– Quand nous nous rendons compte que nous sommes les pires êtres qui existent, que je suis le pire être qui existe, quand nous voyons notre ombre, nous nous rendons compte de l'immense lumière qui projette cette ombre, cette lumière qui permet de la voir.
lundi 20 août 2012
dimanche 19 août 2012
Pas besoin d'un autre langage
"Le simple fait d'essayer de décrire l'arôme du café est une preuve qu'on ne saurait parler d'échec à le décrire: il y a au contraire début de réussite qu'on ne sait pas reconnaître comme telle. Wittgenstein veut nous faire sentir que ces sentiments de frustration sont extrêmement dangereux, non seulement parce qu'ils nous envoient à la chasse aux chimères, mais parce qu'en nous y envoyant ils nous aveuglent sur la valeur de notre langage et les multiples ressources de la variété des jeux de langage: encore une fois, Wittgenstein nous montre que l'idéal ne sert qu'à nous aveugler sur l'ordinaire, nous empêche de voir ce qui est pourtant étalé sous nos yeux." Christiane Chauviré, "Voir le visible".
"Cette idée qu'il n'y a pas besoin d'autre langage que celui qui existe, qu'il n'y a pas autre chose qui pourrait être dit avec d'autres mots, que ce que je peux dire suffit, que ce que je peux dire n'est pas là à la place d'autre chose. Grand allègement de voir que ce qui est vaut aussi pour le langage, de pouvoir aussi appliquer cette acceptation de ce qui est à la manière de parler de ce qui est."
samedi 18 août 2012
L'ouverture ne peut venir que de moi
Une note, de 2009:
"Le monde peut m’aider à être présent à lui, mais l’ouverture, elle, ne peut venir que de moi."
vendredi 17 août 2012
Entre les pierres et les racines
– Vivre, c'est se tromper. Si on ne se trompe pas, on ne peut pas se rendre compte de qui on est, en se trompant, on se met à trouver le sens de notre vie. Bien qu'il y ait des arbres et des pierres, l'eau circule entre les pierres et entre les racines, elle continue son chemin. Si l'eau pensait "Cette pierre m'embête, cette racine m'embête, sans cette pierre, sans cette racine, je passerais mieux", cette eau serait une eau morte. Mais vu que c'est une eau vivante, elle va passer en se cognant contre les pierres et contre les racines. Notre vie est comme ça et de là surgissent des paroles pleines de vie, des paroles pleines de fierté. Quand nous allons plus loin que le bien et le mal, plus loin que ce qui nous convient et ce qui ne nous convient pas, on peut trouver des paroles pleines de vie.
jeudi 16 août 2012
Sur la ligne du Gothard
Les rues de Buenos Aires défilent dans la vitre et se mélangent avec les montagnes parsemées de prés et de vaches, avec les lacs paisibles et tortueux.
Peu importe où, bis, peut-être ter, peut-être plus (quater, me dit Wikipedia).
mercredi 15 août 2012
Une mort à tout le reste
Une note, de 2010:
"Bien sûr, les gens vont mourir, les gens vont vieillir et mourir après, moi aussi. Mais cet exercice de présence est aussi une mort au passé, une mort au futur. Je renonce à tout pour être dans le moment que je vis. La vie ne peut être vécue de l'intérieur qu'au prix d'une mort à tout le reste, une mort douce, simple, sans drame, une mort dans le cours des choses.
C'est ma volonté de vivre qui me fait souffrir, ma volonté de collectionner les moments de ma vie, de les rassembler, de les amplifier, de pouvoir aller puiser un petit peu dans le passé, un petit peu dans le futur, pour remplir ce présent dont je ne sais pas toujours quoi faire, que je ne sais pas toujours très bien comment habiter."
mardi 14 août 2012
Entre deux rangées de peupliers
La scène se déroule entre le bord du lac et l'arrêt Dorigny du bus 30, le long d'une allée de gravier entre deux rangées de peupliers. Je rentre à l'uni après une jolie balade avec Lucie au milieu des odeurs de grillades et de crème solaire.
– Pardon, excusez-moi... Vous êtes prof au Cours de vacances, non?
– Euh... oui.
– Il ou elle a quel âge?
– Elle. Lucie. Elle a trois mois.
– Vous avez donné l'atelier radio, n'est-ce pas?
– Tout à fait. La poussette, là, on dirait qu'elle en a marre: hop, cradzouillette, en mis brazos! Vous avez suivi d'autres séries?
– Oui, les trois. Je peux la pousser si vous voulez.
– Merci, c'est très gentil. C'est vrai qu'avec un bras, c'est pas pratique... Vous venez d'où, de quel pays?
