vendredi 10 août 2012

C'est mon anniversaire

Une note, de 2007:

"Aujourd’hui, c’est mon anniversaire – papa, dans un souffle:

– Il y a des hauts et des bas, je pense beaucoup à toi.

Et le téléphone qui se remet à sonner comme s’il n’avait pas décroché."

L'entier du paysage est en toi

– Tu as encore le regard tendu vers les montagnes de l'horizon, mais l'entier du paysage est en toi.

mercredi 8 août 2012

Le sens de la vie se fait

Une note, de 2010:

"Tout à l'heure, en parlant avec Celia du quoi faire de sa vie, je me disais qu'il n'y avait peut-être justement pas de réponse à apporter, qu'il s'agissait de vivre et pas de définir ce qui pourrait se vivre. C'est d'une certaine manière la recherche de ce qui serait à vivre qui se place en travers de la vie elle-même: il suffit de vivre et le sens de la vie se fait, le sens de la vie apparaît."

mardi 7 août 2012

J'ai assis la beauté sur mes genoux

– C'est une radio, ça?

– Oui oui! Et en plus, elle marche! T'as qu'à tourner ce bouton et puis...

"J'ai assis la beauté sur mes genoux et je l'ai trouvée amère."

Clic.

– Eh ben... On va dire que c'est la phrase du soir!

lundi 6 août 2012

Dans l'intimité de son argent

Une note, de 2009:

"Aujourd’hui, dans la file du bancomat, il y avait un petit vieux tout tremblant qui me faisait penser à papa avec ses cheveux coiffés sur le côté. Il se battait avec la machine avec ses mains qui ne faisaient pas ce qu’il voulait, il se battait encore et encore et moi, je me disais que je pourrais peut-être lui donner un petit coup de main, mais je n’osais pas entrer dans l’intimité de son argent.

Quand je suis arrivé à la machine d’à côté, il m’a demandé d’une petite voix mélodieuse ce qu’il pouvait bien faire parce que la machine ne voulait pas lui imprimer le résumé de son compte. Je lui ai dit que je ne pouvais vraiment pas l’aider et qu’il fallait qu’il demande à l’employé à côté. Il est sorti et moi, je n’ai pas su l’aider de la seule manière qui lui aurait été utile à ce moment-là."

dimanche 5 août 2012

On aurait été cet autre

À la fin d'un film autour de son périple à travers l'Inde et la Chine jusqu'à Lhassa, Alexandra David-Néel, la vieille exploratrice de 100 ans, explique avec un grand sourire qu'il ne sert pas à grand-chose de s'imaginer des vies alternatives: si on avait vécu notre vie autrement, on n'aurait pas été nous-mêmes, on aurait été cet autre qui a vécu cette vie-là.

samedi 4 août 2012

Les conditions du calme

Une note, de 2010:

"D'abord, cette image en me réveillant, cette image peu précise de moi en train de lire un livre à la couverture blanche de Minuit dans une ambiance d'hiver industriel anglais années soixante. Je sentais du calme avec cette image et j'ai senti que le calme était en moi et pas dans l'image, que ce n'était pas en cherchant les conditions du calme que j'allais trouver le calme, mais que c'était en le laissant apparaître en moi, en le laissant se faire connaître en moi."

vendredi 3 août 2012

Suisse-Argentine 1-0

Les deux messieurs qui jouaient au tennis à la télé pendant qu'on attendait pour te faire ton passeport – le deuxième, celui rouge à croix blanche –, il y en a un qui est suisse, il s'appelle Federer, et puis un qui est argentin, il s'appelle Del Potro. Ce match, c'était très important, parce que c'était les demi-finales des Jeux olympiques de Londres et qu'un monsieur a dit à la radio ce matin que ce qui comptait, c'était plus seulement de participer, mais c'était surtout de gagner, parce que la Suisse avait vraiment besoin d'avoir au moins une médaille.
Avec maman, on a trouvé rigolo que ce soit justement ce match-là qui passe dans la salle d'attente, peut-être parce qu'on n'arrêtait pas de comparer avec la première fois qu'on t'a fait un passeport, à la Comuna 10 de Flores. Maman s'est même amusée à expliquer au monsieur qui t'a pris la photo – tu te souviens, c'est quand tu étais couchée sur la couverture qui sentait pas très bon dans la grande boîte noire avec des petites lumières partout – comment on faisait pour prendre la photo à Buenos Aires, juste avec toi sur ses genoux et un papier blanc derrière ta tête pour faire le fond...
Quand je suis arrivé à la maison pour souper, Papou a dit que le monsieur suisse avait gagné mais que ça avait pas été facile, qu'il avait dû jouer très longtemps et qu'il avait presque perdu.

jeudi 2 août 2012

Le lieu du monde le plus éloigné

– Quel est le lieu du monde le plus éloigné? Mon dos. Je peux très bien voir les erreurs de l'autre, mais ce que je peux le moins voir, c'est mon visage.

mercredi 1 août 2012

La naissance et la mort

L'autre matin, dans le TSOL entre Renens et Dorigny, grosse bouffée de tristesse en pensant à cette césarienne pas nécessaire. Avant de me mettre à l'écrire pour de bon, je fais un petit tour du côté du Furaibo où j'étais passé chercher conseil quelques jours après l'accouchement.

– Mais, Monsieur Pierre, vous savez, la naissance, c'est comme la mort, c'est compliqué: ça peut vite devenir dangereux de vouloir coûte que coûte que ça ait lieu de telle ou telle manière, il suffit de pas grand-chose pour passer d'un côté ou de l'autre... Il y a tellement de paramètres en jeu: l'obstétricienne en vacances, la sage-femme malade, les bouchons, les manifestations... On ne peut pas tout contrôler et on a intérêt à profiter de ce qui est: votre femme et votre fille vont bien, à quoi bon se faire du mal avec ce qui aurait pu se passer autrement?