en bus jusqu’au laboratoire chargé de son analyse.

Finalement, conseil d’ami, prévoyez aussi quelques centaines de pesos au cas où le laboratoire proposé par votre pédiatre ne serait pas couvert par le réseau de votre assurance maladie: il serait en effet regrettable de devoir réitérer l’ensemble de l’opération à cause du refus inflexible d’une secrétaire sur le point d’entamer l’un de ces weekends prolongés dont le calendrier argentin est si généreusement pourvu.

samedi 9 février 2013

Trois châtaignes et un bout de branche

Une note, de 1998:

"Trois châtaignes et un bout de branche déposés sur un banc de pierre. Récolte très précieuse d’un petit garçon qui maintenant joue avec des chevaux de bois."

vendredi 8 février 2013

Ce que vous croyez n'intéresse personne

– Quelle différence entre dire que je crois en Dieu et dire que je crois que réciter le nembutsu va m’amener à la Terre Pure?

– Ce que vous croyez n’intéresse personne! Ça n’aura toujours que votre dimension à vous: quel poids ça peut bien avoir? Ce n’est pas vous qui croyez en Bouddha, c’est Bouddha qui croit en vous.

jeudi 7 février 2013

Le jour est jaune clair

Ce matin, le jour est jaune clair. Le chant des oiseaux est celui que je n’entendrai plus (mais les oiseaux, me dit Celia quand je lui parle de mes larmes, il y en aura d’autres).

mercredi 6 février 2013

L'âge idéal pour changer de continent

En plein milieu de mon téléphone chez Lufthansa pour réserver notre billet de retour – le retour, le vrai! – la petite demoiselle à la voix fluette m’a dit qu’on allait devoir arrêter là parce qu’il allait y avoir une "coupure de courant programmée" et qu’on leur avait demandé d’éteindre tous les ordinateurs. Il fallait, désolée pour cet inconvénient, que je rappelle plus tard.

Nouvel essai le lundi suivant et victoire par K.O. après une heure passée au téléphone pour régler tous les détails, en particulier une petite surprise de dernière minute qui a poussé mon charmant interlocuteur à demander à son chef comment il fallait faire étant donné que l’AFIP, l’administration fédérale des impôts, interdisait les versements en cash de plus de 10’000 pesos. Réponse après quelques boucles de jolie musiquette:

– Deux versements, un pour votre billet et un autre pour celui de votre femme et de votre fille, ça vous irait? Ça nous ferait donc un versement à 8’446 pesos et 55 centimes et un autre à 9’357 pesos et 95 centimes, c’est-à-dire un total de 17’804 pesos et 50 centimes. On est bien d’accord?

– Absolument. Vous avez inclus les trois fois 63 dollars 50 cents de commission pour l’achat par téléphone?

– Tout à fait: vous faites bien de le mentionner. Vous avez donc jusqu’à aujourd’hui 15 heures pour faire le versement dans n’importe quelle succursale de Citibank, scanner le reçu et nous le faire parvenir par mail. Dans le cas contraire, il faudrait à nouveau prendre contact avec nous pour adapter le prix à la fluctuation du cours de la monnaie.

Ni une ni deux, je compte mes 178 billets de 100 pesos pendant que Celia met de la crème solaire à Lucie – un petit enfant est encore l’un des meilleurs moyens, sous ces latitudes, pour ne pas perdre trop de temps dans les queues – et direction la Citibank du parc Rivadavia! Il faut dire qu’avec un dollar blue à presque 8 pesos et un dollar officiel à 5, ça vaut la peine de jouer au Monopoly...

Vu que tout a été réglé en dix minutes chrono, pas la moindre attente, un banquier sympa qui fait des grimaces à Lucie, le rêve, je profite d’aller faire un petit coucou à Lalo dans sa librairie.

– Tu sais, ça fait bizarre: je viens d’aller acheter notre billet de retour... T’aurais pas quelques cartons en rab pour le déménagement?

En rentrant chez nous le long de Bogotá d’un pas morose, je me rends compte avec un petit sourire que c'est justement l’anniversaire de Lucie: 9 mois, l’âge idéal pour changer de continent!

mardi 5 février 2013

La table sur mon chemin

– Quand il y a de la lumière, la table sur mon chemin n’est plus seulement quelque chose qui me dérange, un objet contre lequel je pourrais me cogner, contre lequel je pourrais me faire mal, mais elle peut aussi servir de base, par exemple pour une tasse de bon thé chaud.

lundi 4 février 2013

Un pain. Une bouteille. Un citron.

Sur le blog de Chevillard:

"Un pain. Une bouteille. Un citron.

Un bouquet de roses blanches dans un vase bleu.

Oui, j’en ai assez de nos histoires d’hommes. Je n’écrirai plus que des natures mortes."

Un exemple, ce cher monsieur, mais difficile à suivre.

dimanche 3 février 2013

Il y a donner et donner

– Donner à un inconnu ou donner à mon frère, au fond, c’est la même chose, vu que, pour le bouddhisme, on est tous un seul être...

– Non non, pas du tout, c’est vraiment pas la même chose! Pour le bouddhisme, ce qui compte, c’est l’expérience que tu fais, l’expérience que la vie te donne l’occasion de faire: ton expérience à toi, si tu fais une chose ou l’autre, eh bien, elle sera très différente! La théorie, en elle-même, ça vaut pas grand-chose. Sans la pratique, ça vaut rien.

samedi 2 février 2013

La grande loterie des péages autoroutiers

L’autoroute est censée faire gagner du temps. Des bouchons aux péages font perdre du temps. Il suffit donc, les Argentins sont des gens pragmatiques, d’ouvrir les barrières pour désengorger le tout et l’affaire est réglée.

Alors, dès que les queues dépassent quatre ou cinq véhicules, les conducteurs avisés se mettent à jouer du klaxon et, la plupart du temps, au grand dam d’un être épris de justice et d’équité dans mon genre, les barrières ne tardent pas à se lever les unes après les autres au milieu du tintamarre général.

vendredi 1 février 2013

Être récité par le mantra

– Un pratiquant récitait le nembutsu de manière tellement automatique que, presque tous les jours, il se coupait en se rasant. À chaque fois il se disait: Petite pause de mantra, sinon je vais encore me couper! Mais ses lèvres recommençaient toutes seules... Il ne récitait pas le mantra, il était récité par lui.