– D'Allemagne, mais je travaille à Zürich. Vous n’avez pas quelque chose pour lui mettre sur la tête?
– Voilà, ça devrait faire l'affaire. Dans la vie, vous faites quoi? Je veux dire: quel est votre métier?
– Je travaille dans une maison d'édition: Rotpunktverlag.
– Ah oui? Ça m'intéresse beaucoup parce que, justement, je suis écrivain et je...
Etc, etc.
lundi 13 août 2012
Irène
Irène s'était assise à quelques chaises sur ma droite dans cette salle peu remplie et, quand elle avait laissé tomber la fourre de son Natel, je la lui avais tendue aussitôt: elle m'avait remercié en français parce qu'elle avait bien vu que j'étais en pleine Prose du Transsiberien.
Au milieu de la conférence, elle avait rangé ses clics et ses claques et s'était dirigée vers la porte et moi, je m'étais dit que, celle-là, non, je n'allais pas la laisser partir, pas parce que je fantasme particulièrement sur les femmes mûres, non, du tout, mais une petite voix très convaincante me disait qu'il fallait que je la rattrape avant qu'elle ait sauté dans un taxi.
Arrivé aux ascenseurs, personne. J'étais à quelques mètres derrière elle au moment où elle avait passé la porte, elle ne pouvait pas être bien loin. Sans doute aux toilettes. Oui. Du bruit aux toilettes. L'attendre derrière la porte ferait mauvais genre, alors j'avais reculé de quelques pas jusqu'au milieu du hall. Quand elle était sortie, je lui avais fait mon plus beau sourire:
– Bonjour, Pierre Fankhauser. J'ai traduit Veneno qui va être publié l'année prochaine chez Zoé, en Suisse.
Elle m'avait regardé pour de bon par-dessus ses petites lunettes rondes, elle avait marqué un temps et m'avait lancé, avec un grand soupir de femme d'affaire terriblement occupée:
– Ah! C'est vous...
Il se trouvait qu'Irène était agente littéraire et que Planeta lui avait justement demandé, quel heureux hasard, de négocier les droits du roman d'Ariel avec Zoé. Du coup, aurait-elle quelques livres à me faire traduire?
– Oui, naturellement, il faut qu'on se voie. Mais là, j'ai vraiment pas le temps: je vais à un concert. Envoyez-moi un mail et on essaie de se voir la semaine prochaine.
J'avais insisté pour marcher encore quelques mètres à ses côtés sur le trottoir de l'avenue Belgrano avant de lui faire un petit signe de la main, ému, au moment où elle s'était engouffrée dans son taxi jaune et noir.
dimanche 12 août 2012
Know who you are
Une note, de 2010:
"Les petites maisons bricolées en rentrant de Florencio Varela, ces rideaux dans ces fenêtres ouvertes dans les murs de briques à nu. Ces cours vides, ces pièces qui avaient l'air vides, ces gens qui vivaient là.
Avoir la possibilité de choisir est une grande chance, chaque choix est une possibilité de progrès. On ne peut pas changer son karma, mais on peut changer les circonstances qui sont les nôtres en choisissant les personnes qui nous entourent, les choses qu'on fait, les lieux où on va, les pensées qu'on a.
Avoir la possibilité de choisir est une grande chance, avoir la possibilité de choisir est une grande responsabilité. Know who you are, me dit Supertramp."
samedi 11 août 2012
L'observateur de l'observateur
Pendant notre séance de travail avec Nico et Christian sur la terrasse du Mozart, j'ai senti que je n'étais plus l'observateur, mais l'observateur de l'observateur: je n'étais plus en train d'observer et d'évaluer ce qui arrivait, mais d'observer et d'évaluer, au fur et à mesure, ma manière d'observer et d'évaluer.
Tout en discutant d'activités langagières, de productions initiales et de perspective actionnelle dans l'enseignement du français comme langue étrangère, je passais en revue – en parallèle, sans que ça dérange en quoi que ce soit notre échange – mes catégories, mes critères, mes préjugés au sujet de mes deux collègues et de cette synthèse pédagogique à laquelle on essayait tant bien que mal de donner forme.
Je me suis rendu compte après coup que j'étais en train de suivre spontanément les conseils de Maharaj sur l'observation de l'observateur, sur l'observation de ce chercheur qui est lui-même ce qui est recherché, cette observation qui peut mener, pour autant qu'on s'y livre avec assez de détermination, de persévérance et de franchise, au vrai regard sur le monde, sur le monde tel qu'il est, plus tel que j'aimerais qu'il soit.